La mutagenèse : des nouveaux OGM bien discrets

Durée de lecture : 2 minutes

22 juin 2009 / Denis Pommier



En jouant sur la technique de la mutagenèse - transformant le génome des plantes sans passer par le gène d’un organisme extérieur -, les compagnies semencières préparent l’appropriation des ressources génétiques.

Le débat sur la loi HADOPI révèle un aspect fort instructif sur nos
priorités et nos systèmes de valeurs en considérant la liberté
d’acces à internet comme un droit fondamental, alors que le droit à
l’alimentation est encore loin, très loin d’être accepté comme tel.

J’ai par ailleurs profité de la grande messe du traité sur les
ressources phytogenetiques pour l’agriculture et l’alimentation pour
participer à un side event sur les droits de propriete
intelectuelle... J’y ai appris des choses nouvelles, en gros :

- de plus en plus, de nouvelles semences créés par les compagnies
chimiques sont protégées par la convention UPOV, alors que le rythme
de dépôt de brevet décroît.

- ces nouvelles semences sont fabriquées par des procédés de
mutagenèse, et ne tombent pas sous l’appellation d’organismes
génétiquement modifiés, car la définition juridique de ces derniers
couvre la seule transgenèse

- bien entendu, les procedés de mutagenèse sont souvent brevetés.

- au final nous avons donc de nouvelles semences (et des nouveaux
aliments) OGM qui ne disent pas leur nom, tout en incorporant des
brevets...

- l’avantage pour les compagnies chimiques est double : avec UPOV pas
de qualificatif OGM et pas d’obligation de déclarer l’origine de la
« matière première », donc pas d’obligation financière d’abonder le
mécanisme fiduciaire du traité (partage des avantages) qui est
destiné à financer des operations de protection in situ (avec les
agriculteurs).

Le fait vraiment nouveau, c’est que contrairement à ce qui s’est
passé jusqu’à présent, il est désormais possible d’identifier dans le
champ de manière précise la variété utilisée par l’agriculteur au
travers des « marqueurs moléculaires » ce qui permettra a terme de
récupérer des royalties sur la production agricole de n’importe quel
agriculteur qui utilise des semences protegées par certificat UPOV.

CQFD...voila donc des nouveaux OGM qui sont déjà dans les champs et
dans nos assiettes, sans que ni les agriculteurs, ni les
consommateurs ne sachent quoi que soit...





Source : Courriel à Reporterre

L’auteur : Denis Pommier est agronome.

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