Le nucléaire représente 17 % de la consommation finale en France

10 décembre 2011 / Ghislaine Destais



Petit rappel des chiffres : le nucléaire en France représente 69 % de l’électricité finale consommée et moins de 17 % de l’énergie finale consommée.


« On ne peut pas se passer du nucléaire en France puisqu’il représente 80% de la production d’électricité ». Tel est le discours politique dominant depuis quelques jours. Emportés par l’élan, certains vont même jusqu’à laisser entendre que le nucléaire constituerait 80% de l’énergie consommée en France. Allez savoir ?

Ce chiffre magique des 80% associé à notre imaginaire collectif suffit généralement à nous convaincre du caractère indispensable du nucléaire. Renoncer au nucléaire consisterait, au choix, à retourner à une dépendance inacceptable à l’égard des énergies fossiles ou à se priver de 80% de nos besoins en électricité. Sous-entendu, la technologie ne permettra jamais assez d’économies pour les limiter drastiquement et les énergies renouvelables ne peuvent y faire face de façon massive.

S’il s’agit d’étouffer tout dialogue en jouant sur l’émotion, c’est presque gagné. Mais les Français sont en droit d’attendre un vrai débat sur l’énergie, qui ferait appel à leur raison plus qu’à leurs sentiments. Dans cette perspective, il est proposé ici une contribution scientifique visant à fournir des fondements rationnels au débat en rétablissant la réalité des faits concernant la place occupée par le nucléaire dans la satisfaction des besoins énergétiques de la France, ce qu’ignorent les politiques, comme l’a montré en 2007 le débat télévisé entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy où l’un et l’autre se sont emmêlés dans la lecture de leurs notes à ce sujet.

D’abord, les données officielles du Commissariat général au Développement durable montrent que ce chiffre de 80% ne correspond à aucune réalité mesurée. La part de la production d’électricité nucléaire dans la production électrique brute en France n’a cessé d’augmenter de 1970 à 1990. Mais depuis 1993, année où elle atteint 78%, elle oscille entre la valeur maximale de 78,5%, en 1997, et une valeur minimale de 75,2% atteinte en 1999. La dernière donnée disponible, concernant l’année 2009, fait état d’une part de 75,6%. En termes absolus, la production nucléaire a atteint son maximum en 2005, avec 452 térawatt heures (TWh) produits contre 410 en 2009. On peut donc dire que la part du nucléaire dans la production électrique française se situe actuellement autour de 76%.

Qu’en est-il maintenant de la part du nucléaire dans la consommation d’électricité des utilisateurs ? Les données officielles ne fournissent pas directement cette information. Aussi faut-il la reconstituer en retranchant de la production brute tout ce qui n’arrive pas chez l’utilisateur final (nous indiquons les valeurs 2009) : la consommation d’électricité au sein des centrales nucléaires (20 TWh), celle affectée à l’enrichissement du combustible (près de 19 TWh), celle utilisée par les stations de pompage qui remontent de l’eau dans les barrages (7 TWh), les exportations (45 TWh), les pertes réseau (que nous avons estimées à 25 TWh, au prorata de la part du nucléaire dans l’électricité qui circule) ainsi que 3 TWh qui alimentent les raffineries. Finalement en 2009 il restait 296 TWh d’électricité nucléaire pour les consommateurs français alors que leur consommation totale d’électricité s’est élevée à 428 TWh. L’électricité d’origine nucléaire représentait donc 69% de l’électricité finale consommée en France en 2009.

En élargissant le point de vue, on peut aussi se demander quelle place occupe le nucléaire dans l’ensemble des énergies. Pour cela, il faut convertir les TWh dans l’unité commune des bilans énergétiques, le million de tonnes équivalent pétrole (Mtep), et distinguer deux niveaux : d’un côté les approvisionnements, ce qu’on appelle en termes techniques les disponibilités ou la consommation d’énergie primaire, et de l’autre la consommation d’énergie par les utilisateurs, appelée consommation d’énergie finale.

Concernant les approvisionnements, les règles de comptabilité adoptées par les économistes de l’énergie, pour des raisons qu’il serait trop long d’expliquer ici, consistent à compter pour le nucléaire non pas la quantité d’électricité mais la quantité de chaleur produite dans les centrales. Le rendement de transformation de cette chaleur en électricité étant de 33%, pour une unité d’électricité produite, on compte 3 unités d’énergie nucléaire. Avec cette convention, le nucléaire représentait 41% des approvisionnements énergétiques de la France en 2009. Une méthode alternative, basée sur un rendement de 55% qui est celui du mode de production le plus efficace, les turbines à gaz à cycle combiné, fournit une évaluation de 29%. On peut donc estimer la part du nucléaire dans les disponibilités en énergie de la France entre 30 et 40%.

Côté consommation finale, les 296 TWh d’électricité produits en 2009 par les centrales nucléaires et arrivant chez les utilisateurs représentent 25,4 Mtep, à comparer aux 155 Mtep de consommation énergétique totale. L’électricité nucléaire représentait donc 16,5% de l’énergie finale consommée en France en 2009. On est loin des 80% ! En effet, l’énergie dominante consommée par les utilisateurs en France (pour le résidentiel-tertiaire, les transports, l’industrie, la sidérurgie et l’agriculture) reste le pétrole, avec un poids de 42%. L’électricité et le gaz font chacune presque moitié moins (24% pour l’électricité et 22% pour le gaz), les énergies renouvelables thermiques atteignant 9% et le charbon seulement 3%.

Commençons donc par regarder la réalité comme elle est. Il serait dommage d’entamer un débat sur l’énergie en laissant croire à la population que le nucléaire assure déjà l’essentiel de ses besoins énergétiques alors qu’il ne lui en fournit qu’un sixième. A partir de ce constat, toutes les argumentations sont possibles, y compris celles visant à défendre un développement du nucléaire, mais sur des bases objectives.





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Source : Lepii-Edden

Ghislaine Destais est Ingénieur - Docteur en Economie de l’Energie et Maître de conférence en Sciences Economiques à l’Université Pierre Mendès France – équipe EDDEN - Grenoble.

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