La permaculture se présente aux urbains

Durée de lecture : 4 minutes

1er octobre 2013 / Christine Laurent (Reporterre)

Mais c’est quoi, la permaculture ? On pouvait s’en faire une idée dimanche 29 septembre, à la ferme des Bordes, dans le Val-de-Marne. Un des hauts lieux du renouveau de l’agriculture urbaine.


- Reportage, Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne)

David Muguet, artiste parisien, montre à une fillette comment réaliser des couleurs avec des pétales de fleurs. La gamine pile des fleurs mauves tandis qu’une autre verse un peu de vinaigre dans du jus de chou rouge. Ces mélanges aquarellés sont pleins de poésie et les enfants sont ravis. Un peu plus loin, un groupe s’initie au shiatsu. Un chemin qui part sur la droite traverse des espaces jardinés jusqu’à un poulailler. Sa construction n’est pas tout à fait terminée. Ceux qui le souhaitent peuvent participer à la réalisation de l’isolation. Celle-ci est constituée des palettes calées contre le mur en bois farcie d’un mélange de paille, de terre argileuse et de chaux. Aurélien, de l’association Cyclofficine, a apporté une potence et des caisses à outils et pièces détachées de récupération. Il guide les néophytes dans la réparation de leur petite reine. Ruches, outils à disposition pour jardiner ou construire sans clous ni vis, ici on peut toucher, expérimenter, partager et discuter, dans le cadre des Automnales de la permaculture, dimanche 29 septembre, un des événements du Festival des utopies concrètes.

Nous sommes à la Ferme des Bordes, sur la commune de Chennevières-sur-Marne, à moins de 20 kilomètres du périphérique parisien. L’exploitation agricole s’y est arrêtée au milieu des années 1990, laissant quarante hectares en friche avec des mares et des arbres. « Le Conseil Général du Val-de-Marne, propriétaire des lieux, a lancé le projet en 2009-2010 », dit Martine Tiravy de l’association Relocalisons. Viviane Jouan, de l’association l’Abeille des Bordes, y a déjà installé ses ruches.

Un petit groupe venait y jardiner. Pierre Cousin, éleveur, a demandé l’autorisation d’installer son asinerie sur quatorze hectares. L’association Relocalisons d’Ile de France les a rejoints avec un projet de jardin collectif expérimental s’inspirant de la permaculture. « Ensemble, acteurs associatifs et professionnels, nous avons rédigé une charte et nous partageons cette terre pour apprendre à d’autre », explique Emmanuel Boutet. Le Collectif d’animation de la plaine des Bordes était né. Son nom : les Robins des Bordes.

Dans le microcosme de la transition, les rencontres se multiplient et c’est tout naturellement que le réseau de la permaculture Brin de paille a proposé de co-organiser ses automnales à la Ferme des Bordes. « Notre idée est d’être itinérant et de partager l’abondance », explique Claire Uzan, jeune trentenaire fondatrice du réseau Brin de paille en Ile de France. Pour ceux qui souhaitent savoir en savoir plus sur la permaculture, elle propose une rencontre informelle.

Une trentaine de personnes s’installent en cercle. Ainsi, chacun peut voir les autres, se présenter et en deux mots faire part de ses attentes : « J’ai entendu parler de la permaculture, mais je n’en sais pas plus », dit l’un. Claire se lance : « La permaculture prend la nature comme modèle. Elle repose sur une éthique et du bon sens : prendre soin de la terre, prendre soin des êtres humains, créer l’abondance et partager équitablement. On voit bien quand on observe la nature que la coopération entre les êtres vivants conduit à l’abondance. Pour créer ces écosystèmes nourriciers, la permaculture propose une méthode de conception qui favorise les interactions et permet de réaliser des systèmes intégrés ».

Quelle est la différence avec l’agriculture biologique ? L’agriculture biologique est une méthode de culture alors que la permaculture est une méthode de conception plus globale. Pas de rotation des cultures, mais un mélange des espèces, pas de travail de la terre, une préférence pour les plantes vivaces (qui restent en place d’une année sur l’autre) pour économiser du temps et de l’énergie.

Enfin, la permaculture va au-delà de la production de nourriture et s’intéresse aux organisations humaines, à toutes les échelles. Regarder autour de soi, préserver le meilleur, améliorer l’existant, introduire de nouveaux éléments. Charlotte, auxiliaire de vie, qui a suivi une amie à la Ferme des Bordes s’exclame en guise de conclusion : « Alors, si on habite en appartement, ça marche aussi. C’est bien de savoir que ça me concerne. Finalement c’est une manière de vivre ».


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Source et photos : Christine Laurent pour Reporterre.

Lire aussi : L’agriculture urbaine‏ est en plein essor.


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