Le débat sur la transition énergétique est le masque du capitalisme vert

3 avril 2013 / Guillaume Blavette (Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs)

« Il ne s’agit plus de transformer la société en mettant en œuvre de nouveaux usages de l’énergie, mais de garantir le développement des énergies renouvelables bridé jusque là par la double domination du pétrole et du nucléaire. »


Le débat national sur la transition énergétique a commencé depuis plusieurs mois déjà. Des événements se multiplient dans toute la France. Alors qu’en 2003, le précédent débat n’avait guère suscité d’adhésion, quelque chose se passe aujourd’hui.

D’aucuns pourraient croire qu’il s’agit là d’une victoire du mouvement écologiste. Rien n’est moins sûr. Un regard attentif en cours modère ce constat. C’est au prix d’un certain nombre de renoncements que les écologistes participent à cette grande messe plus institutionnelle que citoyenne.

La transition énergétique version 2013 n’a plus grand chose à voir avec les revendications historiques du mouvement écologiste. Il suffit de regarder la place accordée au nucléaire dans ce débat pour s’en convaincre. Loin d’exiger l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires, les acteurs écologistes du débat se satisfont de l’orientation fixée par François Hollande. Tout au plus, ils indiquent qu’il préfèrent un rythme plus rapide de fermeture et une date fort conciliante de sortie du nucléaire.

L’argument climatique amène des écologistes à admettre que le nucléaire constitue aujourd’hui une solution pour accompagner la montée en puissance d’ici la fin de la décennie, et même au delà, des énergies renouvelables. Ce mode de production autrefois dénoncé haut et fort fait désormais l’objet d’une étrange tolérance. Il est tout au plus question d’une sortie progressive qui nous expose au risque nucléaire pour encore une génération au moins.

Etrange transition que celle-ci. Serait-ce que le développement des énergies renouvelables est devenu un enjeu bien plus important que la transformation profonde du modèle énergétique français ? Bien des indices laissent penser que c’est le cas. Les mots d’ordre de sobriété et d’efficacité passent au second plan. Ce qui compte, c’est d’ouvrir un espace à des modes de production alternatifs.

Le nucléaire n’est plus tant dénoncé en raison des risques qu’il représente et de ses implications militaires, qu’en raison de ses coûts, de son manque de fiabilité et de son incapacité à s’adapter aux variations de la demande.

La transition énergétique consiste dès lors à diversifier l’offre d’énergie, et a fortiori d’électricité, afin de modérer la hausse inéluctable de la facture énergétique et de garantir l’indépendance énergétique du pays. Une fois encore l’écologie cède le pas à l’économie et donne à voir qu’elle est une formidable opportunité pour une nouvelle croissance.

Ne serions-nous pas en face d’une gigantesque opération de greenwashing ? Tout porte à la croire. Il y a un monde entre les avertissements d’Ellul ou de Belbéoch et les préconisations de l’Institut Négawatt. Il ne s’agit plus tant de transformer la société en mettant en œuvre de nouveaux usages de l’énergie mais de garantir le développement des énergies renouvelables bridé jusque là par la double domination du pétrole et du nucléaire.

Tout au plus l’objectif est de compléter l’offre d’énergie par de nouveaux moyens de production et non d’opérer une authentique transition. On est face à une stratégie de substitution très progressive qui laisse une place centrale au nucléaire.

Mais le plus surprenant n’est pas là. La transition proposée aujourd’hui ne considère pas l’énergie comme un bien commun. Il n’est question que de prix et de marché. Les énergies renouvelables ne sont pas tant reconnues comme un atout écologique que comme un moyen de garantir des coûts de production modérés et surtout l’avènement d’une multiplicité d’acteurs - ce dont la libéralisation du marché de l’énergie a été incapable jusqu’à présent. L’écologie est une opportunité pour étendre la sphère marchande à un secteur jusque-là public.

Cette transition marchande ne peut satisfaire aucun écologiste soucieux de décroissance et de gratuité. L’énergie ne peut ainsi être laissée en pâture à des industriels et à des collectivités locales plus soucieuses de vendre de l’énergie que de répondre aux besoins de leurs administrés.

Elle est l’affaire de tous. C’est donc ensemble qu’il revient de penser un modèle qui se fixe comme objectif principal de préserver la vie et de limiter autant que faire se peut notre impact environnemental.

A la transition énergétique proposée par l’Etat il existe une alternative éthique où le nucléaire n’a nulle place. C’est la démarche des territoires en transition que le mouvement écologiste anglo-saxon nous propose. Une transition énergétique par en-bas qui part du souci de se préparer à la déplétion des matières premières.

Une transition qui privilégie la baisse des consommations à la promotion des productions aussi vertes soient-elles. Une transition qui n’est pas le projet de quelques experts mais le fait d’un travail collectif dans les villages et les quartiers.

Le débat national sur la transition énergétique offre plus le spectacle d’une transition qu’il ne crée les conditions d’une réforme audacieuse des choix énergétiques à la mesure des enjeux climatiques et environnementaux.

Décidément nous sommes bien loin d’un authentique changement. Tout au plus se profile une poursuite des orientations présentées par la programmation pluriannuelle des investissements 2009 établies à l’issue du Grenelle. Mais bon, on est bien loin de la révolution énerg’éthique revendiquée par certains.

Pour autant, il ne s’agit pas de céder à la désespérance. L’écologie ne se résume pas à la promotion du business des énergies renouvelables. Le mouvement des villes en transition et même le projet des territoires à énergie positive par certains aspects donnent à voir une vitalité locale d’une écologie politique qui n’a pas renoncé.

Le ressort profond d’une transition au delà du nucléaire et du pétrole se trouve au cœur des territoires à mille lieux des macros projets de parcs éoliens d’EDF EN. Mais pour que cette transition là s’épanouisse pleinement il faut faire sauter le verrou du nucléaire. Voilà ce que nous essayons de démontrer dans notre contribution au débat.

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Complément d’information

Consulter la brochure du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs :





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Source : Courriel à Reporterre du Collectif STOP-EPR ni à Penly ni ailleurs

Illustration : Energie-développement

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