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Tribune

Les écolos sont trop bobos

« La question de l’égalité est la seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits. »


- Dans le détail, dans quel état est la gauche ?

Gaël Brustier : Le PS n’a pas gagné cette élection. Il ne parvient pas à reconquérir l’électorat populaire. Quand on regarde les taux de participation aux marges de Paris, c’est très faible. Ségolène Royal y est un peu parvenue dans sa région. C’est pourtant cette catégorie de population qui fera la décision en 2012.

Le NPA a chuté sur l’histoire du voile. Il y a eu une démobilisation massive. Le Front de gauche fait un bon score nationalement, mais les espaces périurbains n’adhèrent pas à ce discours de la gauche de gauche. Ils font 6,4% dans le 3è arrondissement et 5,7% dans le Val d’Oise…

On parle beaucoup du score d’Europe écologie, intronisé troisième force politique du pays. Il ne représente que 6% des électeurs. C’est un électorat très friable et très « ville-centre ».

Il y a toute une France que les intellectuels de système ne veulent pas voir. La gauche ne parvient pas à leur parler. Du côté du PS, Ségolène Royal y est un peu parvenu.

- Vous soulignez la déconnexion de la gauche et du peuple. Y-a-t-il une prise de conscience à gauche de cette déconnexion ?

Il y a un début de prise conscience transversale. Chez les proches de Royal et d’Aubry, au PC, même chez Europe Ecologie avec quelqu’un comme Stéphane Gatignon. Mais, ils n’ont pas réussi à faire faire à Duflot la campagne qu’elle aurait dû faire pour gagner. L’idée d’un tarif unique du pass Navigo était excellente. Mais très vite, ils retombent dans leurs travers bobos-urbains sur le thème : « il faut pas désespérer Montorgueuil ».

Pour revenir au PS, c’est un parti qui est encore beaucoup trop connecté à la sociologie de la nouvelle synthèse socialiste. Ceux qui résistent sont ceux qui « pensent savoir ». Par exemple Delanoë a une vraie difficulté à appréhender la France périphérique.
La seule question que doit se poser ce parti, c’est celle de l’égalité, c’est la seule thématique qui pourra rassembler à gauche 30 à 35% des inscrits. Tant que les partis de gouvernement s’appuieront sur des bases électorales de 10 à 15% des inscrits, ce pays sera ingouvernable.

- Est-ce que cette élection sonne la fin du mirage sarkozyste ?

Je n’en suis pas sûr. Sarkozy n’est pas stupide. Personne ne s’opposera à lui à l’UMP. Il est bien entouré. Je ne parle pas du gouvernement mais de ses conseillers. Tant que Buisson et Guaino seront à la manœuvre, il peut retourner la situation. Ces deux-là sont d’une astuce redoutable. Il y a une droitisation que la gauche ne veut pas voir et cet électorat sarko-lepéniste qui s’est éloigné de lui à l’occasion de ces régionales, il n’aura pas grand mal à le récupérer lors des présidentielles. Les régionales ne sont pas des élections très politiques. Contrairement à ce qu’il se dit, le débat sur l’identité nationale a été plus utile à la droite qu’on le prétend. La gauche est retombé dans ses vieux travers, les réflexes pavloviens des années 80, criant immédiatement à l’anti-racisme. Et aujourd’hui la ligne du PS ne permet pas la reconquête des électeurs d’en face.

- Dans votre livre vous espériez une alternative avec l’émergence d’une coalition sociale majoritaire. Ca progresse ?

C’est difficile. Il y a un frémissement. Le vieux monde ne veut pas mourir. Mais des éléments de l’ancien monde prennent conscience des choses. Est-ce que pour autant la gauche saura construire un programme, un projet, un discours d’ici à 2012 ? Je crois assez à l’hypothèse Prodi 2006. Une gauche sans véritable programme alternatif victorieuse sur le fil mais sous la pression culturelle permanente de la droite. D’où une véritable difficulté à gouverner dans la durée.

Propos recueillis par Régis Soubrouillard


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