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5G et téléphone

5G : des personnes électrosensibles refusent d’être davantage exposées aux ondes

Des habitants de villages de l'Ardèche opposés à l'installation d'une antenne 5G en 2020.

Avec le déploiement des antennes 5G, de plus en plus de lieux dépassent le seuil d’exposition aux champs électromagnétiques. Celui-ci pourrait être relevé, au grand dam des personnes se déclarant électrohypersensibles.

Le déploiement de la 5G augmente l’exposition aux champs électromagnétiques. C’est en substance ce que dit l’Agence nationale des fréquences (ANFR) dans le cadre d’une consultation publique qu’elle a lancée cet été, et clôturée le 19 septembre. Chargée de contrôler les niveaux d’exposition du public à ces champs, elle explique qu’il y a un nombre croissant de « points atypiques », autrement dit de lieux où le niveau d’ondes mesuré dépasse « substantiellement » celui généralement observé à l’échelle nationale.

« Entre 2017 et 2023, la proportion de points atypiques en France est passée de 0,57 % à 3,86 % des mesures réalisées à la demande des particuliers, soit une multiplication par plus de six », constate-t-elle. Or, les opérateurs télécoms ont de plus en plus de mal à résorber ces anomalies, comme la loi les y oblige, quand elles leur sont signalées.

Des conditions de vie toujours plus dégradées

Une situation qui fait réagir les associations de lutte contre la pollution électromagnétique et celles représentant les personnes atteintes d’électrohypersensibilité (EHS). Ces dernières souffrent de maux de tête, nausées, picotements, troubles du sommeil, etc. Des symptômes très invalidants et reconnus comme réels par l’Anses, mais que la science n’arrive pas à relier à l’exposition aux champs électromagnétiques.

« Lorsque la 5G a été lancée [en 2020], on nous avait au contraire promis que la multiplication des antennes entraînerait une baisse de l’exposition aux champs électromagnétiques », dénonce une dizaine d’associations [1], associées à l’union Cemaphore.

Sur le terrain, elles observent une dégradation croissante des conditions de vie des personnes EHS. « De plus en plus de personnes sont obligées de quitter les centres-villes, à cause de la pollution croissante des champs électromagnétiques, comme c’est le cas à Lyon », dit Julien Bidalot, membre de l’association Ly’Ondes.

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Si le seuil d’exposition est fixé en France à 61 volts par mètre (V/m), celui des points atypiques, à 6 V/m, n’a qu’une valeur de précaution. Pour l’ANFR, la hausse de ces derniers impose toutefois une modification de la réglementation. « Aujourd’hui, le seuil de 6 V/m, retenu en 2017 [...] n’apparaît plus adapté dans un contexte de densification des réseaux mobiles dans les villes, pourtant nécessaire pour répondre aux besoins croissants des utilisateurs », écrit-elle dans son document de consultation. Aussi propose-t-elle de le relever à 9 V/m dans les grands centres urbains, les plus concernés par ces dépassements, et conserver le seuil de 6 V/m ailleurs. Ce changement pourrait intervenir dès le 1er janvier 2026.

Face à cette proposition qu’elle conteste vivement, Cemaphore a publié le 8 octobre un livre blanc compilant les différentes contributions de ses adhérents, dans le but d’alerter l’opinion publique. « Cette proposition condamne les personnes atteintes d’EHS à une aggravation de leur état de santé et à un nombre conséquent et croissant de difficultés et de discriminations tout aussi désastreuses sur les plans sanitaire, social, environnemental que juridique », écrit par exemple l’Association des malades environnementaux (AME).

« Ce relèvement contreviendrait à la loi, estime également Xavier Campello, président de l’AME, puisque la loi dite Abeille [2] de 2015 a confié à l’ANFR une mission de surveillance de la sobriété électromagnétique. » En relevant le seuil, l’établissement public validerait la pollution croissante, et irait à l’encontre de la notion de sobriété électromagnétique voulue par le législateur, estime-t-il.

L’exemple de nos voisins européens

Deux associations, Priartem Électrosensibles de France et Agir pour l’environnement, contestent pour leur part les valeurs fournies par l’ANFR : « Selon nos calculs, […] l’apparition de nouveaux points atypiques reste stable à ce jour et à moins de 1 %. » Pour elles, il y a seulement une hausse des mesures de seuils à la demande des particuliers, ce qui témoignerait de la prise de conscience et de l’inquiétude de la population. Elles s’opposent donc à la proposition de relèvement du seuil.

Pour justifier ce changement de législation, l’ANFR s’appuie sur les dispositions prises chez certains de nos voisins européens qui, « pour accompagner le déploiement des réseaux 5G », auraient relevé les seuils réglementaires : « En Belgique, au Luxembourg ou en Italie, les valeurs globales autorisées atteignent désormais 15 à 20 V/m. » Là encore, Priartem et Agir pour l’environnement estiment que cette comparaison n’est pas recevable. « Les seuils évoqués à l’étranger sont des valeurs réglementaires strictes à ne pas dépasser, écrivent-elles, tandis que le seuil de 6 V/m en France est un simple seuil d’attention, sans portée contraignante. »

Cemaphore rejette donc tout relèvement du seuil des points atypiques, et préconise même d’abaisser celui actuellement en vigueur. « Ce qui est inadmissible, c’est de dire qu’il n’existe pas de solution pour abaisser les seuils », explique Charles-Maxence Layet, président de l’Association zones blanches (AZB) et membre fondateur de Cemaphore. Il cite un rapport suisse de 2019 « montrant que c’est possible », avec le déploiement de plus d’antennes et en dépensant plus d’argent. « Ce à quoi les opérateurs s’opposent. »

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