Le Burkina Faso abandonne le coton transgénique

21 mai 2012 / Claire Fages (RFI)

Le Burkina Faso était le fer de lance du coton transgénique en Afrique de l’Ouest. Très déçues par les rendements et la qualité de ce coton OGM, les sociétés cotonnières burkinabè reviennent cette année au coton conventionnel.


Le coton transgénique n’a pas tenu ses promesses au Burkina Faso. Grâce à sa résistance aux insectes, il devait donner des rendements 30% supérieurs au coton traditionnel. Mais cette croissance n’a pas été au rendez-vous. Bien sûr le climat n’a pas été favorable. Mais cela n’explique pas tout, loin de là. Les raisons de l’échec sont inhérentes au coton OGM lui-même.

Plus sophistiqué, avec des capsules plus grosses, le coton transgénique ne souffre aucun bricolage, explique Gérald Estur, consultant spécialisé. Il exige une dose très précise d’engrais. Or il n’a pas bénéficié de soins aussi exacts, étant donné l’habitude qu’ont les cotonculteurs de détourner une partie des intrants subventionnés pour les autres cultures, en particulier vivrières, qui n’en bénéficient pas. Mais la plus mauvaise surprise, c’est la baisse de qualité de la fibre.

La semence vendue par Monsanto au Burkina a sans doute été fabriquée un peu trop rapidement. Croisée avec la variété américaine, elle donne certes un coton plus blanc que le coton couleur crème d’Afrique de l’Ouest, mais la fibre est considérablement raccourcie. Or la longueur de la fibre d’un coton fait toute sa qualité en filature. Le coton burkinabè, autrefois moyen-haut de gamme comme tout le coton ouest-africain, s’est retrouvé au rang bas de gamme du coton pakistanais. Ce qui a déboussolé non seulement les égreneurs mais aussi le négoce, avec à la clé une baisse des prix de 10% et un gros manque à gagner pour les sociétés cotonnières burkinabè. C’est pourquoi elles rétropédalent cette année. Les semis vont bientôt commencer et elles ont distribué pratiquement 100% de semences traditionnelles, contre 30% l’an dernier.

Les semences OGM qui représentaient 70% des surfaces l’an dernier seront boudées en attendant que Monsanto trouve une solution pour éliminer le caractère négatif pour la qualité de la fibre. Au grand dam des cotonculteurs qui s’étaient habitués à des travaux moins pénibles et moins dangereux pour la santé, puisque le coton OGM demandait beaucoup moins de traitements phytosanitaires que le coton conventionnel.



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Source : RFI

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