Pascal Durand : « Nous ne pouvons pas reprocher au gouvernement de manquer à sa parole »

Durée de lecture : 3 minutes

16 octobre 2012 / lemonde.fr



Le secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts demande l’arrêt du chantier d’aéroport. Il estime que la question de la démission des ministres écologistes ne se pose pas.


Comment réagissez-vous à l’évacuation des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Pascal Durand : Cette évacuation, qui s’apparente à une quasi-provocation policière, s’avère totalement incompréhensible. C’est un passage en force inutile sur un projet inutile. Nous ne voyons pas la logique qui conduit à des expulsions maintenant alors que des recours et des procédures judiciaires sont en cours, notamment contre les expropriations ou la concession accordée pour les travaux à Vinci. Le rapport des commissaires enquêteurs sur la loi sur l’eau, pour évaluer l’impact de l’aéroport et de sa desserte routière sur l’eau et sur les milieux aquatiques, doit en outre être rendu très prochainement. Nous nous interrogeons donc sur l’urgence à procéder à ces évacuations et sur leur but.

Par ailleurs, cette accélération sur le projet intervient au moment où le gouvernement doit faire des arbitrages, en raison d’un budget contraint, parmi les grands chantier qu’il faut mener à bien dans le pays. Pourquoi, alors, se lancer dans la construction d’un aéroport fondamentalement inutile et coûteux, en plus d’être polluant ?

Que reprochez-vous exactement à ce projet ?

Le projet est en opposition absolue avec les grands discours du président de la République et du premier ministre, et les engagements pris lors de la conférence environnementale en septembre. Le gouvernement s’est notamment engagé à l’arrêt de l’artificialisation des terres, la préservation de la biodiversité et le changement de modèle économique.

Or, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes va détruire des terres agricoles situées dans un bocage remarquable, lieu de biodiversité et d’équilibre exceptionnels. Sa construction et son fonctionnement vont par ailleurs contribuer à la hausse des émissions de gaz à effet de serre alors que nous devons les limiter. Et la construction d’un nouvel aéroport à Nantes, qui en possède déjà un, s’oppose à la logique de renforcement du transport ferroviaire, en déficit de passagers et de fret. C’est au final un projet totalement absurde et inutile.

Quelles sont vos attentes désormais ?

Dans un premier temps, nous demandons l’arrêt immédiat de l’opération d’évacuation. Puis, dans un second temps, nous souhaitons que le chantier de l’aéroport soit définitivement abandonné. Nous allons échanger avec les associations et élus locaux pour voir comment cette nouvelle situation va être gérée. Nous essayerons aussi de discuter avec François Hollande et Jean-Marc Ayrault afin de leur demander des explications.

Vous n’appelez donc pas à une démission des deux ministres écologistes du gouvernement, mis en porte-à-faux par ce projet ?

La question n’est pas la démission des ministres Cécile Duflot [ministre du logement] et Pascal Canfin [ministre délégué au développement] mais d’essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Nous devons lancer un débat public, et ne surtout pas cacher nos divergences. Nous devons donc être dans le gouvernement pour peser dans le débat.

En participant au gouvernement, nous avons pris un engagement de responsabilité : nous ne pouvions pas attendre d’être majoritaires dans le pays pour agir. Nous savons très bien que nous avons de grandes divergences avec les socialistes sur certains sujets mais nous avons une responsabilité à agir, par exemple, en ce moment, sur le logement ou la question d’une expertise scientifique indépendante. Nous ne pouvons pas tout remettre en cause en raison de ce projet.

D’autant que nous ne pouvons pas reprocher au gouvernement de manquer à sa parole, puisque la question de l’arrêt du projet d’aéroport ne faisait pas partie de l’accord PS-EELV. Les socialistes s’étaient seulement engagés à ne pas expulser les agriculteurs sur leur propre terrain. Or, ce sont des militants qui ont été évacués. C’est en revanche la question des moyens policiers et de l’inutilité du projet que nous ne pouvons pas laisser passer.

propos recueillis par Audrey Garric






Source : lemonde.fr

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