Le fruit du marronnier

Durée de lecture : 2 minutes

19 février 2012 / Hervé Kempf



« Pour écologiser l’agriculture, il faut que le consommateur se nourrisse autrement. »


Un des plus solides marronniers de la presse est le Salon de l’agriculture. Il fleurit à la fin de l’hiver et ses bourgeons se gonflent en préparation de l’ouverture qui aura lieu le 25 février. Le défilé usuel des politiques se colorera en 2012 d’une excitation particulière, car ce sont les candidats présidentiels qui viendront tâter la vache et humer le terroir.

Dans la coulisse, rien ne semble changer, puisque la destruction du tissu paysan se poursuit inexorablement en France : le nombre d’exploitations agricoles y est passé de 664 000 en 2000 à 490 000 en 2010 (Insee). Après les espoirs suscités par le Grenelle de l’environnement, la logique agro-industrielle a repris avec force : intrants chimiques toujours dominants, extension de la taille des exploitations, brevetage des semences, réduction de l’emploi, étalement urbain, offensive des cultures transgéniques.

En fait, l’agriculture reste tiraillée entre deux visions du monde qu’a bien représentées une étude collective de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Dans leur analyse de l’agriculture mondiale à l’horizon 2050 (Agrimonde, éd. Quae, 2010), les experts ont confronté deux scénarios : l’un prévoit la poursuite et la diffusion du système agro-industriel dominant, avec extension des terres cultivées et développement de la biotechnologie ; l’autre imagine une « agro-écologie » utilisant plus de travail et moins d’intrants, au moyen de solutions agronomiques enracinées dans les écosystèmes locaux.

Le clivage découle en fait du mode de consommation de référence : dans le premier scénario, le monde reste inégal (plus de 4 000 kilocalories par jour et par habitant dans les pays riches, moins de 3 000 dans de nombreux pays du Sud), même si la production globale augmente (+ 70 %) ; dans le second, tous convergent vers un niveau de 3 000 kcal/j/h, si bien que la production globale n’a besoin d’augmenter que de 30 %. Ainsi, la clé du problème réside dans le choix culturel du régime alimentaire planétaire.
C’est, dans un autre exercice, le pronostic du modèle Afterres 2050, élaboré par le cabinet Solagro pour définir une agriculture réduisant ses émissions de gaz à effet de serre : la solution suppose de réduire la consommation de viande.

Conclusion, et fruit épineux du marronnier : pour écologiser l’agriculture, il faut que le consommateur se nourrisse autrement.






Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 19 février 2012

Photo : Aesculus (Homeophyto.com).

Lire aussi : Les citadins africains grossissent

28 mai 2020
Imaginons que les alternatives prennent le pouvoir
À découvrir
27 mai 2020
Non au retour à un État fort, misons sur le local et sur la société
Tribune
25 mai 2020
À pied, à vélo, en canoë… Voyager lentement pour se reconnecter au vivant
Alternatives




Du même auteur       Hervé Kempf