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La « renaissance du nucléaire » est un trompe l’œil

L’agitation proliférante de Nicolas Sarkozy et les annonces multiples de « lancement » de réacteurs dissimulent deux faits majeurs : la majeure partie de ces annonces ne concernent que le remplacement du parc existant, et la part de l’énergie nucléaire devrait rester minime dans le bilan énergétique mondial des prochaines décennies.

Introduction

Alors que se succèdent des annonces tonitruantes

de "grand retour" du nucléaire en Grande-Bretagne ou aux USA,

Alors que se succèdent des annonces tonitruantes de "grand retour" du nucléaire en Grande-Bretagne ou aux USA, et de projets de nucléarisation de pays méditerranéens, c’est paradoxalement le déclin qui est à l’ordre du jour pour industrie atomique mondiale. Par contre, autre paradoxe, ce déclin s’accompagne d’une démultiplication des risques. Le 10 janvier 2008, le pouvoir britannique a fait connaître avec tambours et trompettes sa volonté de faire construire de nouveaux réacteurs. Pour autant, il ne faut pas croire au "grand retour" du nucléaire si souvent annoncé. Là est le premier paradoxe de la situation : la construction de nouveaux réacteurs n’est pas le signe d’un déploiement du nucléaire mais, au contraire, la conséquence des efforts de cette industrie pour essayer de remplacer une partie des centrales arrivés en fin de vie. Ainsi, en Grande-Bretagne, 18 des 19 réacteurs en service actuellement auront définitivement fermé vers 2020. De fait, même avec d’éventuels nouveaux réacteurs, la part du nucléaire va encore décroître : après la fermeture de 4 réacteurs le 1er janvier 2007, l’atome ne couvre plus que 18% de l’électricité britannique, soit environ 3% de la consommation d’énergie du pays. Cette part sera de… 1% en 2020. La situation aux USA est très ressemblante : il est vrai, hélas, que la construction de quelques nouvelles centrales est annoncée. Mais les 103 réacteurs en service actuellement sont en majorité très anciens et vont fermer dans les 15 à 20 ans. L’atome, qui couvre à peine 3% de la consommation d’énergie des USA, va donc voir cette faible part encore décroître. Certes, c’est indéniable, le développement du nucléaire est à l’ordre du jour dans les deux pays les plus peuplés du monde, la Chine et l’Inde. Pour autant, même s’ils construisent les 40 réacteurs annoncés, les Chinois ne couvriront avec le nucléaire que 4% de leur électricité, c’est à dire… 0,8% de leur consommation d’énergie. Quant à l’Inde, elle n’espère pas faire beaucoup plus : entre 1 et 2%. Globalement, le nucléaire ne couvre que 2,5% de la consommation mondiale d’énergie, une part infime qui, comme le reconnaît l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pourtant favorable à l’atome, va encore se réduire. De fait, contrairement à ce qui est prétendu à longueur de temps par ses promoteurs, le nucléaire, bien qu’émettant peu de gaz à effet de serre, est et va rester incapable de contribuer de façon quantifiable à la lutte contre le réchauffement climatique. Pour les mêmes raisons, l’atome ne peut constituer une alternative crédible face à la montée du prix du pétrole, d’autant que les réserves d’uranium – le combustible du nucléaire – s’amenuisent aussi vite que celles des hydrocarbures. Il est d’ailleurs probable que l’on se dirige, comme pour le pétrole, vers des "guerres de l’uranium" : des guérillas ont déjà lieu, en particulier au Niger d’où la France nucléaire tire plus de 30% de son approvisionnement. On peut d’ailleurs parler de véritable "pillage" tant, depuis 40 ans, la France s’est attribuée à un prix dérisoire l’uranium nigérien. Cette époque touche à sa fin : début 2008, les Nigériens ont enfin réussi à imposer des tarifs plus élevés de 50%. D’autres augmentations, sûrement plus brutales encore, auront lieu en 2010, à la fin de l’accord actuel signé pour deux ans. Le prix de l’uranium, qui a déjà été multiplié par 10 ces dernières années, va continuer à s’envoler mais, là aussi, ce n’est pas du fait d’un quelconque "grand retour" du nucléaire, vu que le nombre de réacteurs en service n’augmente pas. L’explication est connue : depuis des années, un tiers du combustible nucléaire mondial provient du déclassement des armes atomiques russes et américaines. Or, ces stocks approchent de leur fin et, de fait, l’uranium va finir par manquer pour les réacteurs. La France, qui importe 100% de son uranium, va voir le prix de son électricité nucléaire monter en flèche. Et cela sans même compter le coût réel du démantèlement des installations, de la gestion des déchets, des assurances, laissé à la charge des contribuables actuels et futurs. Les citoyens vont découvrir que l’indépendance énergétique, prétendument assurée par le nucléaire, n’est qu’un subterfuge. Mais revenons à la situation mondiale, marquée par un autre paradoxe : si le nucléaire est globalement en déclin, le risque qu’il impose s’aggrave par contre continuellement : - les réacteurs sont en majorité vieillissant et, de fait, sont encore plus dangereux. - les nouveaux réacteurs, même peu nombreux, vont perpétuer pour des décennies l’existence de l’industrie nucléaire et de ses dangers. - le nombre de pays nucléarisés risque hélas d’augmenter : il est question de réacteurs en Algérie, Maroc, Libye, Jordanie, Egypte, Emirats arabes unis, Yémen, etc. Certes, la plupart de ces réacteurs risquent de rester virtuels tant il existe un monde entre les effets d’annonce actuels et la mise en place réelle des structures - Autorité de sûreté, cadre légal, réseau de lignes électriques, etc. - sans lesquelles une industrie atomique ne peut exister. Ces réacteurs seront finalement peu nombreux, souvent un seul par pays qui arrivera au bout du processus. Pourtant, cette dissémination possible du nucléaire est porteuse de graves dangers : sachant que des catastrophes ont été frôlées ces dernières années dans des pays qui ont une industrie atomique expérimentée (France, Suède, Japon, etc.), l’irréparable pourra vite survenir dans un des pays nouvellement nucléarisés. Ces derniers seront aussi confrontés au problème insoluble des déchets radioactifs : seront-ils enfouis dans le désert ? Enfin, les risques de prolifération et de terrorisme vont être démultipliés : sous couvert de développer le nucléaire "civil", des pays comme l’Egypte veulent accéder à l’arme atomique pour contrer les projets de l’Iran et la nucléarisation déjà ancienne d’Israël. Enrichissement de l’uranium, production de plutonium : l’industrie nucléaire "civile" mène tout droit à la bombe atomique. N’oublions pas aussi les liens de certains pays comme la Libye avec des groupes terroristes qui pourraient être servis en matières radioactives. En résumé, le nucléaire ne "revient" pas mais, paradoxalement, les dangers qu’il impose s’aggravent. Du fait de l’activisme pronucléaire du président français Sarkozy, qui n’a de cesse de vouloir livrer des réacteurs à des dictateurs comme Kadhafi, les citoyens français ont une responsabilité particulière : ils doivent donner l’exemple de l’opposition au nucléaire, cette énergie qui nuit autant à la démocratie qu’à la santé et à l’environnement. La mise en oeuvre massive de plans d’économie d’énergie (isolation des bâtiments en particulier) et de développement des énergies renouvelables est la seule parade face à la montée inéluctable du prix du pétrole et de l’électricité nucléaire, et la raréfaction puis l’épuisement des matières premières. Cela permettra à la fois de sortir du nucléaire, d’émettre beaucoup moins de gaz à effet de serre, et finalement de laisser une chance d’avenir à notre planète.

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