Les citadins africains grossissent

Durée de lecture : 5 minutes

1er juin 2010 / IRD (Institut de recherche pour le développement)



Le nombre de citadins des pays en développement va plus que doubler entre 2000 et 2025. Cette urbanisation s’accompagne d’un changement des habitudes alimentaires : plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés, des repas pris sur le pouce en dehors de la maison. Paradoxalement, alors que la sous-nutrition reste un problème très préoccupant dans de nombreux pays d’Afrique, l’obésité fait son apparition dans les villes.


Des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires (1) révèlent que dans deux quartiers de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, 36% des femmes et 14,5% des hommes sont en surpoids. Les nutritionnistes montrent que cet embonpoint est lié au mode d’alimentation « moderne » adopté par ces habitants, en particulier les plus riches.

Ces travaux permettent de mieux comprendre les causes de l’obésité de populations urbaines, pour la mise en place à terme de programmes appropriés pour en prévenir ses conséquences sur la santé.

L’urbanisation est en extension rapide dans les pays en développement. Au Burkina Faso, par exemple, la population urbaine a été multipliée par sept depuis 1975. Ce phénomène s’accompagne de changements profonds de mode de vie et d’alimentation. Cette « transition nutritionnelle », déjà accomplie dans les pays du Nord, se manifeste par l’apparition de problèmes d’obésité. Le surpoids n’est plus uniquement un problème des pays développés, il augmente de façon spectaculaire en Afrique, notamment en ville. De par ses conséquences sur la santé, il va constituer un enjeu majeur pour les politiques de santé publique pour ces pays dans les années à venir.

Un régime en transition

Pour établir le lien entre alimentation et surpoids, des chercheurs de l’IRD et leurs partenaires ont examiné les modes de consommation, les caractéristiques des régimes et des types d’aliments consommés dans deux quartiers très contrastés de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso : l’un central et plutôt riche, l’autre en périphérie et plutôt pauvre. Les nutritionnistes ont montré que chez ces ménages, 36% des femmes et 14,5% des hommes étaient en surpoids. Plus de 1000 habitants, âgés de 20 à 65 ans, ont détaillé tous les repas, sauces, casse-croûtes et boissons consommés au cours de la semaine et répondu à un questionnaire qualitatif sur leurs habitudes alimentaires : combien ont-ils pris de repas par jour ? Les ont-ils pris au domicile ou en dehors ? Ont-ils grignoté entre les repas ?

Les nutritionnistes ont alors montré que les personnes qui consomment des aliments dits « modernes » ont davantage tendance au surpoids. Bien que le régime alimentaire de ces Ouagalais demeure traditionnellement basé sur les céréales, les légumes et l’huile végétale, d’autres aliments ou recettes « importés » s’y ajoutent, comme l’omelette, le poulet, les sandwiches, les salades, les pâtes, le pain, etc. En revanche, le grignotage, autre mode de consommation typiquement urbain, souvent incriminé comme un facteur de surpoids, ne semble pas entraîner ici de surnutrition. Cependant, il faut noter que nombre de casse-croûtes à Ouagadougou restent de type traditionnel.

Les plus riches sont les plus touchés

Cette étude met en lumière l’étroite relation entre le mode de vie des citadins et leur comportement alimentaire. Le grignotage est associé à des conditions de vie moins structurées, telles que celles des jeunes gens ou des célibataires. Les personnes plus âgées ou mariées sont en effet plus enclines à prendre des repas planifiés et à heure régulière. De même, les actifs, ayant moins de temps disponible, mangent plus fréquemment sur le pouce.

L’environnement et l’accessibilité de la nourriture jouent également un rôle dans le choix des aliments. Les habitants du quartier périphérique, plus pauvres, ont une alimentation constituée de produits de base, plus traditionnelle, que ceux du quartier central, plus riches, qui consomment plus d’aliments « modernes » et plus coûteux.

Urbanisation et transition nutritionnelle

Tout comme la sous-nutrition, la surnutrition peut être causée par un ensemble de facteurs économiques, sociaux et culturels, souvent liés à la pauvreté qui entraîne des difficultés d’accès à une alimentation équilibrée. Les citadins subissent moins les variations saisonnières, ont un plus large choix et une meilleure disponibilité des denrées alimentaires que leurs concitoyens des zones rurales. Mais l’urbanisation est aussi synonyme de changements d’habitudes alimentaires, d’une occidentalisation des régimes (plus de viande, de graisses, de sel et de produits sucrés), d’une sédentarisation et de changements de modes de vie en général. Grignoter entre les repas principaux, acheter des plats préparés et pris en dehors de la maison deviennent des pratiques fréquentes. Ce phénomène, connu sous le nom de « transition alimentaire », s’accompagne d’une augmentation du surpoids et de l’obésité et d’un plus grand risque de maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension, les maladies cardio-vasculaires et certains cancers.

L’Afrique doit désormais faire face à un double fardeau : alors que la faim tenaille encore une large part de sa population, l’obésité et ses graves conséquences sur la santé gagnent les villes. La population urbaine en Afrique ne cesse de croître : les citadins seront en majorité d’ici 2020. Avec les changements d’alimentation qui s’ensuivent, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime que la proportion de femmes africaines de plus de 30 ans en surpoids devrait atteindre 41% dans 5 ans.

Cette étude, menée dans deux quartiers caractéristiques de Ouagadougou, permet de mieux cerner les causes de l’obésité et, à terme, d’améliorer les politiques de surveillance et de prévention et de mettre en place des programmes nutritionnels appropriés.

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Note

(1). Ces travaux ont été réalisés en collaboration avec la Direction Nationale de la Nutrition du Ministère de la Santé burkinabé, l’Institut Supérieur des Sciences de la Population et l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé à Ouagadougou au Burkina Faso.






Source : http://www.ird.fr/la-mediatheque/fi...

Ecouter aussi : Quelle différence dans la vie en France et en Centrafrique ? http://www.reporterre.net/spip.php?...

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