Lavage de cerveau

Durée de lecture : 2 minutes

21 décembre 2010 / Hervé Kempf


L’écologie, c’est très compliqué. Un brin de pédagogie est parfois nécessaire. Voici. Une automobile est un véhicule à moteur animé par la combustion de pétrole. La combustion de pétrole se traduit par l’émission de gaz carbonique. Le gaz carbonique est un gaz à effet de serre, dont l’accumulation dans l’atmosphère entraîne le changement climatique. Il serait souhaitable de limiter le changement climatique, donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre, donc d’utiliser moins d’automobiles.
Les automobiles roulent sur des routes. Certaines routes, spécialement aménagées, sont appelées autoroutes. Sur les autoroutes, les automobiles roulent plus vite, donc émettent plus de gaz carbonique. De surcroît, l’expérience montre que les autoroutes suscitent un trafic automobile supérieur aux routes auxquelles elles s’ajoutent. Afin de limiter le changement climatique, il est donc souhaitable d’arrêter de construire des autoroutes.

Le 14 décembre, juste après la fin de la conférence de Cancun sur le changement climatique, la France inaugurait l’autoroute A 65, qui relie Pau à Langon, en Aquitaine : élus locaux, entreprises et représentants de l’Etat se sont congratulés (1). Deux hypothèses : soit ces personnages sont ignorants du lien entre automobile, pétrole, autoroute et changement climatique, soit ils sont irresponsables.

Lors de la campagne de communication accompagnant cette inauguration, les gaz à effet de serre n’ont jamais été évoqués. Par un procédé que nos amis anglo-saxons qualifient de greenwashing, et que l’on peut traduire simplement par « lavage de cerveau écologique », les promoteurs de l’autoroute ont mis en avant que les milieux naturels détruits par la nouvelle voie seraient « compensés » : d’autres terrains verront leur biodiversité préservée ou restaurée. Pour l’instant, seuls 160 hectares sont en cours de « compensation », alors que l’autoroute a détruit près de 2 000 hectares de réserves naturelles, de forêts et de prairies. Et, d’autre part, les terrains recherchés pour la compensation ne sont pas créés ex nihilo, mais sont eux-mêmes des prairies, des milieux humides ou des boisements déjà existants : le gain net de biodiversité est nul.

Tout cela vise à dissimuler la réalité : on continue la destruction au nom d’un schéma économique dépassé. Et, dans le même temps, on affaiblit les moyens concrets de faire vivre la biodiversité : le projet de loi de finances 2011 qui vient d’être adopté par le Sénat réduit de 4 000 à 2 000 euros le montant du crédit d’impôt alloué aux agriculteurs reconvertis en agriculture biologique (2). Autoroutes d’un côté, paralysie de l’agriculture biologique de l’autre : vive le développement durable !

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Notes :

(1) http://www.reporterre.net/spip.php?...

(2) http://www.reporterre.net/spip.php?...




Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 22 décembre 2010.

Complément d’information : Julien Milanesi, DJ Borloo et l’autoroute

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