La marche de dimanche : une formidable intelligence collective

Durée de lecture : 2 minutes

12 janvier 2015 / Pascale Solana (Reporterre)



Dimanche, nous étions des fourmis. Animés par une intelligence collective et par le désir de s’unir aux autres pour faire corps.


- Paris, reportage

Dimanche 14 h. Rue de la Roquette, face à la place Léon Blum, à mi chemin entre République, le départ de la manifestation et Nation, le point d’arrivée. Impossible d’aller plus loin. Les chefs d’Etat doivent passer ici. Policiers suréquipés. L’un d’eux, visiblement très fatigué, répond pour la énieme fois que « non, on ne peut pas traverser le carrefour ». Et non, il ne connaît pas le nom des rues adjacentes car il arrive de province ce matin.

Les gens repartent, décidés à rallier République ou bien Nation. Familles, couples, groupes d’amis, les voici qui se dispersent dans les rues parallèles pour tenter de rejoindre l’un des points de la manifestation. Rue Petiot, Chemin Vert, avenue Parmentier. Re-barrage. Pas moyen d’avancer encore. On attend les officiels.

Qu’importe, les gens repartent pour trouver une autre voie. Jamais vu autant de monde dans les rues de Paris, y compris les petites. Et puis il y a quelque chose d’inhabituel. Pas de bruit. Oui, mais quoi d’autre ? Une sorte de sérénité. Certes, mais autre chose encore. Ah, mais bien sûr, il n’y a pas de voiture. Pas de moto. dans les petites rues comme dans les grandes. Rien d’autres que des femmes, des hommes et des enfants qui marchent et se dirigent quelque part.

Ils marchent, un peu dans tous les sens mais l’air très décidé, plans et portables à la main. « T’es où ? J’arrive ». Petite averse. Ils continuent, à l’image d’une fourmilière. Observé un à un ou en petits groupes, on ne perçoit pas la direction de leur mouvement. Ils donnent l’impression de faire partie d’un gigantesque organisme riche de vie et de diversité que meut une formidable intelligence collective. Chaque membre en est empreint et cherche le point de rassemblement, conscient d’être ensemble. On sent les interactions lorsque les regards s’échangent. Et ce quelque chose qui les conduit ce jour là à rejoindre, à s’unir aux autres pour faire corps. Et nous voici remontant vers le métro Père Lachaise où toutes les énergies débouchant des rues adjacentes se retrouvent dans le calme boulevard de Menilmontant.

Applaudissement en vagues. Incroyable inventivité des messages, pancartes et autres signes fabriqués maison. « Je suis Charlie, flic, juif », « Je suis la liberté », « Libre comme l’art », « Même pas peur ». Crayons dans les chignons, châles tricotés au crochet en bleu-blanc rouge sur les épaules, « liberté » brodé au point de croix en vitesse épinglé sur l’anorak, love ici, paix là, liberté d’expression, drapeau bleu blanc rouge.

20h. Un hélico dans le ciel. Dans les différentes artères, le grand organisme tout rassemblé, se concentre et se dilate enfin dans sorte de grande respiration qui va durer plusieurs heures jusqu’à la nuit.





Lire aussi : Ce soir, je suis Charlie

Source : Pascale Solana pour Reporterre.

Photos : Eric Coquelin, sauf place de la Nation : Pascale Solana.

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