La pauvreté atteint un niveau record en Europe

Durée de lecture : 4 minutes

20 septembre 2013 / Jean Gadrey

120 millions de pauvres en Europe. Et leur nombre devrait continuer à augmenter.


Ce titre reprend celui de mon billet de septembre 2012, en changeant juste les années (2010 devenant 2011, etc). Denis Clerc a écrit l’essentiel il y a quelques jours : « Des pauvres plus pauvres, des riches plus riches ».

Je me contente pour ma part d’actualiser mon graphique de l’an dernier. On y voit la tendance abominable à une nette hausse du nombre de pauvres entre 2004 et 2011. Ce sera pire en 2012, pire encore en 2013 et probablement en 2014, compte tenu du contexte d’austérité renforcée, de chômage qui reste orienté à la hausse, de repli de l’État social, et de disparition programmée de nombreuses associations.

Sauf si un vrai virage était pris, sous « notre » pression. Le virage de la solidarité contre la folie de la compétitivité made in MEDEF. C’est mal parti. Voici la dernière mauvaise nouvelle, après bien d’autres : « Le gouvernement réduit fortement l’aide judiciaire aux plus pauvres » (Le Monde du 15/16 septembre).

Précision technique : il y a une petite rupture de série à la baisse en 2002 (indiquée sur le graphique avec le chiffre de 2002 en ancienne série et celui de 2002* en nouvelle série), une autre plus importante et à la hausse en 2005 (hausse de plus de 600 000 selon la nouvelle méthode, bien meilleure), mais cela ne change rien à la tendance à une nette progression depuis 2002 (et surtout depuis 2004), après une nette baisse entre 1990 et 2002. Même si l’on gommait la rupture de série de 2005, on aurait entre 1,2 et 1,3 million de pauvres de plus en 2011 qu’en 2004.

J’écrivais l’an dernier, en commentant les données de 2010 : « On va dépasser nettement le niveau de 1970 en 2011 et 2012, c’est écrit d’avance compte tenu de la progression du chômage et de l’exclusion, dont on a des indicateurs bien plus récents, compte tenu aussi de la stagnation ou régression des bas salaires, du décrochage du pouvoir d’achat du RSA et des minima sociaux, etc. »

Et je poursuivais ainsi : « Et après 2012 ? C’est mal parti, avec l’austérité publique pratiquement programmée par le nouveau pouvoir, obsédé par les 3 % de déficit, par la réduction des dépenses publiques, et apparemment sensible aux pressions des puissants lobbies des riches. Il faudrait une NETTE augmentation du RSA et des autres minima sociaux ainsi que des bas salaires et des basses retraites pour contrer la tendance illustrée sur le graphique. Il faudrait pour cela prendre l’argent où il est, par une vraie révolution fiscale, comme le proposent des gens raisonnables, relayés entre autres par le « collectif Roosevelt 2012 ».

En gros, il faudrait mener une politique de gauche….

Bon, mais, de toute façon, comme ils n’auront les chiffres de 2013 et 2014 que deux ans plus tard, ça leur laisse du temps pour temporiser. D’ici là, on aura droit à d’innombrables génuflexions devant l’autel de Sainte Croissance et la seule croissance qu’on observera sera celle des « déçus du socialisme ».

Fin d’autocitation. Il y a des cas où j’aimerais me tromper dans mes prévisions…

Oxfam sur « Le piège de l’austérité »

Oxfam vient de publier un rapport, « Le piège de l’austérité », « L’Europe s’enlise dans les inégalités », dont je reproduis de courts extraits.

« En 2011, au sein de l’UE, 120 millions de personnes vivaient dans la pauvreté. D’après les calculs d’Oxfam, ce nombre pourrait augmenter de 15 millions au moins et jusqu’à 25 millions si les mesures d’austérité se poursuivent. Les femmes seront les plus touchées. Pendant ce temps, les plus riches ont vu leur part de revenus totaux augmenter, alors que celle des plus pauvres diminuait. Si la tendance actuelle continue, certains pays européens afficheront bientôt des niveaux d’inégalité comptant parmi les plus élevés au monde.

L’expérience européenne est étonnamment similaire aux politiques d’ajustement structurel imposées à l’Amérique latine, à l’Asie du Sud-Est et à l’Afrique subsaharienne dans les années 1980 et 1990. Les pays de ces régions ont bénéficié de plans de sauvetage financier du FMI et de la Banque mondiale après avoir accepté d’adopter une série de politiques, notamment la réduction des dépenses publiques, la nationalisation de la dette privée, des réductions salariales et un modèle de gestion de la dette en vertu duquel les remboursements des créditeurs des banques commerciales l’ont emporté sur les mesures destinées à permettre le relèvement socioéconomique. Ces politiques se sont soldé par un échec ; un médicament qui cherche à guérir la maladie en tuant le patient. »



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Source : Alternatives Economiques, Blog de Jean Gadrey

Dessin : CGT Lille

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