On ne résoudra pas la crise économique en ignorant la crise écologique

Durée de lecture : 5 minutes

23 novembre 2008 / Julien Cochard et Karin Sjörstrand

Plutôt que de chercher à résoudre la crise économique par une relance ignorant la question écologique, il faut au contraire saisir l’occasion de la mutation actuelle pour tourner la page du XXe siècle.

Les lecteurs du Monde ont pu lire récemment une chronique publiée par Jacklittle, dénoncant la pression exercée par les taxes et charges environnementales sur l’économie. Sa conclusion était qu’un allègement de celles-ci permettrait une relance plus efficace de la machine économique sans pour autant compromettre un objectif écologique sur le long terme.
Ce sont précisement de telles annonces qui nous ont mené à la situation actuelle, et qui nous y laisseront si rien ne change. De tels discours faisant croire qu’environnement et développement économique sont incompatibles ont l’avantage d’être attirants pour le public, qui voit dans cette combination une contrainte plus qu’une opportunité ; mais ont l’inconvénient majeur de nous fausser la vue. Le Boeing de Jacklittle ne se serait pas écrasé si tous les contrôles avaient été faits correctement.

Le système actuel, ses principes et axiomes ont étés développés au cours du siècle dernier, lorsque l’Homme ne commencait qu’à prendre mesure de son pouvoir sur la Nature. Peu importait alors où les déchets aterrissaient ; plus les cheminées crachaient de fumée et plus on y voyait un signe positif de la "révolution industrielle".

En 1987, l’humanité a passé une limite notable : nous avons commencé à consommer plus que nous ne devrions. En 1987, les besoins annuels de l’homme moderne ont dépassé la capacité qu’à la Terre à nous fournir ses ressources de manière durable. Depuis cette date, l’empreinte écologique de l´Homme n’a cessé d’augmenter. Chaque année qui passe, nous épuisons d’autant plus le capital que nous devrions préserver pour nous et nos enfants.
Notre espèce vit à crédit, et la crise actuelle nous montre que ceux qui ont pris des risques démesurés en misant sur une croissance éternelle ont payé cher le prix de leur folie.
La dimension temporelle du défi environnemental est plus qu’urgente. Nous avons déjà perdu bien trop d’années à discuter de la possibilité d’un réchauffement "anthropogénique" plutôt que de chercher à nous préparer à ce qui désormais est inéluctable. Chaque mois apporte son lot de nouvelles alarmantes publiées par des scientifiques de divers horizons qui tour à tour sonnent l’alarme et nous implorent de passer à l’acte. Les publications d’organismes respectés tels l’UNEP ou WWF témoignent de l’étendue et de la profondeur des problèmes.
Un exemple typique est la pêche industrielle : malgré les appels répétés à l’imposition de quotas stricts garantissant la pérennité de la ressources, les décisions politiques visent à préserver le statu quo et satisfaire les besoins immédiats du secteur, à conserver la paix sociale. Au détriment d’une ressource qui est menacée de disparition d’ici deux décennies tout au plus.

Dans une société qui nous a habitué à la communication immédiate ; en ces temps où chacun peut se procurer un ordinateur personnel dont la puissance de calcul dépasse les souhaits des chercheurs il y a seulement vingt ans, nous avons oublié que la Terre a une inertie bien plus grande que notre espérance de vie. Nos émissions aujourd’hui n’auront d’effet sensible sur notre climat que dans plusieurs années ; les gaz à effet de serre (GES) ont une durée de vie dans l’atmosphère dépassant couramment la décennie.
Ce que l’homme a relâché en un peu plus d’un siècle aura des répercussions sur tout le millénaire. Le prix à payer peut être la disparition de l’écrasante majorité des espèces sur Terre, la notre y compris. Rappelons que la différence de températures moyennes entre la dernière période glaciaire et les temps pré-industriels est de 6 degrés. Certains parlent du même écart causé par nos émissions d’ici un à deux siècles. On ne peut rêver d’un désert plus chaud.

Chaque année compte. Un compte à rebours a déjà commencé : moins de 100 mois nous séparent du moment où la concentration de GES aura atteint un niveau tel qu’une perturbation irréversible du climat et des écosystèmes ne sera évitable. L’horloge tourne.
Il semble à certains qu’une refonte de notre système sur des bases "durables" soit relativement facile à mettre en place ; qu’un "plan Marshall" puisse suffire à sauvegarder notre futur et que par conséquent il nous est permis de continuer sur le même chemin. Lorsqu’on connaît la complexité de notre monde et la difficulté à faire d’une technologie nouvelle un standard, de telles allégations laissent pantois.

Le temps presse, et la crise que nous traversons est justement l’occasion de tourner la page du XXe siècle. De se remémorer les erreurs commises et de redessiner notre manière de concevoir notre relation à la Nature. De gagner en humilité et en modestie face à la beauté de notre Planète et de la vie. Cette crise qui montre les limites de notre système arrive à temps pour nous permettre de nous reprendre et de relever le défi que ma génération et celle de nos enfants doit relever : le plus grand défi que l’humanité ait jamais rencontré. Un défi contre nous-même.



Source : http://www.lemonde.fr/opinions/chro...

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