Malgré Loppsi, la liberté...

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27 décembre 2010 / Yurtao, la voie de la yourte

"...afin que chaque jour qui se lève
trouve encore en nous les traces
de ce véritable être humain que célèbrent les Indiens."


Vous avez signé des pétitions, très bien.
Ça vous a pris deux minutes, un peu plus si vous cafouillez sur l’ordi, et après ça, vous avez la conscience tranquille. Vous avez fait votre part, on peut pas être partout, sur tous les fronts, on peut pas tout signer, on est noyés et on peut pas passer son temps devant l’écran. Alors là, on fait son petit effort pour les pauvres, on fait sa BA du jour.

Vous ne savez pas où vont ces signatures, moi non plus, personne ne le sait, et tout le monde s’en fout, l’important, c’est que ça fasse marcher les sites de pétition qui se font un business pas possible et que ça vous soulage vite fait bien fait, que vous puissiez continuer à surfer sur la vague de votre vie sans trop vous prendre de gamelles personnelles.
Mais les pétitions, ça sert à rien.

Vous alertez les médias, et les journalistes qui sentent le sujet porteur vont finir par accourir, ils vous tendent le micro, vous bafouillez votre vérité, votre colère, ils tronquent les neuf dixième de votre parole et ne gardent que le petit bout qui vous a échappé et correspond à ce que leur direction attend d’eux, et vous restez là avec votre ego tout boursoufflé d’avoir été remarqué, mais quand même, avec le vague sentiment de vous être fait berné, utilisé, manipulé.

Mais si, par chance, parce que votre élocution est photogénique, ils mettent votre nom et votre photo avec, alors vous savez que vous y retournerez et que cette fois, avec un peu de décérébralisation opportune, vous ne vous ferez plus avoir....

Au moins, vous aurez dans la poche le numéro du journaliste qui viendra peut-être, si votre yourte est pas trop loin de Paris, couvrir votre expulsion. Ce qui aura l’avantage de faire encore plus peur aux braves gens et à vos frères de cabanisation, et de renforcer la politique du pilori et de guerre civile que vous dénoncez.

Alors tout compte fait, ça ne sert peut-être pas à rien.
Vous allez aux manifs, encore mieux.
Avec vos locks, vos chiens, vos timballes, vos tracts,
super, ça fait du monde, ça fait du bruit, et donc, les badauds bourgeois du centre ville, ils se rendent compte que des marginaux, comme le clament tous les jours les fachos de la télé, yen a vraiment beaucoup, qu’ils ont l’air vraiment sales. Peuvent pas s’habiller comme tout le monde, non ?
Heureusement qu’on a Hortefeux pour nettoyer tout ça, il a raison, le bougre, de tout raser. Après le karsher des banlieues, évidement, le karscher des campagnes, logique. Et après ?

Après, ça sera toi qui te crois à l’abri.
On s’agite, on gueule, on piétine devant les préfectures, on pose même des tentes, parce qu’on est épouvantés, parce qu’ils ont réussi à nous faire vraiment peur.

Mais regardez sur la 3 les députés à qui vous avez écrit en vous fendant d’une lettre de seize pages, avec la liste de toutes les violations du droit induites par leur loi scélérate, regardez comme ils rigolent entre eux, voyez comme ils sont au chaud dans leur microcosme à bulles au parlement, avec leurs petites histoires de copinages, de rivalités et de fayotages !
Vous croyez quand même pas que quelques gueux qui crient devant la porte, ça va faire autre chose que les ennuyer, gêner leur sieste à 6000 Euros, tous frais payés !

Vous croyez quand même pas que ceux qui ont pondu cette loi infâme vont tout à coup se rétracter parce que vous vous plantez dans le froid sous leurs fenêtres ?
Ils attendent juste qu’on crève, point barre.
Je dis pas que les manifs, ça sert à rien, je dis que ça changera pas le vote, comme ça n’a pas changé la réforme des retraites, passée en force..
Des millions de personnes dans la rue pendant trois semaines, baladés en troupeau par les syndicats, ils n’en ont rien eu à cirer.
On avait pourtant de l’organisation, des moyens, de beaux drapeaux, des camions avec de la sono, des super grandes banderoles....
Souvenez vous de la Picharlerie, au cœur des Cévennes, il y a trois ans, habitée pacifiquement par des jeunes qui retapaient nos vieux foyers abandonnés, rasée sans état d’âme sur ordre d’un préfet et d’un pasteur, pierres sur pierres au bulldozer, pour que personne ne puisse plus jamais s’y installer !

Bon, vous êtes en train de construire votre yourte,
ou en train d’imaginer votre future yourte
pour caler votre petite famille dans un coin encore à peu près potable, un lopin que vous voulez amender, cultiver, embellir, et voilà, avec tout ça, vous êtes en suspens, vous paniquez.
J’ai le droit, pas le droit, va falloir que j’achète un terrain constructible pour être enfin tranquille, que je passe par leurs normes, mais c’est trop cher, qu’est ce que je fais ???
Et vous laissez tomber vos outils, vous remettez en question votre projet, et certains déjà démontent leur yourte....préventivement.....
Aïe Aïe Aïe ! NON ! NON et NON !
Ne leur laissons pas le pouvoir de matraquer notre vie
et de nous remplir de ce sentiment malfaisant
capable de faire vaciller
le meilleur des auto-constructeurs de yourte,
la peur.

Continuons à agir selon notre conscience,
continuons à poser des yourtes là où nous vivons,
continuons à faire pousser des fleurs là où ils veulent le désert !
Nous, habitants des yourtes, sommes en train de construire
un monde nouveau à l’écart du foutoir.
Notre seule force, c’est notre dignité, notre respect,
notre non-violence, notre cohérence, notre réflexion,
notre engagement, notre vérité, notre incorruptibilité.
Si nous devons disparaître
comme les ethnies et les espèces qu’ils ont déjà exterminé,
alors il ne nous reste que la beauté,
que le chant du cygne.
Créons nos réseaux de paix,
malgré nos conditionnements à nous jalouser,
nous concurrencer, nous soupçonner,
continuons à cultiver l’amour dans nos cœurs
là où ils veulent la guerre !
Cessons de courir partout
comme des biches poursuivies par la meute.
Ils nous feront passer pour des loups, des chacals,
des prédateurs plus féroces qu’eux,
toujours prêts à dévorer leurs petits.

Faisons face, assis calmement devant nos cabanes,
nos yourtes si frêles sous la neige,
afin que chaque jour qui se lève
trouve encore en nous les traces
de ce véritable être humain que célèbrent les Indiens.

Soyons fermes et inébranlables dans notre vérité et nos choix,
poursuivons nos travaux dans l’attention à ce qui vaut la peine.
Ne dévions pas de notre chemin intérieur,
et si nous ne pouvons le préserver de la violence,
ne sombrons pas nous-même
dans la concession, l’accusation, la trahison,
ne sombrons pas dans la brutalité...
Ne nous soumettons qu’à notre liberté, qu’à notre courage,
afin que quand ils viendront nous chercher,
nous soyons doux comme des colombes
et imprenables comme des aigles.

Car si nous ne savons pas l’heure et le jour où ils viendront,
nous avons le pouvoir de céder la place en bon état,
et de partir en ayant accompli
ce pour quoi nous sommes apparus.




Source : http://yurtao.canalblog.com

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