Pour Montebourg et Valls, le nucléaire est l’avenir

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27 août 2012 / AFP



Pour le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, et son collègue, Manuel Valls, ministre de l’intérieur, « le nucléaire est une filière d’avenir ». Une déclaration qui suscite l’ire d’EELV, et l’embarras du PS.


Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a assuré dimanche 26 août sur BFM TV que « le nucléaire est une filière d’avenir » tout en reconnaissant qu’il fallait qu’il soit ’rééquilibré’.

« Avec une augmentation continue de la consommation des ménages et industrielle, même en maintenant notre parc de centrales actuel », la question est de savoir « si nous allons continuer à investir », a-t-il indiqué. « Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d’avenir » a-t-il affirmé. « Nous avons besoin d’énergie et pas trop chère », a renchéri Arnaud Montebourg, et « la France a un atout extraordinaire entre ses mains [avec ses centrales nucléaires] qui lui a permis de bâtir son industrie ».

« Notre choix d’avoir une énergie pas chère, abordable et en quantité est stratégique », a-t-il insisté rappelant que plusieurs pays européens revenaient vers le nucléaire, « même le Royaume uni, droite, gauche confondues ».

« UNE PROFESSION DE FOI ENCALAGE TOTAL AVEC LAALITÉ »

Ces déclarations ont provoqué de vives réactions du côté d’Europe Ecologie-Les Verts, pourtant partenaires du gouvernement. Denis Baupin, vice-président (EELV) de l’Assemblée nationale a été le premier à dénoncer « une profession de foi en décalage total avec la réalité. »

« Partout dans le monde, au contraire, le nucléaire est en déclin », écrit dans un communiqué le député de Paris, avant d’énumérer l’« abandon en Allemagne, en Belgique, en Italie, abandon de fait au Japon, remise en question des programmes de construction en Chine, aux Etats-Unis ». « Partout les Etats considèrent aujourd’hui que les risques et les coûts liés à cette énergie dépassent largement ses avantages supposés », poursuit M. Baupin, citant des estimations de la Cour des comptes selon lesquelles « un accident type Tchernobyl ou Fukushima » coûte « entre 600 et 1 000 milliards d’euros ». Pour lui, « le redressement productif ne passe pas par l’acharnement thérapeutique sur des technologies dépassées ». « La filière nucléaire doit préparer son avenir : le démantèlement », ironise-t-il.

REMISE EN CAUSE DES ACCORD PS-EELV ?

Noël Mamère a condamné pour sa part une « provocation » d’Arnaud Montebourg, qui peut conduire les écologistes à « s’interroger » sur la validité des accords qui les lient au PS. Sur Europe 1, le député-maire de Bègles a en effet estimé qu’il était « très inquiétant de voir ces déclarations de quelqu’un qui n’est pas isolé, qui est un membre important du gouvernement, qui est le ministre de l’industrie, qui a la responsabilité de tout ce qui concerne le secteur de l’énergie ».

« S’il n’y a pas d’explication et s’il n’y a pas de remise en cause des déclarations de M. Montebourg, nous serons en droit, nous, écologistes, de nous interroger sur la validité des accords que nous avons passés dans cette majorité », a encore dit M. Mamère.

DES « PROPOS ISOLÉS »

Le porte-parole d’EELV, Jean-Philippe Magnen, s’est voulu moins agressif, considérant les déclarations du ministre du redressement productif comme des « propos isolés ». Pour M. Magnen, « les propos d’Arnaud Montebourg, sont en décalage par rapport aux réalités que ce soit concernant les prix des carburants ou la situation en Europe ». Selon lui, « le prix de l’électricité va augmenter, nucléaire compris ». « Quant à l’Europe, elle s’oriente vers une diversification des sources », a assuré le porte-parole d’EELV.

« Nos interlocuteurs restent le premier ministre, le président de la République et le PS », a ajouté Jean-Philippe Magnen. « Nous réagissons en n’attachant pas plus d’importance que cela » au propos d’Arnaud Montebourg « que nous connaissions déjà comme étant pro-nucléaire », a-t-il ajouté précisant que « le président a annoncé un grand débat national sur l’énergie. Il a pris un certains nombres d’engagements de réduire la part du nucléaire ».

CACOPHONIE CÔTÉ PS

Côté socialiste, les propos d’Arnaud Montebourg ont provoqué l’embarras. Pour apaiser la situation, le porte-parole du PS, David Assouline, a estimé lundi matin qu’il s’agissait d’un « sentiment personnel » sans « conséquence concrète ». « C’est une phrase générale et donc elle ne prête à aucune conséquence concrète sur le chemin pour aller à fond vers les énergies renouvelables et baisser la part du nucléaire », a insisté le porte-parole socialiste. Il a d’ailleurs souligné le fait qu’Arnaud Montebourg avait parlé de la nécessité d’un « rééquilibrage » de la filière, un idée qui « se rapproche un peu plus de ce qui est la position du Parti socialiste », selon le sénateur de Paris.

Mais le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a au contraire affiché un soutien sans faille à son collègue du gouvernement. Interrogé par Europe 1, il a assuré comme lui que l’énergie nucléaire est « incontestablement » une filière d’avenir. Il a rappelé cependant les engagements de François Hollande « de réduire la part du nucléaire, à l’horizon 2025 », dans le mix énergétique. « Nous avons besoin de nucléaire, même si on réduit, dans la décennie qui vient, sa part. Nous avons besoin de renouveler nos centrales nucléaires, ses différentes filières », a dit M. Valls. « Evidemment, le nucléaire est une filière d’avenir, mais ces débats auront lieu au sein du gouvernement et puis dans le cadre de la conférence environnementale que ma collègue Delphine Batho », chargée de l’Ecologie, « va animer », a-t-il relevé.

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande n’a eu de cesse de répéter son engagement à réduire à 50 % – contre 75 % actuellement – la part du nucléaire dans la production d’électricité, à l’horizon 2025. En revanche il n’avait pas repris dans ses 60 engagements le volet de l’accord de gouvernement PS-EELV prévoyant la fermeture progressive d’une vingtaine de réacteurs nucléaires. Le président a déclaré qu’il fermerait durant son quinquennat une seule centrale, celle de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne du parc nucléaire hexagonal, et qu’il achèverait la construction de l’EPR (réacteur de 3e génération) de Flamanville (Manche). Ce nouveau réacteur est censé entrer en service en 2016.






Source et photo : lemonde.fr

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