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Pourquoi rien ne change-t-il alors qu’on sait qu’il faut changer ?

5 novembre 2012 / Dominique Méda




Pourquoi rien ne change-t-il alors que l’on sait qu’il faut tout changer ?

D’abord parce que la crise nous tétanise et bloque les innovations possibles, alors que nous avons besoin de celles-ci plus que jamais. La crise sociale et de l’emploi nous garotte entièrement. Il y a une complète contradiction entre court terme et long terme : au nom du long terme, nous devrions changer radicalement nos modes de production, revoir le rythme de la croissance, consommer différemment et, à mon sens, moins. Mais à court terme nos gouvernants pensent qu’il faut plus de consommation, plus de production, pour avoir plus d’emplois et de revenus.

Désormais nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que le PIB est un indicateur qui nous mène dans le mur mais nous n’avons jamais autant réclamé plus de croissance...

Ensuite, nous sommes tétanisés par notre incapacité à savoir qui doit commencer et par où nous devons commencer. Pour qu’une action ait une chance d’avoir une certaine efficacité, il faut qu’elle ait obtenu un soutien européen mais nous ne parvenons pas à déterminer des alliances européennes.

Nos mouvements sociaux et écologiques en France sont fragmentés, les objectifs sociaux et écologistes apparaissent désormais comme contradictoires, en France et en Europe (on ne parle plus d’Agenda Vert, la Spring alliance bat de l’aile), il n’y a pas de revendications écologiques et sociales communes en Europe... Je pense que c’est un des points fondamentaux. Les mouvements sociaux et écologistes ne parviennent pas en Europe à proposer une alternative commune et claire, ni le chemin pour y parvenir.

Quant à la question de savoir qui doit commencer et si un pays peut engager seul sa transition (vers la transition écologique, les énergies renouvelables, la décroissance de certaines productions et consommations, la reconversion de certains secteurs), elle reste complètement irrésolue et bloquante. La concurrence généralisée qui s’est installée à l’intérieur de l’Europe et dans le monde empêche de développer de « bonnes » alternatives, le risque de perdre est trop grand. L’absence de coopération organisée est dramatique.

Et donc, alors que désormais nous savons que la menace de changement climatique nous contraint à prendre des décisons fortes dans une fenêtre temporelle trés étroite, nous restons tétanisés par manque d’une alternative crédible portée par une alliance de mouvements sociaux et écologistes, par exemple par une aillance des syndicats et des consommateurs pour un emploi de qualité et des produits de qualité.

Pour moi, la question la plus « bloquante » est celle de la croissance et de son indicateur : le PIB [produit intérieur brut]. Tant que nous resterons les yeux braqués sur cet indicateur nous ne pourrons changer ni les comportements des entreprises ni les politiques publiques. Il nous faut absolument changer d’indicateurs, adopter des indicateurs complémentaires au PIB pour mettre en évidence les erreurs auxquelles nous conduit l’adhésion exclusive à cet indicateur et pour dessiner un autre chemin, un autre modèle.

Il nous faut aussi sortir du langage exclusivement économique et monétaire et parvenir à décrire le monde que nous voulons avec un autre langage.

Enfin, susbsiste la question lancinante du chômage ; nous sommes en train de nous lancer dans un programme de flexibilisation du marché du travail alors que le chômage a de nouveau atteint des sommets et qu’il faudrait partager l’emploi.





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Source : Courriel à Reporterre

Dominique Méda est titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales (Collège d’études mondiales /Dauphine).

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