Les mouvements sociaux doivent converger

Durée de lecture : 6 minutes

27 février 2015 / Forum des mouvements sociaux

Un Forum des mouvements sociaux se tient ce samedi 28 février 2015 à la Bourse du travail de Saint-Denis, où 400 participants sont attendus. Reporterre y participe. « Il s’agit de reprendre l’initiative, de redonner sens à l’action collective en fédérant nos énergies dans la réflexion et dans l’action. » Des responsables associatifs et syndicaux expliquent les raisons et les objectifs de cette réunion.

Nous déplorons tous les dégâts provoqués actuellement par le capitalisme, l’accroissement des inégalités, la précarité sociale, les discriminations, les dégradations écologiques, les réformes « socio-libérales » gouvernementales ou la montée des forces et des idées réactionnaires.

Repenser le rôle des mouvements sociaux

Mais nous voulons concentrer notre réflexion sur une question : comment susciter, notamment au sein des classes populaires, des mobilisations collectives qui dépassent les cadres institutionnels délégataires et étriqués pour aller vers une démocratie active ?

Sans séparer la réflexion de l’action, au-delà de l’urgence des mobilisations sociales sur les multiples terrains que nous occupons parfois déjà ensemble ou séparément, il y a nécessité de réfléchir de manière autonome et en profondeur, sans sectarisme ni complaisance, sur le rôle des mouvements sociaux dans l’organisation sociale d’aujourd’hui et de demain.

Nous constatons un sentiment d’impuissance malgré les mobilisations, un décalage avec les classes populaires, une visibilité restreinte de nos actions dans les entreprises et dans la société en général, un éparpillement...

Comment s’est opéré un certain repli des mouvements sociaux chacun sur son champ d’activité ? Pourquoi les convergences se limitent-elles trop souvent à des campagnes ponctuelles sur telle ou telle thématique ? Comment est-on passé de la pratique de contre-pouvoir à celle d’expertise ? Comment éviter le leurre d’une seule forme organisationnelle qui enfermerait la pluralité des mouvements sociaux et leurs bases sociales ? Comment répondre à la dépolitisation sur les enjeux fondamentaux de société ?

Nous sommes confrontés à un décalage entre l’attentisme d’une partie des mouvements sociaux et une nouvelle phase de radicalisation de certains d’entre eux, dont l’écho demeure cependant limité au sein de la société. Face à cette réalité, comment faire convergence et quelles alliances nouer ?

S’appuyer sur les victoires

Cet effort de lucidité doit aussi nous conduire à souligner et faire mieux connaitre les victoires partielles des luttes menées par les premier-es concerné-es, par exemple sur les questions de logement, de travail, de défense des biens communs, des migrant-e-s qui sont autant de points d’appui pour travailler à l’implication de plus en plus large des couches populaires.

C’est ainsi, de manière concrète, que doit se poser la question de l’articulation entre les enjeux globaux et les luttes locales. La revendication diffuse de « démocratie réelle » exprimée par plusieurs mouvements sociaux dans différents pays européens, les expériences et pratiques coopératives, autogestionnaires, dans les entreprises, les quartiers, révèlent cette recherche renouvelée de démocratie sociale et politique dans les choix et l’organisation de la cité.

Nous faisons donc le constat que nos résistances et nos luttes sur différents terrains sont des points d’appui précieux mais que les limites de nos mobilisations, aussi bien du point de vue militant qu’auprès des couches populaires, doivent être questionnées. Prendre le temps d’y réfléchir ensemble est impératif face à une montée des forces d’extrême droite et des idées réactionnaires.

Partir des luttes gagnantes et des expériences sociales émancipatrices dans les entreprises, les zones à défendre et les quartiers, en France et en Europe, nous paraît un point de départ indispensable pour entamer une réflexion sur nos pratiques et les finalités de celles-ci dans le cadre d’un projet de transformation sociale.

Un tel projet, en rupture avec le système dominant, ne peut vivre que s’il est élaboré et porté par l’action collective de mouvements sociaux organisés. Ceux-ci doivent porter en toute autonomie ce débat afin de contribuer au renversement des rapports de force idéologiques et dans les luttes.

Une rencontre pour créer les convergences

Nous voulons créer des convergences pratiques plus larges et inventives qui répondent aux enjeux sociaux et écologiques actuels, sans se situer sur le terrain de la politique politicienne ni se cantonner à l’entre-soi militant. Il s’agit d’assumer un travail d’auto-éducation populaire, notamment avec des personnes sans expérience militante mais qui ont l’envie d’agir collectivement, en incarnant dans l’action collective une exigence de démocratie plus fondamentale.

- A Notre-Dame-des-Landes -

C’est pourquoi nous organisons ce samedi 28 février à Saint-Denis une rencontre afin que le débat et la confrontation d’expériences donnent forme à ces dynamiques nécessaires. A ce Forum des mouvements sociaux, nous aborderons notamment la nécessaire articulation entre urgences sociales et urgences écologiques, entre égalité des droits et émancipation de toutes et tous, entre droits sociaux et démocratie sociale.

Des invité-es représentatifs de nombreuses luttes en cours seront présents, ainsi que des acteurs européens, notamment issus d’expériences de luttes ou de lieux autogérés de Grèce, Allemagne, Italie…

Une journée pour débattre mais aussi pour élaborer des actions communes, mettre en pratique une solidarité débouchant sur un calendrier d’actions concrètes. Nous partageons des exigences fondamentales communes, par exemple contre la précarisation généralisée (chômage, emplois précaires, accès à l’énergie, à l’eau, à une alimentation de qualité, au logement, aux transports collectifs, à la santé et à la protection sociale, à l’éducation et à la culture, à l’égalité hommes/femmes…), pour une juste redistribution des richesses.

Il s’agit désormais de reprendre l’initiative, de redonner sens à l’action collective en fédérant nos énergies dans la réflexion et dans l’action. Cette journée n’est qu’une étape, elle peut et doit être une contribution significative pour rendre visible cet engagement et définir des perspectives au plus près du terrain. Nous ne voulons pas devenir simples spectateurs/trices et victimes des futurs désastres sociaux, politiques et écologiques.

Signataires :

Thomas Coutrot (porte-parole ATTAC), Fabien Delmotte (secrétaire confédéral CNT-Solidarité Ouvrière), Jean-Baptiste Eyraud (président Droit Au Logement), Bruno Lamour (président Collectif Roosevelt), Catherine Lebrun (secrétaire nationale Union Syndicale Solidaires), Raphaëlle Moras (coprésidente FASTI), Laurent Pinatel (porte-parole Confédération paysanne), Jacques-Henri Vandaele (président MNCP)


- Forum des mouvements sociaux : samedi 28 février de 09h30 à 20h00, à Saint-Denis (93), 9 rue Génin, à la Bourse du Travail.
- Voir le programme détaillé du Forum : sur le site d’Attac.
- Reporterre y sera, avec la participation de Hervé Kempf à l’atelier "Comment s’opposer aux riches qui détruisent la planète ?".



Lire aussi : A Lille, convergence des luttes contre le TAFTA, le gaz de couche et les Mille vaches

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. Rubans : Wikipedia (Guillaume Paumier/CC)
. Chaîne NDDL : Wikimedia (Jules78120/CC)

27 juillet 2019
Quand une coopérative ouvrière relance la culture locale du tilleul
Alternative
17 septembre 2019
La Durance, une rivière asséchée par les barrages et le dérèglement climatique
Enquête
16 septembre 2019
Le capitalisme nous conduit au désastre
Tribune