Le capitalisme mobilise les « instincts animaux » de l’homme

Durée de lecture : 4 minutes

30 août 2009 / Alain Grandjean



Le raisonnement de ceux qui veulent bien faire sans imaginer changer de système.

Le changement climatique confronte l’humanité à des périls d’une ampleur jamais connue. À eux seuls, ils remettent en cause la survie de milliards d’humains, dans un calendrier incroyablement court : il nous reste dix ans pour mettre en oeuvre les changements de cap permettant d’éviter le pire. Le diagnostic est malheureusement sans appel et il n’est plus temps d’en débattre. La seule vraie question est bien : que faire ?

Il est tentant de faire porter la responsabilité de cette menace globale à notre système économique. C’est effectivement l’essor du capitalisme qui conduit, aujourd’hui, à la surexploitation des ressources et à l’emballement de l’effet de serre. Si la pollution de la Chine, par exemple, était importante lorsque son économie était collectiviste, sa contribution aux grands périls actuels s’est multipliée depuis qu’elle est devenue capitaliste.

Pourtant, le capitalisme, au sens de système économique où la propriété des moyens de production est privée (sauf pour les cas de biens collectifs), reste le moins imparfait des systèmes. Il a permis à une partie de l’humanité de sortir de la misère en valorisant les progrès scientifiques et techniques. Et il s’est imposé sur toute la planète sous des formes variées, car il réussit à mobiliser les « instincts animaux » de l’homme.

Le défi du changement climatique, à lui seul, nécessite d’énormes investissements de recherche et de production. Des techniques maîtrisées (construction, chauffage au bois...) aux innovations radicales (nucléaire de quatrième génération, nanotechnologies pour les batteries et le recyclage...), en passant par l’urbanisme, qui devra inventer des organisations spatiales optimales au plan énergétique, nous devons plus que jamais innover pour rendre nos technologies sobres et propres. Comment croire qu’on peut faire face si vite aux défis planétaires en se passant de tous les moyens possibles de mobilisation humaine et financière ?

Justice, élément clé de l’équilibre

Il serait, par ailleurs, tout aussi naïf de s’en remettre aux seules forces du marché. Les principaux acteurs économiques sont, en effet, plus que jamais focalisés sur le court terme. Et, livré à lui-même, sans régulation publique, le capitalisme est écologiquement dévastateur et socialement cruel. La concurrence mondiale acharnée ne donne aucun sens à l’action. Le capitalisme du seul marché est bien « sans projet ». Pour affronter le péril climatique, il faut agir ensemble. Il nous faut concilier l’inconciliable : la nécessaire solidarité des hommes entre eux et avec la nature, et la tout aussi nécessaire compétition économique. Nous devons donc nous organiser collectivement pour que les hommes puissent agir et entreprendre avec le maximum de liberté, à l’intérieur des contraintes globales définies par les capacités des écosystèmes. Et, bien entendu, en conformité avec un certain nombre de valeurs éthiques et sociales : la satisfaction du besoin de justice est un élément clé de l’équilibre et de la survie de toute société.

Pour faire décroître les émissions mondiales de gaz à effet de serre, nous savons qu’il faut mettre en place, au niveau international et dans chaque pays, une architecture adaptée de quotas, de taxes et de « politiques et mesures ». Ce sont les conditions nécessaires à une action décentralisée des acteurs économiques qui aille dans le bon sens et qui garantisse un minimum de justice sociale. Il nous appartient donc d’avancer rapidement vers un capitalisme durable, source de sens et de richesses, où il devient souhaitable et rentable de « sauver » la planète. Comment ?

En tant que citoyen, en faisant pression pour que les politiques mettent en place à tous les niveaux (national, européen, international) les indispensables cadres et règles nécessaires pour relever ces défis. En tant qu’entrepreneur, en innovant et en saisissant les opportunités créées par ces contraintes. En tant que financier, en y allouant les fonds. La Californie semble être sur le bon chemin.

Exemple californien

Le développement du « green business » s’y accélère grâce à une évidente synergie entre tous les acteurs concernés et une vision d’ensemble. La production électrique y est d’ailleurs fortement régulée après l’échec magistral de la dérégulation. Et les États-Unis ne sont sans doute pas loin d’emboîter le pas. Quant à la Chine, son président Hu Jintao a déclaré le 27 décembre 2006, dans un discours officiel : « Le développement économique et l’environnement sont également importants ; maintenant, l’environnement doit être placé en tête. »

La planète brûle, retroussons nos manches. Beau projet en perspective qui devrait être de nature à mobiliser jeunes et moins jeunes et à redonner du sens et du souffle à notre vie économique.

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Source : http://www.eco-life.fr/article.php?...

L’auteur : Alain Grandjean a été président de la société Capitalisme durable. Il est membre de la Commission Juppé-Rocard sur l’emprunt.

Lire aussi : La sortie du capitalisme, c’est maintenant ! http://www.reporterre.net//spip.php...

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