Les écologistes allemands partagés sur Desertec

Durée de lecture : 3 minutes

14 juillet 2009 / Michel Verrier

Desertec prévoit d’implanter d’immenses centrales solaires dans le Sahara pour alimenter l’Europe en électricité. Le projet est critiqué par Herman Scheer, le président d’Eurosolar, mais soutenu par Greenpeace.

On a mis plein feu sur l’énergie solaire à Münich ce lundi 13 juillet. Une vingtaine de poids lourds de l’industrie de l’énergie et de la finance allemande, dont Siemens, E On, RWE se sont réunis dans la capitale bavaroise à l’invitation de la société de réassurance Münich Re, autour du projet « Desertec. » Une société de droit allemand devrait se constituer cet automne pour étudier sa faisabilité. Il s’agit d’installer dans les déserts et sur les côtes africaines un réseau de panneaux et de centrales solaires qui fournirait notamment 15% de l’énergie nécessaire à l’ Europe.

Le projet Desertec s’appuie sur les études du Centre aéronautique et aérospatial allemand (DLR) selon lesquelles il suffirait d’aménager moins de 0,3% de la surface désertique de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), pour satisfaire les besoins énergétiques de l’Europe et de la région MENA. Mais le coût en investissement serait colossal. Il s’élèverait à 400 milliards d’euros d’ici 2050, dont 50 milliards pour la construction du réseau de transport d’électricité de l’Afrique vers l’Europe.

L’enjeu est énorme. Desertec permettrait de pallier à partir de 2050 à la raréfaction croissante des énergies fossiles (gaz, pétrole), et assurerait la réalisation des objectifs de réduction de taux d’émission de CO2 de l’Europe. Il contribuerait en même temps au développement des pays d’accueil par la création d’emplois, l’installation d’usines de dessalement de l’eau de mer, tout en alimentant la MENA en électricité.

Angela Merkel a salué aux côtés de José Manuel Barroso : un projet qui « conviendrait à merveille à la stratégie méditerranéenne de l’Union européenne » et mérite donc d’être subventionné par Bruxelles. Une association Desertec s’était constituée au parlement européen dés novembre 2007, à l’initiative notamment de la branche allemande du club de Rome et avec le soutien du prince Hassan de Jordanie, pour concrétiser la « coopération trans-méditerranéenne dans le domaine des énergies renouvelables ». Elle a pris en charge le lobbying indispensable à la mise en oeuvre du projet, dont la réunion de Münich pourrait être le premier pas.

Mais Desertec est déjà l’objet de critiques virulentes de partisans du solaire eux-même. Herman Scheer (SPD) député au Bundestag, président d’Eurosolar, s’insurge contre un projet qui permettrait d’abord aux géants de l’énergie de conserver leur monopole en important l’électricité solaire d’Afrique. Un trafic dont le coût sera gigantesque, alors que la priorité dans les énergies renouvelables, solaire comme éolien, est à la décentralisation à l’échelle des communes, ou le transport ne coûte rien. Mais « cela ne suffirait pas à réduire drastiquement les taux émissions de CO2, réplique Roland Hipp de Greenpeace Allemagne. De gros projets comme Desertec seront aussi nécessaires. » Et si une part du courant des déserts reste en Afrique, le danger d’« impérialisme solaire » européen serait écarté.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : http://www.michel-verrier.com/Berli...

Pour en savoir plus : http://www.desertec.org

Ecouter : L’énergie solaire peut-elle suffire aux besoins énergétiques de l’Afrique ? Nicolas Charbonneau : http://www.reporterre.net/spip.php?...

18 novembre 2019
Ecolo et anarchiste, une réponse à l’effondrement
16 novembre 2019
Au Brésil, la marée noire dévaste les côtes et le gouvernement ne fait rien
16 novembre 2019
La Maison des peuples ouverte à Paris XXe a été évacuée par la police