NDDL : un médecin « estomaquée » par les blessures subies par les manifestants

3 décembre 2012 / Olivier Quarante (Le Quotidien du Médecin)


Depuis le début des opérations d’expulsions mi-octobre menées par les forces de l’ordre sur le site de la zone où est prévue la construction d’un nouvel aéroport près de Nantes, les affrontements avec les opposants n’avaient pas connu autant de violences que le week-end dernier.

Le Dr Stéphanie Lévêque, médecin hospitalier exerçant en Loire-Atlantique, était sur place et a soigné une quarantaine de personnes, parmi les plus gravement touchées, bien loin des deux blessés relevés par la Préfecture. Elle a voulu témoigner, « en dehors de toute considération partisane », et pour appeler à « un usage plus modéré de la force ».

Une lettre au préfet

« J’ai proposé spontanément mon aide car, lorsque je suis arrivée sur place le samedi, cela chauffait particulièrement, explique au Quotidien du Médecin, Stéphanie Lévêque, médecin hospitalier. J’ai vraiment été estomaquée, stupéfaite de voir ce que j’ai vu. Sur la seule journée du samedi, la plus violente, j’ai dû prendre en charge 29 personnes.

Un poste médical avait été installé dans l’urgence au QG de la Vache Rit. Avec un autre médecin, nous avons pratiqué une médecine d’urgence, avec très peu de matériel : des pansements, du désinfectant, de quoi faire des sutures… »

Dans une lettre datée du 26 novembre et adressée au préfet de Loire-Atlantique et aux parlementaires du département pour « attirer (leur) attention sur la gravité des blessures infligées par l’utilisation des armes des forces de l’ordre », ce médecin décrit de manière détaillée ses constatations. (Lire la lettre manuscrite écrite par le médecin.)

Onze blessures par flashball

« Le samedi, j’ai soigné onze blessures par flashball, raconte-t-elle. La plus grave a concerné une personne qui était complètement dévisagée. C’était impressionnant. » Dans son courrier, Stéphanie Lévêque note : probable lésion dentaire ou maxillaire.

« À ce jour, je ne sais pas ce qu’elle est devenue, puisque je n’ai plus été en contact avec les personnes blessées », ajoute-t-elle. Deux autres manifestants ont été touchés, eux, au thorax, avec doute sur une lésion hépatique. Le dimanche, une autre personne a reçu un impact de flashball au thorax, « avec suspicion de fracture de côte et lésion pulmonaire », selon cette professionnelle.

Parmi les autres blessures constatées par ce médecin, celles provoquées par l’explosion de grenades assourdissantes lui ont semblé particulièrement graves. Neuf de ces cas ont été soignés par le médecin.

« J’insiste sur la gravité de ces blessures par explosion », écrit-elle au préfet. « Les débris pénètrent profondément dans les chairs risquant de léser des artères, nerfs ou organes vitaux. Nous avons retiré des débris de 0,5 à 1 cm de diamètre, d’aspect métallique ou plastique très rigide et coupant. » Des photos ont été prises par le second médecin ; on peut en voir quelques-unes sur le site des occupants de la zone.

Trois hospitalisations

« Ces débris étaient très compliqués à retirer, note le Dr Lévêque. S’ils étaient trop profondément enfouis, on les laissait en place, au risque sinon d’infecter les plaies. » Devant le nombre de personnes ayant été atteintes par des projectiles libérés par les grenades assourdissantes ou par les flashball, au niveau des cuisses, des jambes, des genoux, la question de l’utilisation de ce type d’armes est posée.

Parmi ces personnes prises en charge par Le Dr Lévêque, trois ont été hospitalisées. « Pour la première, c’est mon collègue qui a téléphoné au Samu, raconte-t-elle. Mais, il a fallu une heure à l’ambulance des pompiers pour arriver. Ils ont été retardés à un barrage de police. Ce sont les pompiers qui nous l’ont dit. Résultat : plus tard, j’ai pris ma voiture pour transporter le plus vite possible un autre blessé jusqu’au CHU de Nantes. »

Compte tenu de ses propres observations, le Dr Lévêque dit avoir été en colère quand elle a entendu le bilan officiel qui ne faisait état que de deux opposants blessés. « Je ne fais ici que la liste des patients les plus gravement blessés », précise-t-elle.

À ce jour, elle n’a pas reçu de réponse du préfet.




Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.

Source : Le Quotidien du Médecin

Consulter par ailleurs le DOSSIER Notre Dame des Landes

13 novembre 2018
Contre le GCO, ils et elles poursuivent la grève de la faim
Reportage
14 novembre 2018
Élections européennes : seule une liste unique sauvera la gauche
Tribune
14 novembre 2018
En Suède, la « taxe carbone » est bien acceptée
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre