« Merci Total, merci EDF, merci BNP, merci pour la pollution et pour la crise climatique »

Durée de lecture : 3 minutes

21 mai 2015 / Natacha Delmotte (Reporterre)

Le Business and Climate Summit réunit à Paris le monde des affaires pour préparer la COP 21. Des écologistes ont accueilli les participants devant le siège de l’UNESCO, en dénonçant le décalage entre leurs discours et leurs actes.


« Welcome to the polluters climate Summit ! Merci beaucoup de polluer ! » Devant le siège de l’UNESCO à Paris, le 20 mai, les participants au Business and Climate Summit sont accueillis par une haie d’honneur. Un événement festif, tout en ironie, organisé par cinq organisations engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique. Une trentaine de manifestants issus de 350.org, des Amis de la Terre, des Jeunes Amis de la Terre, d’Attac ou des J.E.D.I. For Climate se sont réunis avec le but de montrer le « vrai visage des industriels ».

Car le Business and Climate Summit peine à convaincre les défenseurs du climat. Organisé chaque année, il se tient à Paris les 20 et 21 mai 2015. Mille participants sont attendus, principalement des industriels, des investisseurs ou d’autres acteurs économiques. A l’origine, ce sommet a pour but de les réunir afin d’encourager le secteur privé à prendre des mesures pour limiter les émissions de carbone dans l’atmosphère. A 200 jours de la COP21 à Paris et au moment de la semaine du climat, l’événement est stratégique. Mais quand se présentent Shell, BNP Paribas, Total ou EDF, les manifestants dénoncent une ineptie.

Dark Vador et ses amis Chevron, Total, EDF, Engie, BNP

« C’est comme si on demandait aux industriels du tabac d’élaborer un plan de lutte contre le tabagisme », dénonce Nicolas Haeringer, militant pour 350.org. « Comment parler d’un monde sans carbone avec les plus gros pollueurs de la planète ? » Pour ces organisations, la meilleure façon de lutter contre le réchauffement climatique et contre les émissions de gaz à effet de serre est de laisser 80 % des gisements des ressources naturelles dans le sol. Or « la valorisation boursière de ces entreprises dépend justement de ces gisements », explique Nicolas Haeringer. Impossible donc, pour ces multinationales, de vouloir un monde sans carbone.

« Ces industriels sentent que le vent tourne, ils veulent montrer qu’ils luttent, eux aussi, contre le réchauffement climatique. » Mais pour les défenseurs du climat, ce n’est qu’une apparence, dont il ne faut pas être complice. « La France n’a pas à se salir les mains avec les gros pollueurs », estime Nathalie Delhommeau, militante chez J.E.D.I for Climate.

« Our climate is not your business »

Le comité d’accueil à l’Unesco

L’objectif : les mettre en face de la réalité de leurs actes. Pour atteindre la porte de l’UNESCO au début du Business and Climate Summit, impossible de contourner le couloir formé par les militants. A gauche et à droite, des pancartes prennent à partie les entreprises concernées. D’un côté, « Chevron doit payer 9,5 milliards de dollars pour réparer les dommages causés en Amazonie équatorienne », de l’autre « Shell entend achever notre planète en exploitant du pétrole dans l’Arctique ». Les participants au sommet, qui doivent rejoindre le siège de l’UNESCO, sont accueillis à coups d’applaudissements, de jets de paillettes et de confettis. Et ils sont gracieusement remerciés : « Thank you for the pollution ! Merci pour la crise climatique et financière. »

Au centre du couloir, Dark Vador se tient droit. Pour symboliser le combat, J.E.D.I For Climate a repris l’univers de Star Wars, et le seigneur sith est une image forte. « Je suis Shell, je suis BNP, je suis Total, et toutes ces entreprises à la fois », confie-t-il à Reporterre. Il a pour mission de s’approcher de l’entrée et montrer qu’il appartient au même univers que ces entreprises. « Ce qu’on veut aujourd’hui, c’est une image forte. C’est un acte de non-violence », explique Nathalie Delhommeau.

L’événement, festif et convivial, s’est passé sans encombre.


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Source et photos : Natacha Delmotte pour Reporterre

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