Le quotidien du climat
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La grande aventure de la mer

26 janvier 2018 / Revue Reliefs

  • Présentation de la revue par son éditeur :

Éditée sous forme de collection thématique annuelle, RELIEFS est une revue de deux-cents pages, placée au carrefour des sciences et des lettres, de l’aventure et de la géographie. Un trait d’union entre hier et demain pour narrer la connaissance du monde par celles et ceux qui y contribuent, les exploits et destins de scientifiques, chercheurs, explorateurs, écrivains, cinéastes, dans un esprit de curiosité permanent.

Chaque numéro se compose d’un dossier thématique central explorant toutes les facettes d’un territoire donné, autour duquel gravitent de nombreuses rubriques indépendantes, comme autant de portes d’entrée sur la grande aventure de la connaissance de la Terre et de l’Univers : correspondance de voyage, géographie ancienne, photographie et illustration contemporaines, littérature, histoire et philosophie des sciences…

Son dernier numéro est consacré à la mer.

  • Au sommaire : Gilles Boeuf sur la biologie marine, Magali Reghezza-Zitt sur la territorialisation des mers, Cyrille Poirier-Coutansais sur la géopolitique des océans, Michel Desjoyeaux sur la course au large, mais aussi archéologie sous-marine avec Franca Cibecchini, mythes et légendes maritimes avec Agnès Carayon, ou plongeon sous la surface des flots en compagnie de François Sarano, requins blancs et cachalots, portrait d’Alexandra David-Néel par Olivier Weber, entretiens avec Vandana Shiva, Michel Le Bris, ou encore Fabienne Verdier, la découverte de l’Orient en couleur avec les autochromes de Gervais-Courtellemont, une lettre de Victor Segalen dans les montagnes chinoises, des planches naturalistes de champignons, un portfolio de Clément Cogitore, une histoire de Palmyre, les voyages du café depuis l’Abyssinie, une carte des migrations aztèques…

La flotte de Neptune

Par le capitaine Paul Watson

J’ai grandi dans un village de pêcheurs de l’Est du Canada, où j’ai pu constater l’appauvrissement continu de la biodiversité. Instinctivement, je comprenais déjà ce que je sais aujourd’hui être une vérité absolue : si l’océan meurt, nous mourrons avec lui ! J’ai pris conscience de cela très jeune, et à 18 ans, je suis devenu le plus jeune membre fondateur de Greenpeace.

En 1975, alors que l’organisation menait sa première campagne de sauvetage des baleines, j’ai vécu une expérience qui a bouleversé le cours de ma vie. J’étais à bord d’un petit bateau lorsque, juste à côté de moi, un grand cachalot blessé par un harpon s’est élevé hors de l’eau. J’ai alors vu dans son regard qu’il avait compris que je ne cherchais pas à le chasser, mais à le protéger. Dans un dernier effort, il est retombé en arrière avant de sombrer sous la surface et de mourir, son œil noir disparaissant dans la mer d’encre. Il aurait pu me tuer en retombant sur l’embarcation, mais il a choisi de ne pas le faire… Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’ai eu le sentiment qu’il avait pitié de nous, et me suis demandé pourquoi est-ce que nous, les humains, les chassions. La flotte de baleiniers soviétiques contre laquelle nous luttions ne les tuait pas pour leur viande, mais pour leur huile. Le spermaceti, ou blanc de baleine est en effet très prisé : il sert notamment de lubrifiant pour certaines machines high-tech et en particulier pour les missiles balistiques intercontinentaux. Je me revois, assis, cerné par cette flotte de baleiniers soviétiques, à regarder le soleil se coucher. J’ai pris conscience que des hommes avaient l’intention de tuer ces êtres incroyablement intelligents, sensibles, conscients de leur subjectivité et capables de s’organiser socialement, et cela dans le seul but de produire des armes destinées à l’extermination d’autres hommes. Là, j’ai soudain réalisé que les humains, en tant qu’espèce, étaient fous et écologiquement déséquilibrés. Ce constat a changé le sens de ma vie.

Depuis ce jour, je me suis consacré à la défense de la vie marine. Je le fais uniquement pour eux, pas pour nous. Partant, toute critique à l’encontre de nos actions n’a pour moi aucune pertinence : ce que je fais, je ne le fais pas pour les humains, mais bien pour les autres, les non-humains.

Cet incident m’a mené à fonder Sea Shepherd en 1977.

Quatre décennies d’actes militants ont suivi, avec l’incroyable satisfaction de savoir que des milliers de baleines et de tortues, des dizaines de milliers de phoques et d’oiseaux marins et des millions de poissons nagent toujours dans la mer grâce à nos interventions.

C’est l’émotion que j’ai pu apercevoir dans l’œil de cette baleine mourante qui a conduit à la constitution de notre petite flotte. Dix bateaux sont aujourd’hui déployés sur tous les océans : trois d’entre eux luttent contre le braconnage au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, un autre protège les dauphins de la mer Baltique. Un navire défend les thons rouges des côtes libyennes, un autre les saumons de la côte ouest du Canada, un autre encore lutte contre le braconnage des requins le long de la côte est de l’Afrique. Un bateau protège la Grande barrière de corail d’Australie, un autre encore travaille sur des projets de conservation de la biodiversité au Cap-Vert. Le dernier veille à la préservation des marsouins du Pacifique dans la mer de Cortés, au Mexique.

Nous avons entrepris et mené à bien des centaines de campagnes militantes, et nous donnons la possibilité à des personnes passionnées venues du monde entier de faire preuve d’imagination et de courage en s’engageant dans des actions directes.

Notre message est simple. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos gouvernements pour endiguer les menaces qui planent sur les espèces marines et terrestres. Ces mêmes gouvernements causent des problèmes. Seuls des individus passionnés et engagés peuvent changer le monde. Nos bateaux ont pour équipage des centaines de volontaires de tous les continents, des hommes et de femmes d’horizons et de cultures différents, qui ne reculent ni devant les menaces ni devant les combats paraissant perdus d’avance. Nous partageons tous la conviction que c’est par l’impossible qu’il faut répondre aux problèmes apparemment insolubles, et ce pour la plus grande de toutes les causes : nous sauver de nous-mêmes.





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