Le lac Titicaca est devenu une immense mare polluée

28 février 2012 / Cécile, Mathilde et Sara

Le « fils du Soleil » était sorti des eaux de ce lac mythique situé entre le Pérou et la Bolivie. Ces eaux sont aujourd’hui polluées par les rejets sans traitement des villes riveraines.


Déjà onze mois que nous arpentons les sentiers des Andes, et nous voilà enfin arrivées sur les rives du fameux lac Titicaca. Sa réputation est grande, principalement pour sa situation géographique assez exceptionnelle : perché à en moyenne 3.812 m d’altitude, c’est le plus haut lac navigable au monde ! Selon la légende, il serait le berceau de la civilisation Inca, puisqu’il aurait vu la naissance du premier Inca, le « fils du Soleil », qui aurait surgit de ses eaux.

Cette immense réserve d’eau douce s’étend sur environ 8.562 kilomètres carrés, à cheval entre le Pérou et la Bolivie. Abritant quarante-et-une îles (dont une grande partie est habitée de façon permanente), le lac Titicaca est alimenté par vingt-cinq rivières. Malheureusement, il est aujourd’hui devenu un gigantesque bassin d’eau polluée, au point que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement demande expressément aux gouvernements bolivien et péruvien d’agir pour freiner la dégradation de cet écosystème fragile.

En effet, sa surface est petit à petit recouverte par des colonies toujours plus grandes de lentilles d’eau, plantes bien connues comme bio-indicatrices d’une forte pollution aux phosphates et aux nitrates. Cette contamination est due à toutes les eaux usées domestiques et agricoles rejetées sans traitement préalable dans le lac. On estime qu’annuellement, il reçoit plus de cent mille tonnes de déchets issues des presque trois millions d’habitants du bassin versant du lac Titicaca. Par exemple, seuls 45 % des eaux usées d’El Alto (troisième plus grande ville de Bolivie avec plus d’un million d’habitants) sont traitées avant d’être rejetées dans la rivière Seco, un affluent de la rivière Katari qui se déverse dans le lac. Les baies de Puno (Pérou) et de Cohana (Bolivie) sont les plus gravement touchées.

Or, bien qu’utiles comme fertilisant pour les terres avoisinantes, les lentilles d’eau représentent un problème écologique majeur. Les amas denses qui se forment à la surface empêchent la pénétration de la lumière dans l’eau, ce qui freine la photosynthèse et les échanges d’oxygène avec l’atmosphère. La concentration d’oxygène dans l’eau va donc diminuant, ce qui accélère le phénomène d’eutrophisation du lac. A plus ou moins court terme (on parle en dizaines d’années), cela pourrait entrainer la mort biologique du lac Titicaca.

Pour freiner cette dégradation écologique, le Pérou et la Bolivie ont communément lancé un plan de ramassage des lentilles d’eau, qui sont ensuite utilisées pour des projets de fertilisations des terres avoisinantes afin de développer l’agriculture. C’est ainsi l’équivalent de quatre grosses bennes à ordures de lentilles d’eau qui est retiré chaque jour, pour un total d’environ 800.000 tonnes par an !

En réponse au problème du rejet des eaux usées, la Bolivie a en 2010 décidé de doter d’ici 2014 les villes de Copacabana, Achacachi, Viacha, Tihuanaku et Tiquina de stations d’épuration, de systèmes d’égouts, et de décharges municipales. Un premier pas vers l’amélioration d’une situation déjà critique. Malheureusement aucun de ses projets n’a pour l’instant commencé à se concrétiser…

En plus de nuire à la biodiversité, la contamination des eaux pose aussi plusieurs problèmes sanitaires, aussi bien pour le bétail que pour les hommes. Une étude péruvienne aurait montré que sept enfants sur dix examinés dans les écoles situées autour du lac sont parasités par la grande douve du foie (Fasciola hepatica), qui a des conséquences assez importantes sur la santé (fièvre, douleurs abdominales, coliques hépatiques, intolérance alimentaire). Le bétail est lui aussi infesté par ce ver plat parasite, qui n’est pas létal mais qui induit un amaigrissement important, surtout chez les vaches laitières. Ces dernières produisent donc moins de lait, qui transformé en fromage représente pourtant un apport économique important pour les habitants de la région.

Heureusement, les populations rurales se rendent peu à peu compte de la gravité de la situation et commencent à mettre en place diverses stratégies pour tenter d’endiguer le phénomène. Sur l’île du Soleil (Bolivie), les communautés Aymaras pensent en ce moment même à établir une charte environnementale obligeant entre autre les touristes à repartir de l’île avec leurs déchets. Une idée intéressante, à condition que la ville de Copacabana (point de départ pour l’île du Soleil) se dote enfin d’un système de gestion des ordures et des eaux usées !





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Source : Effets de terre

Photo : lefigaro.fr

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