Le modèle japonais

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4 mai 2011 / Hervé Kempf




Pendant trente ans, le Japon a été le premier des dragons : animé d’une énergie inépuisable, il battait les records mondiaux de croissance, répandait ses voitures à travers la planète, inventait le walkman, bousculait les Etats-Unis. Et puis, le géant a vacillé, une bulle spéculative y a éclaté en 1989, et depuis, le taux de croissance de l’économie japonaise trottine autour d’une moyenne de 1 % par an. Les économistes se désolent d’une performance si médiocre, soulignent l’ampleur du déficit public, s’inquiètent d’un chômage en hausse, dessinent un pays en déshérence.

En fait, nombre d’éléments corrigent le tableau : une épargne domestique très importante, un matelas respectable de devises, une solide capacité exportatrice. Certes, les amis japonais ne cachent pas les faiblesses de leur société : les jeunes peinent à trouver du travail dans une société âgée, la classe politique manque de vision, le système de retraite et d’aide à la maternité est très médiocre. Mais le pays reste solide, comme le montre la façon dont il encaisse le double drame du tsunami et de l’accident nucléaire de Fukushima.

En fait, ce que le Japon nous apprend, c’est qu’une économie peut connaître durablement une croissance très faible, voire nulle, sans pour autant s’effondrer. D’ailleurs, quel sens aurait, pour une société parvenue à un niveau de richesse très élevé, enserrée dans une île étroite et sans guère de matières premières, très densément peuplée, quel sens, donc, aurait une augmentation continue de l’accumulation matérielle ? Il y a quelques mois, on apprit que la puissance économique de la Chine avait dépassé celle du Japon. A Tokyo, la vieille garde déplora cet apparent recul. Mais nombre d’observateurs y virent le signe que le Japon s’habituait à un nouveau monde. Un universitaire, Norihiro Kato, observait ainsi, dans le New York Times du 21 août 2010 : « Les jeunes Japonais, qui sont nés après l’éclatement de la bulle (en 1989) n’ont jamais connu un Japon à l’économie florissante. Ils se sont habitués à la frugalité. (...) Dans un monde dont les limites sont de plus en plus apparentes, le Japon et sa jeunesse pourraient bien révéler ce que cela signifie de sortir de la croissance. »

La difficulté majeure, en fait, est que la classe politique - intimement imbriquée aux grandes entreprises - s’oppose à la tendance historique.

Elle pourrait, au contraire, chercher à adapter le pays à une économie qui viserait à diminuer son empreinte écologique. Il n’empêche : le pays du Soleil-Levant explore difficilement un chemin novateur. Il y a bien des raisons de s’intéresser au Japon, et à son nouveau modèle.






Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 4 mai 2011.

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