Le nouveau président du Syndicat des énergies renouvelables enfreint la déontologie

Durée de lecture : 3 minutes

22 novembre 2010 / Sauvons le climat

Quel que soit le sujet, la morale professionnelle doit s’appliquer. La nomination à la tête du Syndicat des énergies renouvelables d’un responsable de l’Ademe auparavant chargé de ce secteur pose un problème de déontologie.


A l’issue de son Assemblée Générale du 16 novembre, le Syndicat des Energies Renouvelables (SER) a élu son nouveau Président, Jean-Louis Bal. L’actuel directeur des Energies Renouvelables à l’ADEME succèdera le 1er mars 2011 à André Antolini qui, depuis 13 ans, a dirigé et développé le SER, lequel compte aujourd’hui 550 entreprises. Ingénieur de formation, Jean-Louis Bal a travaillé dans le domaine de l’énergie solaire, dans le secteur privé, durant 17 ans avant de rejoindre l’ADEME en 1992. Il est l’un des grands promoteurs des énergies renouvelables en France, et a été l’un des principaux rapporteurs du Grenelle de l’environnement.

André Antolini restera dans l’équipe dirigeante du syndicat, puisqu’il est nommé Président d’honneur et aura une mission de « conseiller spécial » du nouveau Président. Au cours de ses 13 ans de règne, André Antolini s’est montré un lobbyiste hors pair, passé de l’immobilier (plusieurs fois élu à la tête de la Fédération Nationale des Promoteurs et Constructeurs) au renouvelable, pour diriger la « Société Internationale d’Investissements Financiers », alors basée à … Luxembourg .

Le pantouflage d’un haut responsable d’un organisme public vers ce qu’il faut bien appeler un groupe de pression (un lobby en anglais) privé, et ce, précisément, dans le secteur dont il avait la charge, ne pose-t-il pas un sérieux problème d’éthique et de déontologie ? Personne ne semble véritablement s’en soucier.

On peut tout de même s’interroger, en l’occurrence, sur l’applicabilité de l’article 432-13 du Code Pénal qui « punit de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire public ou agent ou préposé d’une administration publique, à raison même de sa fonction, soit d’assurer la surveillance ou le contrôle d’une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée, soit d’exprimer son avis sur les opérations effectuées par une entreprise privée, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l’une de ces entreprises avant l’expiration d’un délai de cinq ans suivant la cessation de cette fonction ». Forçant le trait, trouverait-on normal qu’un(e) Ministre de l’Economie et des Finances quitte son poste pour prendre la tête du MEDEF ?

Cet échange de bons procédés et de responsables entre l’ADEME et le SER nous paraît révélatrice du fonctionnement d’un lobby qui, sous prétexte de sa mission (l’environnement, y compris sous l’angle climatique, et la maîtrise de l’énergie) n’a, depuis sa création, eu de cesse que de combattre le nucléaire civil tout en favorisant l’affairisme le plus échevelé, en poussant à la construction d’installations éoliennes et solaires, aussi dispendieuses qu’inefficaces sur tous les plans.

Nous voulons croire, peut être naïvement, que les nouveaux ministres, Nathalie Kosciusko-Morizet et Eric Besson, prendront la pleine mesure d’une consanguinité préjudiciable à la politique énergétique de la France et feront le nécessaire pour que ce ne soit pas « le SER qui mène le bal ».



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : http://sauvonsleclimat.typepad.fr/l...

Lire aussi : La campagne de vaccination H1N1 a-t-elle été pilotée par les lobbies ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

16 novembre 2019
Les Gilets jaunes ont forcé la mue sociale du mouvement écologiste
16 novembre 2019
Radio Bambou - L’étrange voyage de Bambou… à l’intérieur d’un pain !
15 novembre 2019
Porté par son succès, le vin naturel affirme sa dissidence




Du même auteur       Sauvons le climat