Malgré les risques écologiques, l’Algérie se lance dans l’off shore

Durée de lecture : 4 minutes

17 janvier 2013 / M’hamed Rebah

La compagnie Sonatrach a annoncé des forages offshore en Méditerranée.


On pensait qu’après la marée noire sans précédent, qualifiée de Tchernobyl pétrolier, qui a touché le Golfe du Mexique, à la suite de l’explosion, le 20 avril 2010, de la plate-forme Deepwater Horizon du groupe pétrolier britannique British Petroleum, on pouvait dire adieu aux projets de forage en mer. Immédiatement après l’accident, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) avait demandé un moratoire sur l’extraction de gaz et de pétrole dans les zones écologiques sensibles.

En Algérie, au contraire, l’exploitation pétrolière off shore semble avoir de beaux jours devant elle. Le premier forage est pour bientôt, le contrat a été attribué dimanche 23 décembre 2012 au groupe français CGC Veritas (Compagnie Générale de Géophysique-Veritas), spécialisé dans l’exploration du sous-sol et notamment dans la prospection sismique marine.

L’annonce en a été faite par le PDG de Sonatrach, Abdelhamid Zerguine. Sonatrach est déjà familiarisée avec l’off shore. Un partenariat avec la société brésilienne Petrobras, qui passe pour être leader dans le domaine, lui a permis d’approfondir ses connaissances en vue de renforcer sa position sur le marché international.

En 2005, Sonatrach avait décroché, seule, deux blocs d’exploration en offshore en Afrique et, en association avec le groupe norvégien Statoil, un autre bloc en Egypte. Selon les responsables de Sonatrach, l’expérience acquise en Egypte devait être mise à profit dans l’ouest-africain.

Plus récemment, début 2011, la presse avait évoqué également un projet de partenariat algéro-tunisien d’exploration pétrolière offshore dont les travaux devaient commencer la même année, au large des côtes tunisiennes, dans le cadre du partenariat (50/50 %) entre Sonatrach et l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (Etap).

Le monde de l’offshore n’est donc pas inconnu à Sonatrach. Elle aurait pu tenter seule l’aventure de la production de pétrole à partir de la mer. L’an dernier, la compagnie nationale a procédé à deux forages offshore d’une profondeur de 10 kilomètres, sur deux blocs d’exploration, l’un à l’ouest, entre Ténès et Mostaganem de 2 000 km², et l’autre à l’est du pays, entre Bejaia et Annaba, de 3 000 km², ce qui donne une superficie de quelque 5 000 km², s’étendant d’est en ouest sur une bonne partie du littoral algérien.

On peut penser que le premier forage se situera dans une de ces zones. S’agit-il encore d’un forage d’exploration ou carrément de puits de développement pour entamer directement la production ? L’information donnée par le P-DG de Sonatrach ne le précise pas. Ces deux phases ont des incidences écologiques différentes.

La prise en compte du risque écologique, considérable que présente une exploitation pétrolière offshore pour l’environnement marin, exige une étude d’impact. Cette obligation découle de la législation algérienne sur l’environnement. L’impact sur la faune et la flore marines, dans la phase d’exploration, peut être faible ou destructeur selon les techniques sismiques mises en œuvre.

Quant à la phase de production, elle doit être précédée d’une étude d’impact sur l’environnement qui déterminera la stratégie d’exploitation. L’étude d’impact permet d’analyser les effets sur l’environnement durant l’exploitation du gisement et dans la période qui suivra, et prévoit ainsi les mesures à appliquer pour réduire voire éliminer les incidences écologiques négatives.

Les responsables de Sonatrach concernés par l’étude d’impact trouveront toutes les informations sur les ressources biologiques marines algériennes et sur leurs habitats dans le très beau livre Biodiversité marine et littorale algérienne réalisé en 2005, et avec l’aide de Sonatrach d’ailleurs, par une équipe d’une vingtaine de spécialistes coordonnée par Samir Grimes, expert en la matière.

Mais le plus important sera de pouvoir faire face à l’aléa qui résulte souvent de l’erreur humaine, possible et imprévisible, qui peut dérégler les meilleurs systèmes de sécurité.



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Cet article est paru dans le magazine Reporters (Algérie) du jeudi 27 décembre 2012.

Source : Journalistes écrivains pour la Nature et l’Ecologie

Photo : Algérie Focus

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