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Tribune —

Lettre ouverte à François Hollande sur la pollution électromagnétique

Pour ne pas froisser les compagnies téléphoniques, le gouvernement a reporté la discussion de la loi sur les ondes électromagnétiques à une date indéterminée.


Vous trouverez ci-joint ce qui reste de ma carte d’électeur : des
lambeaux dispersés, à l’image de ce que sont devenues notre
démocratie et les valeurs de notre République.

Soyez sans crainte pour ma santé mentale, je suis en possession de
toute ma raison. Mon geste n’est en rien guidé par un acte d’humeur
impulsif ou colérique. Il est le fruit d’une longue réflexion qui
s’est cristallisée le 31 janvier dernier.

Cette date ne vous dira peut-être rien. Pour moi, elle représente plus
qu’un symbole. Elle incarne le crépuscule de notre civilisation et de
ses grands principes, j’emploie ces termes sans emphase ni rhétorique,
croyez-le bien.

Le 31 janvier, l’Assemblée nationale devait débattre d’une proposition
de loi portant sur la santé et les pollutions électromagnétiques
. Les
députés socialistes en ont décidé autrement, en votant [à la demande du gouvernement] une motion de
renvoi en commission des affaires économiques. Ce qui signifie
clairement un abandon du texte de loi et de ses propositions :

-  Etude d’impact sanitaire et environnemental avant le lancement de
toute nouvelle application émettant des rayonnements
électromagnétiques, dont la technologie 4G.

-  Interdiction du wifi dans les crèches et préférence au filaire dans
les écoles.

-  Reconnaissance de l’électro-hypersensibilité, étude de création de
zones blanches.

-  Permis de construire pour les antennes-relais.

-  Abaissement des seuils d’émission à un niveau aussi bas que
possible.

-  Demande d’un rapport sur un réseau unique de téléphonie mobile…

Il ne s’agissait aucunement de remettre en cause les nouvelles
technologies, mais de prendre en compte la santé des enfants et de la
population, alors que de plus en plus d’études scientifiques
indépendantes nous alertent sur les risques sanitaires de ces nouvelles
techniques.

Ces études se comptent par milliers, ce qui, vous en
conviendrez, devrait nous conduire à une certaine prudence,
particulièrement lorsque l’on se souvient des précédents scandales de
santé publique (amiante, sang contaminé, vache folle, Mediator…).
Nous sommes en présence d’un risque qui concerne des millions
d’individus, exposés en permanence aux ondes de téléphonie mobile.

Aussi, saborder le débat public sur ces questions est un acte grave.

Les arguments opposés à cette proposition de loi sont, quant à eux,
consternants.

-  Ainsi, pour ne retenir que quelques exemples, invoquer l’impératif de
l’école numérique pour justifier les connexions wifi dans les crèches
et dans les écoles est une imposture. Dans les crèches, nous sommes en
présence d’enfants de moins de trois ans et nullement dans le cadre
scolaire. Dans les écoles, il est tout à fait possible de développer
l’informatique et l’internet par voie filaire.

Quant à déclarer que l’« on ne peut sous-estimer le surcoût auxquelles seraient
confrontées les collectivités locales si elles étaient tenues
d’installer des connexions filaires dans l’ensemble des établissements
dont elles ont la charge »
, c’est tout simplement obscène, quand on
sait notamment que l’OMS a classé les radio-fréquences (dont les ondes
wifi) comme cancérogènes possibles et que plusieurs études ont
montré des effets biologiques indéniables de ces ondes sur les humains
et, a fortiori, sur les enfants.

-  Brandir l’épouvantail des « peurs irrationnelles » quand des
milliers de travaux indépendants apportent la preuve des risques
sanitaires est pour le moins mal à propos. Quand bien même il n’y a
pas d’unanimité scientifique, le moindre doute nous met en devoir de
protéger la population. Le principe de précaution ne s’applique pas
quand la certitude absolue est étayée, mais précisément en l’absence
de certitudes. Enfin, vous n’êtes pas sans connaître les conflits
d’intérêt et les financements privés qui peuvent orienter un certain
nombre d’études se révélant, comme par hasard, rassurantes.

Du reste, qui est irrationnel ? Celui qui demande une étude d’impact
sanitaire avant le déploiement d’une nouvelle technique ? Celui qui
diffuse cette technique sur la seule justification de sa croyance
aveugle dans la technique et de son dogme de la croissance et de
l’emploi à tout prix ?

