Le retour de la bougie

Durée de lecture : 2 minutes

15 novembre 2009 / Hervé Kempf


Veuillez vérifier qu’il y a des bougies dans le tiroir de la cuisine. Pourquoi ? Pour passer l’hiver, tiens. Pourquoi ? Ben, il y a plein de nucléaire en France, donc il faut revenir à la bougie. Quoi, quoi, quoi ? Bougie, nucléaire ! Ben oui, beaucoup de nucléaire = retour à la bougie. Vous ne saviez pas ?

Expliquons. Le 30 octobre, Réseau de transport d’électricité (RTE) a annoncé que la « disponibilité prévisionnelle du parc de production français pour cet hiver » sera en « très net retrait ». Des importations d’électricité seront nécessaires entre novembre et janvier. Mais « avec des températures de 7 à 8 °C durablement sous les normales saisonnières, le niveau d’importation pourrait atteindre la limite technique ». Auquel cas, il faudra envisager des actions de sauvegarde, telles que « baisse de tension de 5 %, voire délestage de consommation » - c’est-à-dire coupures, c’est-à-dire bougies.

Remarquez, c’est très moderne, les bougies. Sur le Net - consultez avant la panne, parce que bien sûr, l’ordinateur... -, vous trouverez des magasins bien approvisionnés, on peut payer par carte Bleue.

Bon, mais des températures inférieures de 7 à 8 °C aux normales saisonnières, ce doit être très rare, non ? Non.

« Allô, Météo France ? - Attendez, je regarde les chiffres. Voyons, voyons : une journée inférieure de 8 °C à la normale saisonnière en janvier 2009, deux jours inférieurs à 6 °C en 2008, deux jours inférieurs à 7 °C en 2006, oh, tiens, un coup de froid inférieur à 9,7 °C le 27 février 2005. » Aïe, aïe, aïe, ce n’est pas si rare. Et en 1987, dix jours inférieurs à 10 °C par rapport à la normale, près de dix jours en 1985...

Voyons les choses du côté positif : s’il fait froid, le nucléaire va relancer la production française de bougies, et donc... la croissance ! Whaoô, trop génial !

Au fait, comment nous retrouvons-nous dans cette situation, alors que, cocorico !, la France dispose de cinquante-huit réacteurs nucléaires que le monde entier nous envie ? Eh bien voici :

1 - pour justifier le suréquipement nucléaire, on a stimulé le chauffage électrique ; l’inconvénient du chauffage, c’est qu’on s’en sert quand il fait froid. Donc, en hiver, il y a des pointes très fortes de demande ;

2 - aucune restriction n’étant suggérée à nos concitoyens, la consommation d’électricité croît rapidement : de 450 térawattheures en 2002 à 494 en 2008 ;

3 - le parc nucléaire français connaît plein de problèmes techniques. Plus de dix réacteurs, sur cinquante-huit, sont en ce moment à l’arrêt.

Les solutions existent. La solution gros boeuf : on augmente la production, on construit des centrales thermiques, on construit des centrales nucléaires.

La solution élégante : on réduit la consommation d’énergie, on s’interroge sur ce dont on a vraiment besoin, on fait attention à l’environnement. Le test de l’hiver : gros boeuf, ou élégant ?




Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 15-16 novembre 2009.

Lire aussi : Les nucléaristes gonflent une nouvelle bulle http://www.reporterre.net/spip.php?...

25 février 2020
Face au manque de neige, le délire technique atteint des sommets
Tribune
25 février 2020
Étendre la durée de la chasse ne limitera pas la prolifération du gibier
Info
24 février 2020
VIDÉO - Se passer des pesticides chimiques, grâce aux « préparations naturelles peu préoccupantes »
Alternative




Du même auteur       Hervé Kempf