Ô, dettes inutiles

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10 novembre 2011 / Hervé Kempf


Quelle excellente idée d’augmenter les charges de l’Etat ! Oui, il faut saluer le gouvernement et le Parti socialiste ; impavides, ils décident de projets démesurés, de dépenses inutiles, de dettes à payer dans une ou deux décennies.

L’envie irrépressible du chroniqueur de louer nos grands hommes découle de sa manie d’observer « indignés » et rebelles de tout poil. Car voyez : les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes traversent l’ouest de la France : se déplaçant à vélo, en tracteur et en autocar, ils arriveront à Paris vendredi 11 novembre.

Mais ils ne se contentent pas de cet effort qui procurera de belles images aux journaux télévisuels. Ils s’appuient sur des enquêtes rigoureuses. Le Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a commandé une étude économique de ce projet à un cabinet néerlandais spécialisé. D’où il ressort que les promoteurs de l’aéroport ont systématiquement embelli le tableau afin de présenter un bilan prospectif favorable. Par exemple, ils n’ont pas étudié l’effet d’une augmentation du prix du pétrole sur le nombre de passagers ni la nécessité pour les compagnies aériennes de se plier au marché européen des émissions à partir de 2012. Bref, « le coût pour la collectivité pourrait se chiffrer à 600 millions d’euros », alors que le dossier des promoteurs montrait un bénéfice global.

L’étude a-t-elle raison ? En tout cas, elle justifie que l’on discute du dossier économique de ce projet, qu’il serait irresponsable de lancer s’il s’annonçait déficitaire.

Mais ces obstinés font mieux encore. Ils ne défendent pas leur petit bout de bocage, ils pensent à la planète. Ils ne sont pas isolés, ils sont collectifs. Avec d’autres organisations à travers l’Europe, ils ont constitué le Forum contre les grands travaux inutiles. Révoltés par les lignes TGV déchirant le paysage, les installations sportives démesurées, les surfaces commerciales dévorant des terres agricoles, l’exploitation de gaz de schiste, ceux qui proposent des alternatives se retrouveront à Paris pour stigmatiser le gâchis environnemental mais aussi économique de ces « infrastructures ». Il y a urgence. Devant la menace de récession, la tentation va être grande de faire couler le béton. Mieux vaudrait étudier froidement l’économie de ces « projets ». Et examiner si l’entretien et la restauration de l’existant ne seraient pas moins dispendieux, et plus créateurs d’emplois.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde daté du 9 novembre 2011.

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