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Les deux lignes

Durée de lecture : 2 minutes

4 mars 2012 / Hervé Kempf

« Deux lignes, deux pôles, et entre les deux, oscillant, le marais du ’développement durable’. Choisissez. »


L’augmentation du prix du pétrole a suscité récemment des réactions pittoresques. Pour les uns, comme le candidat François Hollande, il faudrait bloquer le prix de l’essence. Pour d’autres, qui se sont répandus dans différentes gazettes, il faudrait toutes affaires cessantes lancer l’exploitation des gaz de schiste.

Ces réponses presque instinctives sont paradoxalement bienvenues, parce qu’elles révèlent les deux lignes d’analyse de la situation écologique mondiale. Et si - du moins est-ce l’avis du chroniqueur - la crise écologique est le problème politique essentiel de ce début de siècle, ces deux lignes constituent les pôles opposés d’interprétation de ce qui se joue aujourd’hui.

Pour la première, qui structure l’idéologie dominante, la question environnementale est accessoire. L’essentiel est d’assurer la croissance du niveau de consommation matérielle, ce niveau étant assimilé au bien-être.

Comme l’énergie est l’aliment indispensable de la machine productive assurant cette consommation, il faut absolument qu’elle soit toujours plus abondante. Et puisque la disponibilité tend à se réduire relativement à l’augmentation planétaire de la consommation, tirée par les pays qui aspirent à rejoindre le niveau des pays occidentaux, il faut stimuler toutes les ressources possibles : pétrole arctique, sables bitumineux, hydrocarbures sous-marins, gaz de schiste. Oublié, l’impact sur le paysage et la biodiversité, minorée, la consommation d’eau et de produits chimiques, repoussée, la perspective de marée noire ou de contamination et dénié, écarté, refoulé, enfoui dans le recoin le plus obscur de l’inconscient, l’effet sur le changement climatique.

De l’autre côté, la ligne écologiste. Ses tenants sont minoritaires et volontiers qualifiés par les thuriféraires de l’ordre établi de « malfaisants », « dingos », « militants », « khmers verts », « pétainistes », « ennemis du progrès », j’en passe. Ils disent que c’est du côté du mode de vie que l’essentiel se joue, et qu’il faut d’abord réduire la consommation d’énergie pour aller vers une société conviviale et éviter les périls qui s’annoncent. En ce qui concerne l’Europe, ils affirment même que ce continent relativement démuni joue son avenir s’il parvient à élaborer un modèle de prospérité sobre, un modèle que la crise écologique rendra bientôt enviable, et imitable.

Deux lignes, deux pôles, et entre les deux, oscillant, le marais du « développement durable ». Choisissez.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 4-5 mars 2012.

Illustration : Onesta.

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