NKM n’exclut pas de refuser l’allongement de la durée des réacteurs français

Durée de lecture : 3 minutes

21 mars 2011 / Nathalie Kosciusko-Morizet (Journal du Dimanche)

« L’efficacité énergétique doit revenir au cœur du débat. »


Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie et du Développement durable.

Comment évaluez-vous la situation dans la centrale nucléaire de Fukushima ?

Chaque jour qui passe sans un nouvel accident majeur est vraiment une victoire. Depuis deux jours, la relance de moyens techniques pour refroidir les réacteurs redonne un peu d’espoir. L’alimentation électrique pourrait commencer à être rétablie ce week-end.
Mais la situation reste fragile, surtout sur la piscine du réacteur 3. Certains experts craignent que l’injection d’eau de mer dans les réacteurs provoque des réactions chimiques dangereuses. De nouvelles secousses menacent. Pour le moment, l’accident est très grave mais nous n’avons pas basculé dans une catastrophe.

De l’iode a été découvert dans l’eau à Tokyo. Jusqu’où se propage la radioactivité ?

Les habitants de la capitale nipponne pourraient avoir été légèrement exposés mais sans risques pour la santé. Le vent soufflera vers Tokyo demain, mais les doses seraient de toute façon faibles. Aux abords de Fukushima, la situation est radicalement différente. L’environnement local va être touché et c’est extrêmement grave. La contamination est déjà très importante aux alentours du site. L’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) recommanderait une zone d’exclusion d’au moins 50 km plutôt que de 30 km, comme c’est le cas aujourd’hui.

Qu’en est-il des Français présents au Japon ?

Un membre de l’IRSN est à l’ambassade de France à Tokyo pour nos expatriés. Il réalise aussi ses propres mesures de la radioactivité. En France, nous avons détecté quelques cas légèrement contaminés, notamment des journalistes, qui reviennent du Japon. Mais sans incidence sur leur santé. Nous suivons ces personnes.

La France doit-elle démanteler ses centrales nucléaires ?

Il ne faut pas prendre de décision radicale en pleine crise. La question la plus urgente est la sûreté de nos centrales. Attendons d’avoir le retour des inspections de chaque centrale pour tirer toutes les conclusions. Nous serons transparents. Si les résultats l’exigent, nous pourrons imaginer de ne pas allonger la durée de vie de certaines centrales, par exemple. Pour ma part, je reste persuadée que l’efficacité énergétique doit revenir au cœur du débat.

Doit-on passer par un référendum comme le demandent les Verts ?

Je suis très ouverte sur le débat qui a déjà commencé. Sur un sujet aussi majeur que le nucléaire, il faut un véritable consensus de la classe politique et des Français. Mais le référendum n’est pas adapté. Le mix énergétique et la consommation d’énergie font partie du débat, mais seraient éludés dans le cadre d’un référendum. À un an de l’élection présidentielle, il serait forcément instrumentalisé à des fins politiques. Et là, ce n’est pas utile puisque le nucléaire sera de toute façon un enjeu de 2012.



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Source : http://www.lejdd.fr/Politique/Actua...

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