Mille Vaches : Laurent Pinatel placé en garde à vue

Durée de lecture : 5 minutes

28 mai 2014 / Hervé Kempf et Lorène Lavocat (Reporterre)

Rebondissement dans l’action menée toute la journée par la Confédération paysanne sur la ferme-usine des Mille vaches. Le porte-parole du syndicat agricole a été interpellé par des gendarmes à Amiens et placé en garde à vue.


- 19 h 00

Laurent Pinatel, le porte parole de la Confédération paysanne, a été interpellé par une dizaine de gendarmes en gare d’Amiens, à 17 h 24. M. Pinatel, après son bref échange avec le ministre de l’Agriculture, attendait le train qui devait le mener à Abbeville, où il rejoignait les paysans et citoyens réunis devant la gendarmerie d’Abbeville.

Au moment de monter dans le train, une dizaine de gendarmes se sont saisis de lui, « violemment », assure une salariée du syndicat qui l’accompagnait. Il a été placé en garde à vue à la gendarmerie d’Amiens. Il serait accusé de recel, suite aux pièces de la ferme-usine des Mille vaches qu’avec d’autres paysans, il a présenté dans l’après-midi au ministre de l’Agriculture.

A Abbeville, les quatre militants placés le matin en garde à vue sont toujours dans les locaux de la gendarmerie.


- Paris, Parc de la Villette, reportage

- 14h30

Le Ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll accepte finalement de discuter avec la Confédération paysanne. Laurent Pinatel l’interpelle : « La ferme des Mille Vaches a-t-elle sa place, est-elle compatible avec votre projet d’agroécologie pour la France ? »

Réponse du ministre : « Ce n’est pas MON projet, a martelé Stéphane Le Foll. Vous faites une fixation sur cette ferme des Mille Vaches, qui d’ailleurs ne doit en accueillir que cinq cents ». Et il ajoute : « J’entends vos revendications en tant que syndicaliste, moi je suis là pour défendre la production agricole ».

Échanges brefs, puis le ministre repart. Mais la Confédération a réussi son pari : interpeller le gouvernement et les médias. « Il y a eu des paroles, nous attendons les actes », conclut Laurent Pinatel.


- 13h15

Avec du retard, Ségolène Royal et Stéphane Le Foll arrivent au Parc de la Villette. Ils sont venus lancer le Printemps bio, pour promouvoir l’agriculture biologique en France.

Mais un curieux comité d’accueil les attend. Une dizaine de membres de la Confédération paysanne poussent des caddies remplis de tuyaux et autres objets en provenance de la ferme-usine des Mille Vaches. Ambiance tendue. Ils veulent parler avec les ministres, mais se heurtent aux gardes du corps et membres de la sécurité.

« Vous nous avez promis une entrevue » insiste Laurent Pinatel, le président de la Confédération paysanne. En vain. Finalement, ils poussent leurs caddies, vers la halle où déjeunent Ségolène Royal et Stéphane Le Foll. Ils sont repoussés de force. Des agents de sécurité vêtus de gilet orange rappliquent.

Rien ne doit troubler le repas des ministres. « Ils font de la langue de bois bio » lance une syndicaliste.


- Abbeville (Somme), reportage

- 12h30

Devant la gendarmerie d’Abbeville, le barrage a été levé et la circulation a repris. Les militants de la Confédération paysanne et de Novissen attendent toujours devant la gendarmerie.

Deux personnes interpellées s’y trouvent, tandis que les deux autres personnes interpellées sont dans les gendarmeries de villes alentour. La garde à vue se poursuit, et l’éventualité d’une comparution immédiate, c’est-à-dire d’un procès le jour même, est évoquée. L’attente se prolonge.


- 11h15, Abbeville

Les trente-cinq paysans qui avaient démonté des éléments de la salle de traite de la ferme-usine des Mille Vaches sont maintenant à Abbeville, devant la gendarmerie.

En effet, quatre des militants ont été interpellés et sont actuellement dans des gendarmeries, dont celle d’Abbeville en garde à vue.

Les paysans, qui ont été rejoints par quelques membres de l’association Novissen manifestent devant la gendarmerie pour demander la libération des militants interpellés. Ils barrent la route devant la gendarmerie sous le regard des policiers municipaux qui, pour l’instant, les laissent faire.


- 9h40

La situation s’est tendue. Une vingtaine de gendarmes sont arrivés. Dont plusieurs avec casque et équipement spécial. La route par laquelle sont venus les paysans est bloquée.

Quelques algarades se sont produites à la suite de l’interpellation de quatre paysans. Ceux-ci ont été arrêtés sur la base des photographies prises par les employés de l’entreprise Ramery.

La trentaine de paysans continue à attendre et à discuter avec les gendarmes. Sur le chantier, sous le crachin, dans la boue, les travaux reprennent.


- 6h50

Ce matin, à 6h50 une trentaine de militants de la Confédération paysanne se sont retrouvés dans les hangars de la ferme-usine des Mille Vaches. Leur but : démonter des éléments de la phase de traite où des centaines de vaches, dans l’avenir, donneront leur lait.

L’action s’est déroulée calmement, en l’absence de tout vigile ou gardien. Les paysans se sont activés avec des clefs à molette pour défaire les boulons de différents dispositifs, en prenant bien soin de ne rien casser : « Le but n’était pas de détruire, mais d’exprimer fortement notre opposition à ce projet destructeur de la petite agriculture », dit Christian Rouqueirol, de la Confédération paysanne.

Quelques caisses de carton ont été remplies de diverses pièces, ces caisses devant être apportées au ministre de l’Agriculture. Vers 7 h 40, deux ouvriers du chantier de la ferme, puis quelques gendarmes, sont arrivés et le démontage s’est arrêté.

Depuis les discussions se poursuivent et les paysans devraient partir durant la matinée.

Cette action spectaculaire devrait retarder le chantier de quelques jours ou quelques semaines. La première traite devait intervenir le 1er juillet, elle aura vraisemblablement du retard. La Confédération paysanne entend bien ne pas relâcher la pression sur ce projet pour elle symbolique.


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Source : Lorène Lavocat et Hervé Kempf pour Reporterre

Photos :
. ferme et Laurent Pinatel au sol : Confédération paysanne (Crédit : Mathieu Eisinger)
. Paris la Villette : Lorène Lavocat

Lire aussi : Monsieur Hollande, ça suffit, maintenant. Il faut arrêter la ferme-usine des Mille vaches

Consulter le dossier de la ferme-usine des Milles vaches


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