Le nouveau sarcophage de Tchernobyl n’est pas près d’être fini

28 avril 2012 / Claude-Marie Vadrot (Politis)

Tchernobyl : plus le nouveau sarcophage se fait attendre, plus il est cher...
25 ans après la catastrophe de Tchernobyl, le confinement de la centrale nucléaire ukrainienne n’est toujours pas effectif. Décryptage d’un projet pharaonique bien mal parti.


Après avoir longé le sarcophage de la centrale de Tchernobyl, en Ukraine, qui fuit depuis une bonne vingtaine d’années, on découvre les bâtiments de Novarka, la société créée par Vinci et Bouygues pour construire la nouvelle enceinte de confinement supposée empêcher les fuites radioactives et permettre de démanteler le coeur du réacteur accidenté. A l’entrée de ce « camp français », des spécialistes contrôlent la radioactivité des véhicules. Au plus près de la centrale travaillent les employés de Novarka, une soixantaine d’expatriés français. Comme les ouvriers terrassiers et d’autres personnels mobilisés, ceux qui s’affairent autour des deux réacteurs arrêtés ne sont sur place que quatre jours par semaine ou bien deux semaines sur quatre. Ils partent soit à Kiev soit dans la ville voisine de Slavutich, une ville nouvelle construite en 1992 pour loger les derniers salariés de Tchernobyl, loin des zones fortement irradiées.

Le serpent de mer d’un nouveau sarcophage destiné à remplacer celui que les Soviétiques avaient édifié à la hâte au péril de la vie des quelques 20 000 « liquidateurs » dont beaucoup, ouvriers et ingénieurs, sont morts par la suite, est né en 1992. Quand les Ukrainiens, sous pression de l’Union européenne, ont admis que leur enceinte de confinement se dégradait rapidement et risquait un jour de s’écrouler sur les débris du réacteur explosé, malgré la centaine de millions d’euros déjà dépensée pour le consolider. Serpent de mer, car entre les tergiversations des autorités ukrainiennes, le défi technologique, la corruption liée aux différents marchés à passer et l’énorme financement nécessaire pour sécuriser entièrement le site, il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’un appel d’offre soit lancé. Il a été remporté par Vinci et Bouygues qui ont célébré le contrat en avril 2006 à l’ambassade de France de Kiev, pour marquer le vingtième anniversaire de la catastrophe. Mais, comme tous les intermédiaires ukrainiens n’avaient pas encore été correctement « rémunérés », il n’a en fait été signé qu’en septembre 2007 à Slavutich. Sur la base d’un projet pharaonique.

Les bureaux de Novarka

Pour un montant théorique de 500 millions d’euros, les Français se sont engagés à construire une arche de 105 mètres de hauteur sur une longueur de 150 mètres et d’une portée de 260 mètres, constituée par une structure métallique de 18 000 tonnes. Cet ensemble devra lentement, centimètre par centimètre, glisser sur des rails, poussé par des vérins hydrauliques, pour recouvrir le vieux sarcophage. La construction et la préparation du site mobiliseront jusqu’à un millier d’ouvriers et de techniciens. Le futur reste de rigueur tant les Français communiquent peu sur l’avancement des travaux. Et les Ukrainiens expliquent maintenant qu’il faut que l’Europe et tous les pays volontaires consentent une rallonge d’au moins 600 millions d’euros. En réalité, le chantier a pris beaucoup de retard et est au point mort depuis des mois : les fondations de positionnement de l’arche, qui utiliseront au moins 25 000 mètres cubes de béton, sont loin d’être terminées. Un coup d’oeil aux travaux pour l’instant embryonnaires et les aveux des Ukrainiens permettent de le vérifier. Surprise : en creusant, les entreprises ont trouvé « énormément de radioactivité » et ne savent pas quoi faire des 6 ou 7 mètres de profondeurs de terres fortement contaminées...

Nul ne sait actuellement si la rallonge demandée sera suffisante puisque les dernières évaluations chiffrent l’achèvement des travaux à près d’un milliard et demi d’euros. Sans compter le retard qui coûte officiellement 4 à 5 millions par mois. D’après Novarka, les travaux devaient se terminer au milieu de 2012 alors que le chantier n’avance pratiquement plus et qu’il a déjà au moins deux ans de retard.

Le nouveau sarcophage sera mis en place « au mieux dans quelques années », explique un ingénieur du Chernobyl Nuclear Power Plant, le maître d’ouvrage ukrainien. Ce dernier a démissionné il y a un an, estimant que les salariés étaient exposés à trop de risques. Sans oublier qu’il faudra ensuite procéder au démantèlement de ce qui restera à l’intérieur : le combustible encore en réaction lente et des centaines de milliers de tonnes de métaux et de béton dont nul ne saura quoi faire alors que les déchets et le matériel contaminés lors de l’accident ne sont pas encore éliminés. Cela risque de durer plusieurs dizaines d’années...




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Source : Politis

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