Le Parti socialiste supprime en catimini l’abandon du MOX

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16 novembre 2011 / Anne-Sophie Mercier et Samuel Laurent (lemonde.fr)



Areva est intervenu auprès du Parti socialiste pour modifier l’accord avec les écologistes après coup.


Ce ne sont que quelques lignes mais leur disparition pourrait s’avérer tout sauf fortuite : le « contrat de mandature » signé dans la douleur, mardi 15 novembre à 15h30 entre EELV et PS, comportait un point précis : « La reconversion, à emploi constant, de la filière de retraitement et de fabrication du MOX », un type de combustible nucléaire. Cette phrase figure en toutes lettres en page 16 de l’accord :

"Une réduction progressive de la sous-traitance et une révision du recours à celle-ci dans les activités d’opérations et de maintenance des installations visant à garantir le plus haut niveau de sûreté du parc en exploitation et à veiller au respect des droits sociaux des travailleurs du nucléaire.

Une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets notamment le laboratoire de Bure, en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement.

Le financement des charges futures (démantèlement et déchets) sera réformé afin d’en garantir l’effectivité. L’organisation de la sûreté nucléaire sera renforcée et revue afin d’y inclure l’expertise contradictoire et internationale. Les citoyens devront être régulièrement informés et associés à cette démarche."

L’abandon de la filière MOX est également annoncé dans une dépêche AFP datant de 19 h 30 mardi et détaillant les principaux points d’accord entre écologistes et socialistes.

Mais cette phrase a tout bonnement disparu de la version finale de l’accord présenté à la presse après son vote par le Bureau national du PS, dont voici le fac-similé.

Le texte est en tout point identique à celui présenté plus tôt, à l’exception d’un paragraphe - « Une reconversion à emploi constant de la filière du retraitement et de fabrication du MOX, et des moyens de stockage des différents types de déchets notamment le laboratoire de Bure, en centres d’excellence du traitement des déchets et du démantèlement » -, tout bonnement disparu.

AREVA EST INTEVENU AUPRÈS DU PS

La disparition de la mention de ce point d’accord dans le texte distribué par le conseil national du PS est tout sauf innocente : le MOX (pour « mélange d’oxydes ») est un combustible « recyclé », fabriqué à partir d’uranium ou de plutonium déjà consommé dans des centrales, et une spécialité du géant français du nucléaire Areva, qui produit 95% du MOX dans le monde.

Il est employé dans 20 réacteurs en France, et notamment pour le fameux réacteur à eau pressurisée (EPR) de Flammanville (même si celui-ci pourrait fonctionner sans). Ce combustible est dénoncé par les écologistes, notamment parce qu’il est beaucoup plus radioactif que le combustible courant.

L’abandon d’une telle filière constituait donc un signe fort d’une volonté de réduire fortement la part du nucléaire, mais aussi un très mauvais signal pour le groupe Areva, qui a fait du Mox et de son exploitation l’un de ses paris stratégiques. Le groupe AREVA indique « être intervenu » auprès du PS au sujet de l’accord PS-EELV, pour le prévenir des « des conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil ».

CONFUSION

Selon les informations du Monde, le paragraphe sur le MOX aurait été ajouté, dans le cadre des négociations, par Michel Sapin, chargé de superviser le projet de M. Hollande.Mais c’est le candidat socialiste lui-même qui aurait tiqué en découvrant ce passage après la signature de l’accord, et aurait donc refusé qu’il figure dans le texte, et fait part de ce point de vue à Cécile Duflot. La dirigeante des Verts n’a cependant pas réagi publiquement à ce désaccord nouveau.

En fin de matinée, Pascal Durand, porte-parole d’EELV, a dit « attendre que Martine Aubry appelle Cécile Duflot » pour l’informer de la situation. « Des textes modifiés après accord, on a rarement vu ça », a-t-il ajouté. L’accord doit être ratifié samedi par le conseil fédéral des écologistes.

En fin de matinée mercredi, le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a indiqué que le paragraphe avait été « retiré provisoirement » afin de « clarifier » une « différence d’interprétation » entre socialistes et écologistes. « Ce point ne fait pas l’objet d’un désaccord » entre les deux partis, selon lui, mais « d’une différence d’interprétation ». Il a souligné que les négociateurs PS allaient « en reparler avec leurs partenaires d’EELV ». De quoi laisser planer l’impression d’une certaine confusion.






Source : lemonde.fr

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