-  Refuser la création de zones blanches au prétexte qu’une telle
mesure conduirait à un « isolement social inacceptable » des
personnes électro-hypersensibles (Ehs) relève soit de la
méconnaissance totale de cette question, soit de la muflerie. Quand on
connaît les conditions de survie des Ehs et leur déshérence, se
prévaloir de l’isolement social qui serait induit par les zones
blanches est tout simplement indigne. Cette demande de zones blanches
ne
relève pas d’un caprice ou d’une phobie. C’est une question de vie ou
de mort.

-  Reporter la décision de reconnaître et de protéger les Ehs à la
fin de l’étude Cochin, en 2016, est inadmissible. Ce dispositif ne
prévoit aucun examen biologique ou neurologique, aucun encephaloscan.
Il se contente d’orienter les malades vers des soins psychologiques !
Pour les personnes les plus atteintes, cette réponse dilatoire pourrait
bien être une condamnation à mort pure et simple.

Dans ces conditions, comment peut-on parler d’égalité des citoyens
quand on doit vivre dans une cage en tissu blindé pour ne pas mourir,
quand on ne peut plus prendre le train, aller au cinéma, faire ses
courses... sans être durement affecté, parce qu’on est devenu
allergique à une dose, même infime, d’ondes pulsées ?

Quel sens donner à l’égalité quand on doit quitter son travail, son
lieu de vie, sa famille, ses amis, pour chercher un lieu protégé dans
un repli de montagne, dans une forêt loin de tout, dans une grotte ?

A quoi bon se gargariser d’égalité quand on ne peut plus se rendre
dans un hôpital chargé en électrosmog, quand les espaces de survie se
réduisent de jour en jour, parce que l’on déploie des nouvelles
technologies sans aucune étude d’impact sanitaire ?

Comment se prévaloir de la fraternité quand on survit dans la misère
extrême, parce que l’électro-hypersensibilité n’est pas reconnue
comme handicap à part entière, parce qu’on ne peut plus se rendre dans
un centre administratif saturé d’ondes pour solliciter une aide sociale ?

Quant à la liberté des uns qui menace celle des autres, quel crédit
lui apporter ? La liberté de déployer des antennes-relais sans que les
élus locaux aient leur mot à dire, sans que les personnes
hyper-sensibles qui avaient trouvé un semblant de refuge soient à
nouveau gravement affectées et doivent se remettre en quête d’un lieu
préservé qui n’existe plus, appelez-vous cela la liberté ?

N’avons-nous pas, dans nos régions, quelques dizaines d’hectares qui
pourraient être dédiées aux Ehs ? N’avons-nous pas un devoir
d’humanité élémentaire ? Que va-t-il leur rester ? Vont-ils devoir
s’enterrer vivants pour ne plus gêner la couverture du territoire, pour
ne plus souffrir de brulures et de migraines qui les laissent anéantis
 ?

A travers cette question, ce sont les valeurs essentielles de notre
République qui sont bafouées. C’est le sens même de la démocratie
qui est nié. Ce n’est certes pas la première fois, ni la dernière
sans doute. La ratification parlementaire de la constitution européenne
après son rejet par le peuple ou l’absence de débat réel sur le
nucléaire en sont d’autres exemples dont il serait trop long de dresser
la liste ici.

Pour revenir au sujet qui nous occupe, il était écrit en toutes
lettres, dans l’accord de gouvernement PS-EELV, signé avant votre
victoire aux présidentielles : « Nous appliquerons le principe de
précaution sur les champs électromagnétiques. »

Quelle confiance accorder à une prétendue démocratie qui escamote le
débat public et qui se moque des promesses signées avec ses propres
partenaires ?

Je doute que vous lisiez et que vous répondiez personnellement à mon
courrier. Vos collaborateurs prendront peut-être le temps de le
parcourir et de m’envoyer une réponse que je n’espère même plus,
voyez-vous. A force d’écrire aux ministres, aux députés, aux élus
locaux sans jamais avoir de retour, je me suis habitué aux lettres
mortes. On ne prend plus le temps de répondre aux citoyens qui
s’inquiètent du bien commun, de nos jours.

Si toutefois, par miracle, cette lettre venait jusqu’à vous, si vous
étiez touché par le sort réservé à des milliers
d’électro-hypersensibles, de plus en plus nombreux, si vous étiez
interpelé par les risques qui pèsent sur des millions d’enfants et
d’adultes, alors je vous en prie, faites quelque chose, ainsi que l’a
recommandé le Conseil de l’Europe le 6 mai 2011. Il y va de la vie sur
terre.

Recevez mes sincères salutations.

Frédéric Wolff


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