La non-violence est un choix

6 juillet 2018 / Revue Nature et Progrès

Le numéro de juin-août de la revue Nature et Progrès consacre un dossier au choix de la non-violence.

  • Présentation de la revue par son éditeur :
  • L’éditorial du numéro 118 de la revue Nature et Progrès consacré au choix de la non-violence

Après les espoirs soulevés par la décision de renoncement par l’État du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ce fut un rude coup encaissé par la ZAD et ses soutiens quand, en avril et mai, l’intervention d’environ 2.000 gendarmes armés comme en temps de guerre (plusieurs milliers de grenades déversées !) a dévasté la zone (habitat, nature…). Un déchaînement de violence hallucinant dans lequel, hélas, de nombreux blessés sont dénombrés dont Maxime, un étudiant qui, par un geste peut-être trop naïf, a perdu sa main droite. Soutien à Maxime et à tous les autres atteints dans leur chair au nom de l’ordre dit « républicain ». Cette opération visait-elle à satisfaire une envie de vengeance contre tous ceux qui rêvaient de cet aéroport et ainsi affirmer l’autorité et la puissance de l’État ? Est-ce la République que nous voulons ? Le déploiement de la force à NDDL, voilà une bataille idéologique contre ceux qui n’ont pas souhaité intégrer le processus d’installation « institutionnel ». La pression quotidienne entrave sur le site les travaux agricoles du printemps, situation très difficilement tolérable. Pourtant, avec beaucoup de lucidité et de courage, tous avaient emprunté le chemin des négociations afin de sortir par le haut de cette situation dramatique, même si quelques-uns avaient refusé de plier face à l’injonction préfectorale.

Cet acharnement contre l’organisation collective rappelle celui subi par les salariés, en particulier à la SNCF ou dans les hôpitaux, qui cherche à détruire tout ce qu’il y a de « commun » (services publics, conventions collectives…). Faisons le lien avec toutes les décisions, règlements et normes qui visent à fragmenter la société en individus isolés, repliés sur eux-mêmes et donc plus facilement manipulables. Parviendrons-nous à préserver ces territoires et ces organisations qui veulent échapper aux seules logiques marchandes et nous aident à penser le monde de demain ? Le modèle de l’agriculture conventionnelle a la vie dure. Dans la Vienne, une société regroupant plusieurs agriculteurs bio a signé un accord avec la centrale d’achat du groupe Intermarché, lui garantissant pour douze ans l’achat de la totalité de sa production, environ 6.000 porcs bio par an. « Ils reproduisent la concentration de l’agriculture conventionnelle, un modèle défaillant. On créerait plus d’emplois et on aménagerait mieux le territoire en dépensant les six millions d’euros [prévus pour ce deal] sur plusieurs petits élevages de cinquante cochons » fait remarquer un éleveur bio de cette région. Qu’est devenue l’éthique de la bio malgré le respect du cahier des charges européen ?

Ne désespérons pas, même si parfois, le dégoût et la nausée montent. Continuons inlassablement à agir, construire, instaurer le dialogue, vivre joyeusement comme les organisations fédérées dans InPact2 l’ont montré lors du dernier week-end de Pentecôte. Ce mouvement fédérateur interroge le travail paysan, la recherche, et porte des propositions radicales rompant avec l’idéologie agro-industrielle et le repli sur soi. Avec le Printemps d’InPact, l’agriculture citoyenne a fait sa « prise de terre » en Beauce, dans la ferme bio La Basse Cour. Une belle rencontre pour les dix organisations de ce collectif, avec de nombreux jeunes et aussi… des moins jeunes, qui ont assuré l’installation, les repas, l’organisation des débats et les animations pendant ces deux jours très ensoleillés, enrichissants intellectuellement, joyeux et festifs. Cette plateforme que constitue le mouvement InPact s’attache à travailler à l’émergence d’une voix singulière. Elle cherche à renforcer l’analyse collective pour une transition vers un projet de société qui garantisse le travail paysan, les liens aux territoires, la vie culturelle ainsi que les solidarités locales et internationales. Redonner de l’autonomie au monde paysan, établir des liens durables villes-campagnes, encourager l’expérimentation de pratiques pour qu’agriculture et alimentation soient des communs, telles sont les idées que défend ce collectif dans lequel Nature & Progrès s’est insérée.





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