Des mines dans leur jardin ? Des habitants refusent
Manifestation contre la relance des projets miniers en Ariège, le 24 mai 2025. (Photo d'illustration) - © Pat Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Manifestation contre la relance des projets miniers en Ariège, le 24 mai 2025. (Photo d'illustration) - © Pat Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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L’État vient d’autoriser trois projets d’exploration minière dans le Grand Ouest. Le 13 décembre, près de 200 personnes ont manifesté dans le Maine-et-Loire pour s’y opposer. Elles craignent notamment une pollution massive.
Bécon-les-Granits (Maine-et-Loire), reportage
« Ni ici, ni ailleurs, pas de mines chez nous », « Breizh Ressources, passe ton chemin, y a pas d’or dans mon jardin »... Sur la place de l’église de Bécon-les-Granits (Maine-et-Loire), embrumée en cette matinée du 13 décembre, les revendications s’affichent en grand sur des pancartes déployées contre l’exploration minière. Près de 200 personnes, citoyens et associations, se sont rassemblées pour marquer leur opposition à l’appel du collectif Stop Belenos, du nom du projet qui concerne 10 communes en Maine-et-Loire et 8 en Loire-Atlantique, sur 440 km².
Mené par la start-up Breizh Ressources, filiale d’Aurania (une société canadienne détenue par le milliardaire Keith Barron), ce projet — ainsi que deux autres en Bretagne, nommés Epona et Taranis — a pour objectif d’explorer les sous-sols du Massif armoricain, à la recherche de métaux stratégiques, comme le cuivre, le platine, l’argent et l’or.
« S’il y a de l’or dans mon jardin, je vais creuser et le garder ! » sourit Isabelle, retraitée et membre du collectif Stop Belenos, alors qu’elle se faufile dans la foule en distribuant les pancartes qu’elle a préparées pour l’occasion. Mais son sourire s’efface lorsqu’elle évoque les enjeux environnementaux liés à l’exploitation minière. Comme elle, les habitants concernés craignent des pollutions de l’air, de l’eau, des terres, des tensions sur l’eau potable, mais aussi un risque accru de radioactivité. « Ça me choque que les intérêts économiques de quelques investisseurs priment sur la santé et la sécurité des gens », souffle Pascale, habitante de Saint-Clément.
Manque de transparence
Pourtant, le 10 décembre, l’attribution par l’État de trois permis exclusifs de recherche minière à Breizh Ressources dans le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire a été publié au Journal officiel. « Ces permis ne concernent que des études de terrain et d’analyse et n’autorisent ni l’ouverture d’un site d’extraction ni des travaux lourds. Les éventuels forages de petit diamètre devront faire l’objet d’autorisations spécifiques et resteront strictement encadrés par arrêté préfectoral », a indiqué Breizh Ressources à Ouest-France.
Face à la foule, Laurent Bouiller, porte-parole du collectif, micro en main, alerte toutefois : « Breizh Ressources n’est pas là pour faire une belle carte géologique de nos sous-sols. De l’exploration à l’exploitation des sous-sols, il n’y a qu’un pas. »
Au milieu du cortège qui déambule dans les rues, Nico, lui aussi membre du collectif, dénonce le manque de transparence autour du projet : « Il n’y a eu aucune rencontre organisée par Breizh Ressources avec les habitants dans les communes concernées. Il est pourtant important de bien comprendre les tenants et les aboutissants d’un projet pareil. »
« On va agir sur tous les fronts »
Les maires auraient même été tenus de ne pas ébruiter le sujet lorsqu’ils en ont eu connaissance en 2024, selon plusieurs membres du collectif. « On n’a eu aucun contact avec Breizh Ressources, on ne savait même pas que notre terrain était sur le périmètre du projet ! On l’a découvert il y a un mois », confirment Ferdinand et Adeline, habitants d’un village voisin.
Le couple a décidé de refuser les opérations d’exploration des sols sur son terrain, en signant un formulaire relayé par le collectif. « On a distribué ce document à de nombreux propriétaires qui ignoraient qu’ils pouvaient s’opposer aux prospections. On compte maintenant aller rencontrer les agriculteurs pour le leur donner aussi », explique Isabelle. « Un seul refus ne fera pas plier Breizh Ressources, mais plusieurs dizaines, oui », indique le formulaire.
Plusieurs autres mobilisations sont déjà annoncées et des actions communes avec les collectifs bretons, qui s’opposent aux projets miniers sur leur territoire, sont envisagées. « On va agir sur tous les fronts », prévient Nico. Et Laurent Bouiller de conclure : « On a déjà gagné des luttes ces dernières années : les projets du site d’enfouissement de déchets nucléaires à Segré ou de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ont finalement été abandonnés… Jamais deux sans trois. »