Le gouvernement veut privatiser une route nationale

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28 juin 2011 / Agir pour l’environnement




Selon une information parue le 28 juin dans le Journal de Saône-et-Loire, la ministre de l’écologie s’apprêterait à publier un décret autorisant la privatisation de la route nationale dite Route Centre Europe Atlantique (RCEA) située entre Mâcon et Moulins [Note de Reporterre : Décision publiée le 28 juin au Journal Officiel].

A l’issue d’un débat public durant lequel les acteurs locaux ont manifesté leur opposition à ce projet de privatisation d’une route nationale, la ministre semble tentée de passer en force. Cette décision, si elle était confirmée, représenterait un triple scandale : démocratique, social et écologique.

A l’instar du Grenelle de l’environnement, le débat public semble se réduire à un exercice de style, un passage obligé en vue d’imposer une décision contestable et contestée. Une fois encore, bien que des solutions alternatives à la privatisation aient été présentées et défendues durant le débat public, il apparaît désormais évident que le ministère de l’Ecologie souhaite passer en force.

Or, la privatisation d’une route nationale sans que les usagers aient la possibilité d’emprunter d’autres routes va engendrer une rupture d’égalité entre les citoyens. Après avoir engagé une privatisation larvée de l’éducation, du secteur de l’énergie, des postes et télécommunications et de la santé, c’est donc au tour du réseau routier de subir les assauts des privatiseurs.

Au lieu d’organiser la nécessaire transition écologique en améliorant et renforçant une offre de mobilité alternative et écologique, au lieu d’étudier sérieusement les possibles mesures de sécurisation de cette route accidentogène et ce à moindre coût, l’Etat préfère vendre les bijoux de famille et dépecer les acquis de la Nation française.

Cette décision de la ministre de l’Ecologie est également un contresens écologique scandaleux. En privatisant cette route nationale, l’Etat se prive des recettes de la taxe Poids Lourds puisque les camions sont exemptés du paiement de cette taxe sur les voies autoroutières. Or, les recettes de cette taxe ont vocation à alimenter un fond finançant le développement du fret ferroviaire. Pire, au lieu d’étudier précisément les moyens de réduire l’accidentologie de la RCEA en l’aménageant, la privatisation envisagée va engendrer un report de trafic sur les routes connexes, étalant l’insécurité routière au lieu de la supprimer.

La solution envisagée par la ministre revient objectivement à créer un route pour « riches », sécurisée, et une route pour « pauvres », dangereuse. L’association Agir pour l’Environnement va étudier toutes les voies de recours judiciaires afin de casser cette décision inique. L’association appelle dès à présent à participer massivement au référendum local qui sera organisé par le conseil général de Saône-et-Loire en septembre.

Estimé à environ un milliard d’euros, ce projet de privatisation d’une route nationale va, de plus, induire une augmentation significative des émissions de gaz à effet de serre. Depuis octobre 2007 et la tenue du Grenelle de l’environnement, le ministre de l’écologie a engagé une vaste relance du programme autoroutier. Une trentaine de projets autoroutiers sont actuellement inscrits au Schéma nationale des infrastructures de transport pour une longueur totale avoisinant les 1200 kilomètres (soit une extension du réseau autoroutier d’environ 10%) pour un coût dépassant les 15 milliards d’euros.






Source : Communiqué de presse.

Contact : Agir pour l’environnement

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