La performance épuise, la performance opprime

Durée de lecture : 5 minutes

14 mars 2012 / Réseau Grappe

La performance, mais pourquoi ? Pour survivre dans la compétition, gagner la course d’un temps toujours saturé, accumuler les biens imposés par la publicité... « L’enjeu de la libération et de la satisfaction personnelle ne saurait être défendue par la performance, mais par l’usage que l’on ferait de celle-ci. »


La performance, c’est la recherche de la perfection (parfaire de l’ancien français “parformer”), l’envie de se surpasser. Parce que nous associons spontanément ce terme au milieu sportif ou artistique, nous oublions bien souvent qu’il est aussi lié à tous les domaines sociétaux : politique, social, économique, agricole, industriel, etc.

Comme thématique nationale, le Grappe a choisi cette année de porter le débat sur la critique – positive ou négative – de ces aspects de la performance. Ce texte de présentation de la thématique est la compilation des idées des membres du réseau en réponse à la question : « Qu’est-ce que la performance pour vous ? ». Durant l’année 2012, nous allons porter cette question au-delà des membres du Grappe, afin d’obtenir une réponse ouverte à cette question de la performance.

« Un objet de satisfaction personnelle… »

Nous recelons tous d’un désir de performance. Dans le milieu sportif ou artistique, sa recherche est constante et devient l’objectif affiché. Il ne s’agit plus d’atteindre les buts que l’on s’est fixé, mais de se surpasser, en permanence. Et dans nos vies, c’est la même chose ! Mais par rapport à qui ?

Car la performance, c’est aussi ce que les “extérieurs” observent de nos actes. On est sans cesse jugés, par des décideurs, le grand public ou la famille, et on a tendance à se positionner par rapport à ce jugement : refus, soumission, etc. Dans ce cas la performance est à double tranchant : être performant pour mieux rentrer dans le moule ou pour avoir le loisir de se démarquer ? Au delà de la satisfaction qu’elle apporte, elle montre aussi un exemple, en quelque sorte. Elle n’est donc libératrice ni pour celui qui est performant, ni pour ceux qui y aspirent aussi. L’enjeu de la libération et de la satisfaction personnelle ne saurait être défendue par la performance, mais par l’usage que l’on ferait de celle-ci.

« … Utilisé à profit par la société ! »

Dénoncer les travers de la performance est assez aisé lorsque l’on considère qu’elle observe seulement l’état actuel des choses pour chercher à le dépasser. Le système capitaliste, dans sa logique d’accumulation sans fin, est l’un des exemples flagrants de cette mainmise sur tous les systèmes sociétaux avec les conséquences environnementales et sociales qu’elle entraine : l’exemple de l’exploitation des ressources naturelles et de ses conséquences irréversibles est indéniable. La politique de rentabilité à tout prix ne prend plus en compte les contraintes physiques, environnementales et sociales de notre planète. Nous en arrivons à des excès qui sont mis sur le compte du progrès, sous-entendant notre “bien-être”. Mais devons-nous réellement être aussi performants pour nos besoins matériels ?

Au-delà de cette conception économique et environnementale, la performance constitue également un facteur d’exclusion. Elle marginalise les individus qui ne rentrent pas dans les critères que lui impute la société. Pour ceux qui refusent la machinisation de nos quotidiens pour favoriser le retour à des rapports plus humains socialement ; pour ceux qui refusent de vivre dans une société du résultat préférant récompenser le prix de l’effort quel qu’en soit l’aboutissement ; pour ceux qui favorisent la coopération à la compétition pour vivre en cohérence avec des valeurs de partage et de collectivité ; pour tous ces individus, il en résulte souvent la marginalisation voire l’exclusion. A moins que ce recul par rapport à la société ne soit choisi, et qu’il permette d’entrevoir des solutions…

« Les Occidentaux ont la montre, les Africains ont le temps »

Dans cette optique, nous mettons le doigt sur un autre point sensible de la performance : le rapport de notre société au temps. Nous n’avons plus de temps – ou ne prenons plus le temps ! – pour réfléchir à notre façon de vivre. Nous vivons désormais l’instantanéité, l’immédiateté… C’est-à-dire que nous avons atteint le dernier échelon de la performance sur le temps. Au fur et à mesure, notre rapport au temps s’est raccourci pour ne devenir que l’objet du réel, du présent : communication instantanée, capacité de déplacement de plus en plus rapide, impact mondial du moindre événement, qu’il soit financier, révolutionnaire comme nous avons pu le voir ces dernières années.

Nous avons apprivoisé la quatrième dimension du monde virtuel dans lequel nous vivons. Tout espace de temps est occupé par les messages instantanés que la société nous renvoie. D’ailleurs, dès notre plus jeune âge, nous ne prenons plus le temps… Un enfant ne s’ennuie plus, il est constamment en activité, voire même en hyper activité !

Cette perte du temps est symptomatique de nos sociétés occidentales. « Les Occidentaux ont la montre, les Africains ont le temps » ! Jean-Pierre Chrétien l’avait bien compris, nous sommes pris dans les rouages d’une société qui dénie la notion de temps en faveur de l’action constante et du résultat. Une part importante de notre temps est consacrée à la recherche de la réussite professionnelle, familiale et personnelle qui conditionne notre rapport à la vie. La « vraie » performance ne serait-elle pas le fait de privilégier la qualité sur la quantité ? Favoriser le temps de réflexion pour qu’il nous amène à re-questionner ce que nous voulons pour la société, à long terme ? Laissons le temps au temps, ne gravissons pas les échelons de la performance trop rapidement, ne nous laissons pas entrainer dans les remous de notre temps !

Le Grappe prendra donc le temps d’une année pour débattre de cette problématique. Avec son réseau d’une dizaine d’associations qui questionneront certains côtés de la performance, le Grappe mettra à disposition une revue compilant toutes les informations du débat avant la fin de l’année 2012.

Texte écrit collectivement par les bénévoles du réseau ;
Illustration : Aurélie Bordenave




Source : Grappe (Groupement d’associations porteuses de projets en environnement).

Lire aussi : Les Semaines de l’environnement se fichent de la performance

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