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Pouvoir d’achat

Durée de lecture : 2 minutes

6 juillet 2009 / Hervé Kempf


Des « experts » ont commencé le 2 juillet à discuter de la « contribution climat-énergie ». Excellente initiative. Il s’agit de corriger l’imperfection des marchés afin de dissuader la consommation d’énergie, néfaste pour l’environnement. Comment ? En augmentant fiscalement le prix de l’énergie. Cela sera... ici, on va écrire un mot horrible... que les personnes sensibles passent cette ligne abominable... cela sera... un impôt.

Ah, je défaille !

La secrétaire d’Etat chargée de l’écologie, Chantal Jouanno, s’est empressée de préciser que la contribution « ne portera pas atteinte au pouvoir d’achat ».

Ayant franchi toutes les bornes de la décence langagière en écrivant le mot « impôt », le misérable chroniqueur ne recule plus devant rien. Il contredit l’éminente personnalité. Et déclare : la contribution portera atteinte au pouvoir d’achat. Il ajoute : plus généralement, il faut dire nettement que la question écologique va porter atteinte au pouvoir d’achat.

Explication. Soit nos sociétés échouent à se transformer suffisamment rapidement pour éviter la crise écologique : auquel cas, celle-ci, dans ses désagréments multiples, entraînera une forte baisse du pouvoir d’achat. Nolens volens, qu’on le veuille ou pas.

Soit nos sociétés rendent leur mode de vie compatible avec l’équilibre écologique de la planète. Nous consommerons alors moins d’énergie directement. Mais aussi moins d’énergie incorporée dans les objets, donc, même en tenant compte des progrès d’efficacité énergétique, moins d’objets. Cela réduira le train de vie matériel auquel nous sommes habitués.

Il faut par ailleurs interroger ce qu’est le « pouvoir d’achat ». Il s’agit de la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire.

Spontanément, l’on pense auto, télévision, habits, téléphones, voyages. Mais le pouvoir d’achat implique aussi logement, santé, éducation, et autres « services non marchands » dont le contenu énergétique est plus faible. Réduire la consommation d’énergie se fera donc en orientant une part de la consommation des biens matériels vers des services sociaux. Sera-ce une perte de bien-être ?

Enfin, parler de pouvoir d’achat en faisant abstraction de l’inégalité des revenus est une... escroquerie. Le pouvoir d’achat de l’employé gagnant 1 300 euros par mois n’a pas le même contenu que celui du cadre supérieur gagnant 8 000 euros. La justice impose donc que l’impôt sur l’énergie pèse différemment sur les différentes classes de revenu. Et rend très nécessaire que les rémunérations indécentes favorisant le gaspillage énergétique soient taxées par ailleurs.

L’économiste Thomas Piketty recommande une fiscalité de 80 % sur les tranches de revenu dépassant 1 million d’euros annuel. Exact. La condition d’acceptation d’une politique écologique est la justice sociale.




Source : Cet article a été publié dans Le Monde du 5-6 juillet 2009.

Lire aussi : La fiscalité environnementale, oui, mais avec la justice sociale http://www.reporterre.net/spip.php?...