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Le Traité ? Non.

Durée de lecture : 2 minutes

30 septembre 2012 / Hervé Kempf



« Le TSCG est anti-écologique. Ce texte prétend poser comme guide de toute politique économique la référence au PIB (produit intérieur brut). Or cet instrument est fondamentalement vicié, puisqu’il ne mesure pas l’impact sur l’environnement des conséquences de l’activité économique »


L’Europe reste aux mains d’un groupuscule irresponsable. Incapables d’avoir une éthique de responsabilité et incohérents, les oligarques continuent la même politique nuisible, consistant à faire peser sur les peuples le poids de la mutation nécessaire de l’économie, tout en protégeant les riches et les financiers de toute pression véritable. Comme l’écrivait Marc Roche (Le Monde du 16 septembre), «  rien n’a vraiment changé depuis la faillite de Lehman Brothers. (…) Les marchés apparaissent plus forts que jamais (…), les résistances des seigneurs de l’argent sont plus fortes que jamais ».

L’oligarchie prétend aujourd’hui faire adopter par l’Europe un nouveau traité. Ses porte-voix médiatiques, si bien décrits par le film Les nouveaux chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yann Kergoat, vitupèrent contre quiconque analyse le texte du traité et en considère les conséquences.

Faisant fi des oukases, les écologistes français ont refusé d’avaliser le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). C’est un choix cohérent avec l’analyse que tous les partis verts européens, réunis en congrès en novembre 2011, avaient adopté dans leur Déclaration de Paris, qui définissait leur politique économique et financière.

Le TSCG encourt deux critiques. En concédant à la Commission européenne, non élue, des pouvoirs de contrôle des Etats, il opère un nouveau recul démocratique. De surcroît, il n’envisage la dette publique que comme si celle-ci découlait de la seule responsabilité des Etats, et non des mesures qui ont dû être prises pour sauver le système financier et du recul depuis vingt ans de l’imposition des riches et des grandes entreprises. Enfin, il laisse de côté la question fiscale, si bien que la concurrence fiscale entre Etats divise l’Union, favorisant le pouvoir du capital et empêchant notamment une fiscalité environnementale.

Une autre raison rend le TSCG anti-écologique. Ce texte prétend poser comme guide de toute politique économique la référence au PIB (produit intérieur brut). Or cet instrument est fondamentalement vicié, puisqu’il ne mesure pas l’impact sur l’environnement des conséquences de l’activité économique. La commission Stiglitz aussi bien que l’Union européenne, avec son initiative « Au-delà du PIB » lancée en 2007, ont montré les défauts structurels du PIB. En donnant une valeur juridique forte à cet outil trompeur, le TSCG aggraverait la crise écologique.






Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 30 septembre 2012

Photo : L’Humanité

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