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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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La police embarque les citoyens pour protéger le repas des oligarques

La police est intervenue mercredi 26 janvier, avant 20 h 00, embarquant les personnes présentes devant l’Automobile Club, place de la Concorde à Paris. Elles s’étaient réunies pour protester contre la réunion mensuelle du Club Le Siècle qui rassemble hommes d’argent, politiques, et journalistes.


Je sors du rendez-vous précédent et galope vers la place de la Concorde. Il est 20 h 05. Sur le téléphone que je rallume, des messages s’affichent. Une camarade : « Je suis dans le panier à salade, on a tous été embarqués ». Au moment où je l’écoute, arrêté au feu rouge, je vois passer un de ces vieux bus de la RATP transformés en cars de police. De l’autre côté de la place, des lumières bleues.

J’approche, un autre car est là, attendant, le moteur allumé. Par la porte ouverte, je vois des gens assis, sous la garde de policiers. Sur le terre-plein devant l’Automobile Club, un cordon de policiers a fait le vide. Il n’y a plus grand-monde, on peut passer, il y a des policiers en civil partout - gros anorak, bonnet. L’accès du Club est libre, de temps à autre, des gens y pénètrent. Ils sortent de la bouche de métro - en fait, du parking, dont une sortie donne sur le couloir de métro qui conduit à la place -, d’autres viennent en taxi. Ils avancent, l’air déterminé, aux aguets quand même. Il y a aussi des touristes qui passent par là, d’autres gens.

Je reste sur le pavé, devant les autos rangées près du trottoir. Le car à l’arrêt est parti. Jean-Pierre est dedans, il m’appelle : « On n’a pas eu le temps de rien faire, il y avait des policiers partout. - Quand ? - Je suis arrivé vers sept heures et quart. Peu après, ils nous ont interpellés, fouillés, embarqués. - Vous aviez fait quelque chose, vous aviez crié ? - Non, rien, on était juste là. »

C’est tout. La ville est tranquille. Le dîner du Siècle aura lieu.

Une question, tout de suite : la police peut-elle arrêter un groupe de personnes avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit ? Quel est le motif légal ? Est-ce légal ? La question à laquelle il faudra répondre demain.

Autre question : la police va-t-elle demander aux personnes interpellées de prendre leur empreinte génétique (article du code à ce propos, empreinte génétique) ? Sachant qu’un refus constituerait un délit - alors que ces personnes n’ont commis aucun acte répréhensible.

Et puis, un sentiment d’amertume, et de tristesse pour ceux qui vont passer des heures pénibles, au commissariat. Mais aussi un sentiment encourageant : ça les dérange à ce point, qu’on soit là, juste pour les voir et leur dire qu’on sait qu’ils existent, ça leur fait peur à ce point qu’ils se protègent tout de suite par la police, par la peur, par l’enfermement ? Et bien si ça les dérange, c’est que c’est bien utile, d’être là. Au mois prochain.

...................

23 h 40 : tout va bien, les citoyens des deux cars ont été libérés après un simple contrôle d’identité. Les policiers étaient singulièrement aimables (« on n’a fait qu’obéir aux ordres »). Le moral est bon. Partie remise le mois prochain - mais il faudra élargir l’appel à d’autres organisations, associations et syndicats.


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