Les faucheurs d’OGM ont eu très chaud face aux défenseurs de Limagrain

Durée de lecture : 3 minutes

7 novembre 2014 / Philippe Desfilhes (Reporterre)

Dans le Puy-de-Dôme, une action des faucheurs volontaires pour dénoncer un programme de recherche a suscité une contre-manifestation d’agriculteurs travaillant pour Limagrain.


La situation aurait pu déraper jeudi matin 6 novembre à Chappes dans le Puy-de-Dôme. Jacques Dandelot, membre du collectif anti-OGM 31, s’attendait pourtant à vivre une belle journée. « Nous sommes arrivés sur le centre de recherche de Limagrain avant le personnel, un peu avant 8 heures du matin, et avons réussi à rentrer à l’intérieur d’un site hyper-sécurisé, ce qui n’avait jamais été fait », raconte-t-il.

Les quatre-vingt-seize faucheurs volontaires impliqués dans l’opération s’attaquent au premier fabricant européen d’OGM (organismes génétiquement modifiés). Ils sont venus protester contre ses recherches et dénoncer un scandale et un conflit d’intérêt. Le groupe semencier est en effet chargé au sein du programme de recherche national Genius de définir les règles d’acceptation des OGM par la société civile.

Très vite, le schéma habituel se met en place : la sécurité ferme les barrières, quelques gendarmes arrivent, les militants déroulent leurs banderoles et demandent à rencontrer la direction. « Puis tout le monde a attendu, mais au fil des minutes des dizaines et des dizaines d’exploitants agricoles se sont rassemblés devant les grilles et nous nous sommes très vite sentis menacés », poursuit Jacques Dandelot.

Vers 11 heures, les « contre-manifestants » sont plus nombreux que les militants anti-OGM qui se retrouvent piégés. « Il y avait derrière la grille plus d’une centaine de personnes. Nous avons alors compris que nous aurions beaucoup de mal à ressortir. Les gendarmes présents sur le site nous renseignaient très clairement sur leurs intentions de s’en prendre physiquement à nous ». Il faudra attendre l’arrivée de gendarmes supplémentaires pour que la situation se dénoue.

En début d’après-midi, les forces de l’ordre sont suffisamment nombreuses pour « ex-filtrer » les faucheurs volontaires. Ceux-ci regagnent leurs véhicules stationnés à environ 250 mètres des grilles du site escortés par une centaine de gendarmes sous les insultes, les menaces et les invitations à venir en découdre. Une quinzaine de voitures a été vandalisée, les pneus crevés et les carrosseries rayées.

« Sans cette protection, il est évident que nous aurions été molestés », considère Gérard Liebskind. Ce militant de la première heure ne se rappelle pas d’un tel déchaînement depuis les premiers combats ayant opposés pro et anti-OGM.

Cette violence des agriculteurs n’est pas à proprement parler une nouveauté. « Nous avons l’habitude de comités d’accueil musclés, dans le sud-ouest et le centre de la France notamment, lorsque nous intervenons sur des parcelles d’essais, mais c’est la première fois que nous rencontrons un tel niveau de violence lorsque nous pénétrons dans un établissement. Or il est clair que nous avons eu affaire à des coopérateurs de Limagrain », dénonce Jacques Dandelot.

Pour le militant anti-OGM, difficile de ne pas faire le parallèle entre la situation à laquelle il a été confronté hier avec ses camarades et les violences perpétrées par d’autres agriculteurs dans la vallée du Tescou, autour de la zone humide du Testet.


LA LETTRE DE LIMAGRAIN A SES ADHERENTS

Dans une lettre envoyée à ses adhérents, et dont Reporterre a eu connaissance, le président de Limagrain, Jean-Yves Foucault, écrit que "150 adhérents se sont spontanément mobilisés". Cette spontanéité semble avoir répondu à un appel bien organisé : il indique que "la cellule de crise a bien fonctionné" et que "le respect des consignes a permis de ne pas tomber dans le piège de la provocation tendu par les manifestants".

- Télécharger la lettre de Limagrain :


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une petite faveur à vous demander. Dans une période où les questions environnementales sont sous-représentées dans les médias malgré leur importance, Reporterre contribue à faire émerger ces sujets auprès du grand public. Le journal, sans propriétaire ni actionnaire, est géré par une association à but non lucratif. Nous sommes ainsi totalement indépendants. Personne ne dicte notre opinion. Cela nous permet de couvrir des évènements et thèmes délaissés par les autres médias, de donner une voix à ceux qui ne sont pas audibles, et de questionner les puissants en les mettant face à leurs responsabilités.

Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés. Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et nous laissons tous nos articles en libre accès. Vous comprenez sans doute pourquoi nous avons besoin de demander votre aide. Reporterre emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produit quotidiennement des informations, enquêtes et reportages. Nous le faisons car nous pensons que notre vision, celle de la préservation de l’environnement comme sujet majeur de société, compte — cette vision est peut-être aussi la vôtre.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Philippe Desfilhes pour Reporterre.

Photos :
. chapô : Faucheurs volontaires.
. video de FR3 : France 3 Auvergne.

Lire aussi : En secret et sur fonds publics, Génius fabrique des plantes transgéniques.


Cet article a été réalisé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :



Documents disponibles

  Sans titre
19 juillet 2019
Sans vergogne, la publicité exploite le filon écolo
Info
9 juillet 2019
À Marseille, les quartiers nord ont aussi droit aux légumes bios
Reportage
18 juillet 2019
De l’urgence de débattre au sein du mouvement écologiste
Édito




Du même auteur       Philippe Desfilhes (Reporterre)