Le changement climatique bouleverse la biodiversité marine

2 juin 2015 / Natacha Delmotte (Reporterre)



La biodiversité marine pourrait totalement se réorganiser d’ici la fin du siècle suite au changement climatique, prévient une étude scientifique.


La biodiversité qui compose les océans pourrait être complètement modifiée d’ici la fin du siècle. C’est la conclusion d’une étude conduite par le CNRS, avec la Sir Alister Hardy Foundation for Ocean Science, l’université de Plymouth et le Centre scientifique de Monaco et publiée le 1er juin dans la revue scientifique Nature Climate Change. Avec le réchauffement climatique d’origine anthropique, la biodiversité marine pourrait totalement se réorganiser en un laps de temps très court à l’échelle de la planète et provoquer de ce fait des mécanismes en chaîne dans toute la biosphère.

Pour parvenir à cette conclusion, l’équipe des chercheurs a eu recours à ce qu’ils nomment “la théorie METAL. En l’absence de connaissances suffisantes sur la biodiversité marine réelle, où 90 % des espèces n’ont pas encore été décrites, les chercheurs ont dû créer un modèle : “Nous sommes partis d’un constat simple, explique Grégory Beaugrand, chercheur au Laboratoire d’océanologie et de géosciences et pilote de l’étude. Chaque espèce vit en équilibre avec son environnement. Nous avons donc créé des espèces théoriques correspondant à des gammes environnementales différentes”. Les chercheurs ont ainsi élaboré de façon exhaustive des espèces théoriques avec des réactions différentes à la variabilité des températures. “Elles s’agglomèrent en communauté et colonisent chaque partie de l’océan”. A partir de ce modèle théorique, ils ont observé une étroite correspondance entre la biodiversité actuelle et leur biodiversité théorique, prouvant ainsi la fiabilité de leur modèle.

Les conséquences de la réorganisation de la biodiversité

Les résultats de l’étude sont inquiétants. Si l’on ne change rien à l’évolution actuelle dees émissions de gaz à effet de serre, la quasi-totalité de la superficie des océans pourraient être profondément modifiée. Sur la période allant de 1960 à 2013, 30 % des océans ont réagi aux variations de températures. Et les années à venir devraient continuer la tendance : si le réchauffement climatique reste inférieur à 2°C par rapport l’ère pré-industrielle, 40 % de la superficie des océans (en plus des 30 % actuels) connaîtront un changement important de biodiversité.

Mais si le réchauffement climatique dépasse 2°C, entre 80 et 95 % des océans seront touchées par la réorganisation de la biodiversité marine, soit la quasi-totalité ! Ce qui aurait des conséquences considérables.

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Changements quantitatifs de biodiversité prédits pour la fin du siècle pour différents degrés de réchauffement. En absence de maitrise du réchauffement des températures, l’océan pourrait subir de profondes modifications biologiques

Concrètement, cela signifie que les zones intertropicales vont voir leur biodiversité diminuer, alors que les zones tempérées et polaires vont, elles, voir leur biodiversité augmenter. “Mais ce n’est pas parce que la biodiversité augmente que c’est une bonne chose”, dit Grégory Beaugrand. Car l’océan, et ses apports à la planète, en seront profondément modifiés, ce qui se ressentira à l’échelle globale. Ainsi, le cycle carbone planétaire sera modifié car l’océan pourrait ne plus absorber autant de gaz carbonique. L’exploitation des océans seraient également profondément touchée. “Actuellement, on utilise 8 % des productions biologiques de l’océan. L’aquaculture et la pêche souffriraient beaucoup de cette réorganisation. En terme économique, la valeur des produits de la mer ne serait plus du tout la même. Et les pêcheurs devraient s’adapter très rapidement à des fluctuations d’une année à l’autre”, détaille Grégory Beaugrand.

Un processus extrêmement rapide

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Une larve de crabe, élément parmi la myriade qui compose la biodiversité océanique

Car ce qui inquiète réellement les chercheurs, c’est la rapidité du processus. “La planète a toujours connu des cycles, entraînant des changements considérables. Et nous avons voulu mettre en perspective les changements actuels avec d’autres périodes de modifications similaires.” Parmi elles, le dernier maximum glaciaire, datant de 22 000 ans. A l’époque, la température était de 4 à 5°C inférieure à aujourd’hui, et le niveau de la mer, 125 mètres plus bas. “Pour sortir de cette période glaciaire, le réchauffement de la planète s’est étalé sur 5 000 ans. En un siècle, on attend un changement de la même amplitude !” compare le chercheur. Un changement brutal qui va déclencher des mécanismes en cascade, à commencer par cette réorganisation de la biodiversité marine.

Une chose est certaine, si l’on veut éviter tout cela : il faut limiter le réchauffement climatique à 2°C. Grégory Beaugrand le justifie : “Jusqu’à présent, l’objectif de 2°C avait surtout été déterminé d’un point de vue politique. L’étude lui donne une justification scientifique supplémentaire”.




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Source : Natacha Delmotte pour Reporterre

Illustrations :
. Carte : @ Dr Gregory Beaugrand (CNRS)
. Chapô : Un crustacé copépode clé pour les systèmes biologiques marins de surface. @ Pr Martin Edwards - co-auteur de l’article publiée dans Nature Climate Change
. larve de crabe : @ Pr Martin Edwards.

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