Le prolétariat de l’industrie nucléaire en plus grand danger que jamais

1er juillet 2013 / Corinne Morel Darleux (Parti de Gauche)

Les travailleurs sous-traitants chargés de la maintenance du parc nucléaire sont depuis des années dans une situation désastreuse : soumis à des doses de radioactivité continue, mais divisés et donc peu capables de se faire entendre. Les grands travaux de maintenance nécessaires au parc nucléaire vont encore accroître le recours à des travailleurs intérimaires, peut-être en provenance de pays d’Europe de l’est, donc avec encore moins de capacité de défendre leur santé et leurs droits.


Comme le disait déjà notre communiqué en février dernier, au cœur des luttes et souffrances sociales il y a aussi les ouvriers de la sous-traitance. Et eux ont en plus de la « bombe » entre les mains...

Raison de plus pour les inclure systématiquement dans nos actions de luttes et nos mentions d’acteurs en résistance, comme nous le faisons pour les Contis, Fralib, Arcelor Mittal et autres salariés en légitime colère. Dans cet objectif, nous avons décidé de lancer avec les camarades du secteur écologie une consultation nationale des employés sous-traitants de l’industrie électro-nucléaire.

Depuis 2011, nous sommes avec mes camarades de la Commission Écologie Mathieu Agostini et Didier Thévenieau, en lien étroit avec le collectif des employés sous-traitants du nucléaire de Ma Zone Contrôlée va mal (MZC) situé sur les sites du Tricastin et Cruas. Il y a parmi eux des syndiqués de la CGT et de la CFDT et beaucoup de non-syndiqués.

Ce collectif, qui bénéficie d’un écho certain chez les sous-traitants, n’a quasiment aucune place (comme tous les sous-traitants) dans le débat national sur la transition énergétique (DNTE).

Pourtant, la situation qu’ils décrivent est assez inquiétante et ils évoquent de multiples incidents qui ont lieu dans les centrales, mais qui ne sont pas mis en avant à cause de la dilution des responsabilités entre différentes entreprises et la pression mise sur les sous-traitants qui préfèrent ne rien dire. Nous avons donc souhaité approfondir ces questions et élargir nos consultations sur le sujet.

D’autant que dans les années à venir, 61% de personnel statutaire d’EDF va partir à la retraite et en même temps va être lancé le "Grand Carénage" (sic) qui va, de 2015 à 2022, engager de très grands travaux sur tous les sites français. Il va falloir multiplier au moins par quatre le personnel sous-traitant.

Lorsqu’on voit ce qui se passe sur le chantier de l’EPR à Flamanville, on peut penser qu’une grande partie des sous-traitants viendra d’Europe de l’Est et s’inquiéter du dumping social - ou "Grand Carnage" social - que cela va créer, ainsi que des conditions d’accueil sur les sites qui passeront de 2.500 nomades à 10.000. On peut aussi être légitimement dubitatifs sur la formation que recevront les "novices", et l’on comprend mieux alors la raison du fonds de soutien décidé par le gouvernement aux PME de la sous-traitance nucléaire...

La situation professionnelle des employés de la sous-traitance est terrible (voir notre tribune de 2012 hélas toujours valable), leur unité est difficile à construire et le taux de syndicalisation y est de seulement 2%...

Bref ils sont aujourd’hui, dans le monde du travail, un symptôme exacerbé du libéralisme et du capitalisme. Ils sont les invisibles, peut-être encore plus fortement que tout autre de par leur situation et l’industrie qui les exploite, à travers lesquels notre projet d’écosocialisme prend toute sa réalité concrète et sa nécessité.

Nous avons donc lancé au sein du secteur écologie du Parti de Gauche une vaste réflexion sur le recours à la sous-traitance dans l’industrie électronucléaire française. Sujet écosocialiste en diable puisque, comme vous le verrez dans notre contribution, il combine les aspects sociaux (il y est question de précarité, de CHSCT [Comité d’hygiène et de sécurité au travail] et d’ANI [Accord national interprofessionnel] entre autres, ainsi que des mouvements de grève récents dans le secteur) et bien sûr environnementaux, mais aussi de démocratie, de maîtrise publique et de contrôle citoyen.

Une enquête a été menée sur différentes centrales auprès de salarié-e-s de la sous-traitance, de représentants syndicaux (Sud Énergie, MZC...) sous la houlette de Didier Thévenieau, responsable Energie au sein de la commission Écologie. C’est à mon sens un travail remarquable, qui réussit à être à la fois politique et technique tout en restant facile d’accès, sourcé et documenté.

Il fait un point précis de la situation et des perspectives qui s’annoncent, et en tire des propositions politiques concrètes à insérer dans notre projet écosocialiste. Car nous ne ferons pas avancer notre projet contre les ouvriers du nucléaire mais bien avec eux, c’est aussi tout l’objet de cette consultation.

Ce rapport constitue notre contribution au Débat National sur la Transition Énergétique. Nous l’avons déposé sous forme de "cahier d’acteur". Voici le communiqué de presse l’annonçant, et le rapport à télécharger.

Voir notre contribution sur le site du DNTE


Communiqué

Sous-traitance dans le nucléaire : le cri d’alarme du Parti de Gauche

Dans le cadre du Débat national sur la transition énergétique (DNTE), le Parti de Gauche a déposé le 24 juin 2013 une contribution directe sous forme de cahier d’acteur, intitulée « Les employés sous-traitants du nucléaire, les sacrifiés de la transition énergétique ».

Ce rapport de 23 pages jette un pavé dans la mare en revenant sur l’impossible débat concernant la filière électro-nucléaire en France. Celui-ci a de facto été exclu du DNTE par l’objectif gouvernemental d’ores et déjà annoncé de poursuite de l’EPR de Flamanville, de part du nucléaire à 50% de la production d’électricité ou encore par les annonces de report de la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016.

Surtout, la contribution du Parti de Gauche revient en détails, chiffres et témoignages à l’appui, sur la condition des ouvriers de la sous-traitance dans l’industrie nucléaire et ses impacts pour l’ensemble de la population. C’est un véritable cri d’alarme, sérieux et documenté, que lance le Parti de Gauche par cette contribution.





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Source : Les petits pois sont rouges

Photo : L’Express

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