Le poison de l’industrie

15 avril 2012 / Hervé Kempf

La « réindustrialisation » est un mot-clé de la campagne présidentielle. Soit. Mais autant ne pas oublier les conditions environnementales et toxiques de l’industrie...


Au début, c’est une histoire classique. Une grande entreprise possède une activité peu rentable. Elle la brade à un investisseur étranger, un fonds spéculatif basé en Suisse. Les 1.800 ouvriers des usines françaises, connaissant la façon dont ce fonds a agi dans d’autres circonstances, craignent légitimement de voir l’activité dépecée et de se retrouver sur le carreau. Ils protestent et manifestent. Mais là, en pleine présidentielle, ils n’arrivent pas à se faire entendre, les médias s’en fichent.

Sauf deux observateurs, qui vont montrer que cet épisode de la guerre économique pose une question inattendue. Les 5 et 6 avril, l’émission « Là-bas si j’y suis », sur France inter, diffuse un reportage de François Ruffin. Il raconte le sort du pôle Vinylique de la grande société chimique Arkema, sa vente pour un euro symbolique au fonds Klesch, l’impuissance affichée de l’équipe de M. Hollande et l’indifférence totale de celle de M. Sarkozy. Bon.

Mais voilà que Pièces et main d’oeuvre (PMO), un groupe anti-industrialiste de Grenoble, signale un aspect oublié par le reportage : ces usines produisent du chlorure de vinyle, un produit aux propriétés cancérigènes et toxiques avérées, et dont la production entraine fréquemment des cancers du foie chez les travailleurs. Quant à ses usages, ils peuvent se révéler très nocifs pour l’environnement, comme quand on incinère le polychlorure de vinyle. Il n’est pas raisonnable de défendre des emplois aussi toxiques, affirme PMO.

Réponse de M. Ruffin, sur le site du journal Fakir : d’abord, on ne peut pas délibérer sereinement si l’emploi manque et si la peur du chômage étreint les travailleurs et leurs familles ; ensuite, on pourra décider ensemble quelles productions diminuer, encadrer ou arrêter, mais ce n’est pas aux financiers de le faire, car ils se contentent en fait de délocaliser les industries vers des pays moins regardants sur l’environnement.

Emploi ou environnement – le débat n’est pas si simple. Mais un préalable doit en être que la ré-industrialisation prônée par certains n’est acceptable que si elle s’opère dans les conditions environnementales les plus rigoureuses ; ce qui suppose de ne pas accepter le dumping écologique, donc d’envisager un protectionnisme environnemental. Et qu’à la mondialisation financière s’oppose la mondialisation écologique – un poison en France l’est tout autant en Chine ou en Inde. Les marchés ne doivent pas décider seuls.





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Source : Cet article a été publié par Le Monde daté du 15 avril 2012.

Photo : 123RF

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