Les leçons du deuxième tour

Durée de lecture : 4 minutes

22 mars 2010 / Philippe Cohen



« La gauche doit se saisir de l’affaire grecque pour poser la question d’une vraie rupture avec un système pour lequel la prospérité du pays se réduit à celle du CAC 40. »


Quel ennui que cette soirée électorale, alors qu’il y a tant à dire et à méditer ! Le deuxième tour de ces élections régionales nous a appris trois choses que l’on savait déjà :

1) Le gouvernement Fillon et le Président lui-même ne sont pas plus populaires que la semaine dernière : 20 ministres candidats ont mordu la poussière. Ce soir, certains ont même chaud aux fesses : et si le Boss décidait de remanier ? Certes, le Président a dit le contraire voici quelques jours. Mais agir au contraire de ce qu’il dit, n’est-ce pas ce qu’il s’acharne à faire depuis qu’il est élu ?

2) Les électeurs d’Europe Ecologie sont de gauche. Seul Xavier Bertrand en doutait.

3) Les abstentionnistes n’étaient pas spécialement de droite. Ce sont des Français tétanisés par la crise qui n’ont pas l’impression que cette élection peut changer quoi que ce soit pour eux.

Et puis il y a des choses qui sont passées davantage inaperçues :

La gauche pavoise, mais le spectacle que montrent ses leaders ce soir ne rend guère optimiste. Le refrain de l’Unité, la défense des 35 heures, le déni de la crise, bref, une langue de plomb qui n’annonce rien de bon. Sans parler de la forme et des discours à la Castro de Martine Aubry, qui doit se trouver d’urgence un Guaino (mais y a-t-il des candidats ?) si elle entend maintenir ses ambitions. Martine Aubry a déclaré notamment que les Français étaient en attente de sincérité et de vérité. Exact. Quand commence le PS ?

Les ténors de l’UMP et Sarkozy lui-même ne donnent pas forcément l’impression d’avoir entendu les Français comme on dit sur les plateaux de télévision. Mais Martine Aubry a-t-elle « entendu » le vote écrasant en faveur de Georges Frêche et de Ségolène Royal, les deux candidats de gauche qui font les meilleurs scores dans les catégories populaires ? Et au-delà, comment compte-t-elle s’y prendre pour nous éviter une issue à l’italienne, avec une gauche molle dont l’ambition se limitera à soulager les souffrances sociales ? Certes, on nous dit que les socialistes travaillent à préparer l’alternance. Mais pour le moment, les électeurs ne voient rien venir de nouveau.

Le score remarquable de la liste Front de Gauche-NPA dans le Limousin (19% après 13% au premier tour) montre bien qu’une bonne partie de l’électorat de gauche attend une action résolue contre le néolibéralisme et le capitalisme financiarisé. Et encore, le Front de gauche se limite-t-il dans un registre essentiellement défensif.

Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de sauver le Front national. Sa progression est en effet considérable : le FN, largement enterré par la plupart des éditorialistes avant le scrutin, a recueilli 11,4% des suffrages au premier tour. Sans aucune chance de l’emporter, il totalise en moyenne 17,5% (estimation SOFRES) des votes dans les douze régions où il était présent au second tour. Au premier tour, le Front n’a franchi la barre des 12% que lorsque ses listes étaient emmenées par des stars (Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch). Au deuxième tour le FN progresse même lorsque ses listes sont dirigés par d’illustres inconnus, qui peuvent aussi être des activistes implantés. Il fait 15% en Alsace malgré le risque de faire gagner la gauche que l’on annonçait au coude à coude, 19% en Lorraine et en Languedoc-Roussillon, 17,6% en Champagne-Ardennes.

Et puis, il y a ce dont personne ne parle ce soir à la télévision. Pendant que nous simulons une démocratie qui s’éteint tranquillement (cf. l’abstention), une Europe encore instrumentalisée par l’Allemagne cherche à imposer aux peuples, à travers le refus de prêter à la Grèce à des taux humains, une régression sociale accentuée pour rattraper les jeux dangereux des traders et des banquiers. Les gens ont beau voter contre les Traités européens, manifester contre les plans d’austérité, nos chers démocrates de droite et, hélas, trop souvent de gauche (Martine Aubry n’a-t-elle pas évoqué le plan courageux de Papandréou, qui mobilise les classes moyennes contre son gouvernement ?) persistent à les ignorer. Les fourriers des populismes montants, ce sont eux ! Sarkozy doit changer de politique, s’il en est capable. Mais surtout la gauche doit se saisir de l’affaire grecque pour poser la question d’une vraie rupture avec un système pour lequel la prospérité du pays se réduit à celle du CAC 40.






Source : http://www.marianne2.fr/Les-lecons-...

Lire aussi : L’abstention, une sécession silencieuse http://www.reporterre.net//spip.php...

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