Le ministère de la Défense reconnait les risques d’effondrement à Moruroa
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Un haut fonctionnaire du ministère de la Défense a visité le 25 janvier l’atoll de Moruroa. Il y a reconnu officiellement les risques d’effondrement engendrés par les essais nucléaires qui se sont produits dans l’atoll.
Communiqué de Moruroa e Tatou
Lors de sa récente visite à Moruroa, réservée aux médias, M. Jurien de la Gravière a enfin reconnu officiellement que la stabilité d’une partie de l’atoll nucléaire était menacée. Les responsables associatifs polynésiens avaient, depuis un colloque à l’Assemblée nationale le 20 février 1999, alerté une première fois l’opinion sur la fragilité des structures géologiques de Moruroa. Douze ans plus tard, le délégué à la « sûreté nucléaire » du ministère de la défense est obligé d’admettre que ce risque d’effondrement majeur d’une « loupe », comme il dit, de la falaise récifale de Moruroa n’était pas à exclure. Il a même ajouté devant les caméras de Polynésie Première que cet effondrement provoquerait probablement une « vague » de 10 à 20 mètres de hauteur !
Ajoutant à la confusion, ce lundi 24 janvier, à Papeete, M. Jurien de la Gravière remettait au ministre de la santé et de l’écologie un document abordant les répercussions de cet effondrement éventuel sur l’atoll de Tureia. En résumé, « Tureia en serait pour un bon bain de pieds et un simple préavis serait suffisant pour les avertir de la vaguelette qui les atteindrait 10 minutes après l’effondrement » !
Vendredi 28 janvier, devant le COSCEN au grand complet, M. Jurien de la Gravière annonçait que les géologues du CEA sont parmi « les meilleurs au monde » et qu’il n’est donc nullement besoin de s’alarmer. Moruroa e tatou s’insurge de ces déclarations qui rappellent les années où les patrons du CEA et du CEP affirmaient que les essais étaient particulièrement propres et sans danger pour les « chères populations de Polynésie ».
On comprend donc que la population de Tureia se soit alarmée après ces déclarations irresponsables du Délégué à la « sûreté » nucléaire de défense. « Qu’allons-nous devenir ? L’Etat devra-t-il nous évacuer alors que notre atoll est aux premières loges » lit-on dans la pétition que les habitants de Tureia ont remise à M. Jurien de la Gravière ce même 28 janvier avant qu’il ne reparte à Paris.
Moruroa e tatou interpelle le Président du Pays pour donner une réponse ferme aux déclarations du Délégué à la sûreté nucléaire de défense. Moruroa e tatou demande au Président du Pays de convoquer de toute urgence une séance extraordinaire de l’Assemblée de la Polynésie française qui aurait pour objet de recommander à l’Etat français :
- La révocation du Délégué à la sûreté nucléaire de défense et de son « équipe » pour mensonge et incompétence sur l’état des atolls de Moruroa et Fangataufa,
- L’exigence de l’envoi à Moruroa, dans les plus brefs délais, d’une mission d’expertise géologique et radiologique indépendante du CEA et de la Défense pour vérifier l’état des atolls nucléaires,
- Le transfert, en concertation avec les autorités polynésiennes, des missions de suivi des essais nucléaires en Polynésie aux plus hautes autorités de l’Etat.
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Les dangereuses fissures de Moruroa
Article des Nouvelles de Tahiti
Publié le jeudi 27 janvier 2011
Le risque est présent. La Défense a parlé mardi 25 janvier, au cours d’une visite guidée sur l’atoll de Moruroa, du sujet sensible des fissures, des fractures et de leur éventuelle conséquence : l’effondrement. La surface de Moruroa porte les stigmates des essais souterrains, ceux d’avant la dernière campagne voulue par le président Chirac [en 1995]. La visite, voulue médiatique, menée par le délégué à la sûreté nucléaire, Marcel Jurien de la Gravière, a permis d’observer quelques conséquences géologiques des essais souterrains. Parmi elles, les routes affaissées, quand elles ne sont pas sous l’eau, ou les fameuses fissures qui lézardent le lagon. C’était au temps des essais réalisés sous la couronne corallienne, notamment en zone nord.
Le risque réside dans l’éventuel effondrement d’une partie du corail, dite carbonate. Deux types d’effondrements éventuels ont été identifiés : la chute d’un pan ou celui d’une loupe. Si pour le premier cas il est estimé qu’il mobiliserait plusieurs dizaines de millions de m3, pour le second on parle de centaines de millions de m3.
Selon la Défense, “la chute d’un bloc corallien de l’ordre de 100 millions de m3 conduit à une vague de moins de trois mètres au droit de l’événement, et ne serait pratiquement pas perceptible à Tureia, le seul atoll qui pourrait être concerné par des événements de ce type à Moruroa”.
Le glissement d’une loupe aurait des conséquences d’un autre ordre. Un type de glissement de calcaire “de 600 millions de m3 conduirait à une vague de six à huit mètres de hauteur à proximité de l’événement et de un à deux mètres de hauteur sur la partie de l’atoll de Tureia qui fait face à Moruroa”.
Suivant l’ampleur de l’effondrement, on parlait mardi sur Moruroa d’une vague dont l’amplitude pourrait osciller entre dix et 20 mètres. Des loupes à surveiller en priorité, on en compte trois sur l’atoll du grand secret, portant les noms quasi inoffensifs de Françoise, Camélia et Irène. Des mesures de prévention ont été prises, comme l’observation d’éventuels mouvements de terrain assurant notamment des délais de mise en garde. Pour la chute d’un bloc corallien, “un délai d’alerte automatique de 90 secondes” serait appliqué. Dans le cas plus délicat d’un mouvement de loupe, “l’alerte précéderait l’événement de plusieurs semaines”, peut-on lire dans le fascicule fourni par la Défense. On procéderait alors à une évacuation des personnels sur place. Des délais de mise en garde identique seraient appliqués à Tureia.
Mais quid des fuites radioactives, si un large pan de la couronne corallienne devait céder, ouvrant à la mer une cavité où s’est produit un essai ? Il est notamment mis en avant “la vitrification” des matières radioactives pour expliquer une limitation de leur dispersion, et la dispersion elle-même pour expliquer l’évaporation de risques. Les conséquences radiologiques d’un glissement éventuel d’une loupe sont abordées dans le dossier de presse où il est fait référence à une étude de l’AIEA : on peut y lire que “l’ensemble des produits radioactifs serait relâché instantanément dans l’océan, la dose induite à la population de Tureia serait de sept microsieverts la première année consécutive à l’accident et de trois microsieverts l’année suivante”. Reste à connaître les microsieverts que seraient susceptibles de recueillir Moruroa…
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