« Nous avons le pied sur l’accélérateur et nous nous dirigeons vers un abîme »

Durée de lecture : 4 minutes

3 septembre 2009 / Ban Ki-moon

Le secrétaire général de l’ONU a le sens de la formule. L’ennui, c’est qu’il a raison.


Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui vient de constater la « triste réalité » du changement climatique lors d’une visite dans l’Arctique, a appelé jeudi les Etats à faire des progrès rapides dans les négociations sur un nouveau traité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« On dit que l’Arctique est notre baromètre, le canari dans la mine. Mais c’est bien plus que cela. Les changements dans l’Arctique accélèrent le changement climatique mondial », a dit M. Ban lors de la Conférence mondiale sur le climat organisée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à Genève.

Mercredi à Svalbard (Norvège), il a déclaré à des journalistes que sa visite en Arctique où il a pu constater la fonte des glaciers avait été « une expérience alarmante » et qu’il avait pu sentir à la fois la puissance de la nature mais aussi sa vulnérabilité.

« J’ai observé la sombre réalité de ce changement de mes propres yeux », a-t-il ajouté. « L’Arctique se réchauffe plus rapidement que n’importe quel autre endroit sur Terre. Elle pourrait être pratiquement sans glace d’ici à 2030 ».

Jeudi, il a expliqué aux participants de la conférence qu’au lieu de refléter la chaleur, l’Arctique l’absorbe alors que la glace diminue, accélérant ainsi le réchauffement climatique. En outre, la glace fondue risque d’élever le niveau de la mer et de modifier le flux du Gulf Stream qui réchauffe l’Europe.

« Notre pied est bloqué sur l’accélérateur et nous nous dirigeons tout droit vers un abîme », a dit M. Ban, appelant les pays à ne pas gaspiller de temps et à ’conclure l’accord’ sur un nouveau traité sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, avant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique en décembre à Copenhague.

Il a ajouté que l’adaptation au changement climatique méritait autant d’attention dans les négociations en cours que l’atténuation des effets de ce changement.

"Les scientifiques ont été accusés pendant des années de faire peur. Mais ceux qui font vraiment peur sont ceux qui disent qu’on ne peut pas se permettre d’agir, que cela fera reculer la croissance économique. Ils ont tort. Le changement climatique pourrait déclencher une catastrophe économique étendue », a-t-il prévenu, ajoutant que la réponse se trouvait dans une croissance ’verte’ et durable.

Le Secrétaire général a souligné que malgré cette réalité avérée, les progrès dans les négociations sur le climat étaient pour l’instant limités.

“Nous avons encore 15 jours de négociations jusqu’à Copenhague. Nous ne pouvons pas nous permettre des progrès limités. Il nous faut des progrès rapides », a-t-il dit.

En particulier, il a appelé à agir dans cinq domaines clés. Des mesures pour s’adapter aux effets inévitables du changement climatique doivent être prises et il faut notamment aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Il faut également que les pays développés établissent des objectifs d’atténuation à moyen terme et il faut reconnaître le besoin d’un consensus sur une limite supérieure pour l’élévation de la température.

Selon lui, il est également important pour les pays en développement d’agir pour réduire la croissance de leurs émissions, et de recevoir un soutien financier et technologique prévisible pour le faire.

Enfin, tous les arrangements institutionnels et les structures de gouvernance sous un nouveau régime du climat doivent répondre aux besoins des pays en développement, a-t-il dit.

“Nous savons quel est le problème. Nous savons ce que nous devons faire. Maintenant, il est temps d’agir. C’est le moment », a-t-il ajouté.

« Nous avons besoin d’un accord à Copenhague qui permettra de réduire fortement les émissions, qui fera la promotion de la croissance verte et qui fournira les ressources et les structures nécessaires pour l’adaptation », a dit le Secrétaire général, ajoutant que « le coût de l’inaction aujourd’hui sera bien plus grand que le coût de l’action demain, pas seulement pour les générations futures, mais pour cette génération ».

De son côté, le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires humanitaires, John Holmes, a souligné dans un communiqué publié jeudi que le changement climatique jouait désormais un rôle important dans le déclenchement de catastrophes naturelles, avec des inondations, tempêtes et sécheresses de plus en plus fréquentes et intenses et touchant de plus en plus de gens à travers le monde.

Plus de 65 millions de personnes ont été touchées par des inondations et des tempêtes en 2008, soit 1% de la population mondiale. Cette tendance devrait se poursuivre et s’accélérer si rien n’est fait, a-t-il ajouté.

"Si des réductions drastiques des émissions mondiales de gaz à effet de serre ne sont pas instaurées d’ici à 2020, des catastrophes majeures incluant des inondations, des tempêtes ou le manque d’eau, combinées à d’autres facteurs tels que la croissance démographique, l’urbanisation, l’insécurité alimentaire, le déclin environnemental et la pauvreté, pourraient conduire à d’importantes migrations et des déplacements forcés dans de nombreuses parties du monde", a estimé John Holmes.



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Source : http://www.un.org/apps/newsFr/story...

Lire aussi : Le climat au G 8 : les pays riches trop prudents http://www.reporterre.net//spip.php...

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